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jeudi 29 avril 2010
Cauchemars iraniens
Tabriz, Iran
Après deux jours de route depuis Aleppo en Syrie, suite à une magnifique traversée de l’Est de la Turquie, nous arrivons à Doÿubayazit, prononcé officiellement « doh oo bay yah zuht » mais, imaginez plutôt quelque chose qui sonne comme : « dohohhbyhayz’t » la bouche pleine. Pas un chat ne parle anglais. C’est en répétant « Iran, Iran! » qu’on se retrouve finalement dans une fourgonnette remplie d’hommes en direction de la frontière iranienne… Le ciel est sombre, il commence à pleuvoir.
***
AVERTISSEMENT : si vous avez déjà la chair de poule ou froid dans le dos, il est vivement déconseillé de lire cette chronique.
Je suis sérieux ; âmes sensibles, s’abstenir.
Vous êtes certains de vouloir continuer ?
Ok, bravo pour votre courage.
C’est parti.
***
Nad enfile une grande robe noire et un voile. Nous marchons vers le poste frontalier de la République islamique. On vérifie nos passeports une première fois avant de traverser une clôture grillagée. Le drapeau iranien flotte dans le vent froid. Chaque claquement du tissu résonne comme un coup de foudre. Un soldat et son grand fusil approche. Il nous demande notre nationalité. Il prend nos passeports et nous ordonne de le suivre… Il ne dit rien du trajet.
Stress.
Il donne nos passeports à l’agent d’immigration et nous fait asseoir pour nous éviter de faire la file !
Bienvenue en Iran.
Vous êtes déçus, n’est-ce pas ? Vous nous pensiez se cachant pour éviter de se faire bastonner, bâtonner, lapider et finalement empaler parce que nous venons de l’Ouest… La souffrance quoi!
Je sais, c’est l’enfer…
C’est tellement l’enfer qu’après le passage de la frontière, Davidi, un homme dans la cinquantaine, nous prend gentiment en charge, paye le taxi jusqu’à la première ville puis, nous organise le transport suivant.
Le martyre…
Ce n’est pas fini. Le lendemain, nous allons à l’info touristique par curiosité. On visite de moins en moins ce genre de bureau parce qu’on tombe trop souvent sur des incompétents, des intentionnés, voire des irrespectueux. Bref, on entre dans le bâtiment et Nasser nous accueille : « Entrez, s’il vous plaît! Prendriez-vous un thé et une sucrerie? ».
Un vrai calvaire.
Nous parlons ensemble (en français, il connaît huit langues) du peu de touristes qui visitent l’Iran – il trouve que leur réputation est injuste. Puis, il nous demande si nous sommes musulmans.
« - Non, pourquoi ?
- Parce que vous en avez l’air! »
Par précaution, Nad n’a pas négligé de bien cacher ses cheveux et de couvrir ses formes avec du noir. Et moi, j’ai une barbe suffisamment avancée…
Il nous fait comprendre que les choses changent peu à peu et que la police religieuse n’est plus ce qu’elle était il y a quelques années. Et spécialement pour les femmes touristes, un foulard sur les cheveux et des vêtements non-moulants suffisent amplement.
Quel supplice!
À peine arrivés à la mosquée bleue, une attraction de la ville, un couple nous offre une partie de leur pique-nique. Ils ne parlent pas anglais, mais on comprend qu’ils nous souhaitent la bienvenue. La pâtisserie fraîchement entamée, un autre jeune homme arrive de nulle part et nous offre un verre de boisson gazeuse. Il repart aussitôt.
Plus capable !
Nous cherchons un café Internet (pour rassurer nos familles!). On demande à un homme dans la rue s’il peut nous indiquer le chemin. Il nous accompagne tout sourire jusqu’au café. Poignés de mains.
Quelle angoisse !
Un gars dans la vingtaine se présente…
« - Bonjour! Vous êtes d’où?
- Canada!
- Avez-vous quelques minutes, je voudrais vous inviter à prendre le thé dans un teashop traditionnel. »
Effrayant !
Un passant nous aborde. « Aimez-vous l’Iran ? » demande t-il. « Si vous avez un problème, besoin d’aide, voici ma carte. Appelez-moi à n’importe quelle heure. »
Un cauchemar…
Je me réveille.
Nous allons prendre le petit-déjeuner près du bazar dans un restaurant où ils fabriquent leur propre yogourt qu’ils servent avec un énorme pain plat et du miel succulent. Nous retournons à l’info touristique pour poser quelques questions sur notre prochain trait sur la carte.
« Bon matin! Asseyez vous. Je vous sers un thé mes amis ? »
Ok, ce n’était pas un mauvais rêve. J’ai bien peur que ce sera ainsi durant tout le séjour…
-Will
samedi 24 avril 2010
Une heure plus tard, le visa iranien.

Katmandu, quatre mois plus tôt.
Pour obtenir le visa iranien (spécialement hors de son pays), il est préférable — lisez obligatoire pour les Canadiens — de passer par une agence spécialisée.
Après avoir envoyé un itinéraire détaillé à l'agence, on reçoit le mode de paiement. Il faut envoyer 30 euros chacun à un gars en Turquie, par Western Union. C'est assez simple, normalement, à moins que vous vous trouviez au Népal, où W.U. ne peut que recevoir de l'argent!
Et puis il semblerait qu'essayer d'envoyer de l'argent en ligne par leur site Web, en utilisant une carte de crédit, à un gars avec un nom associé au terrorisme, est une opération perdue d'avance. Heureusement, quelques refus plus tard, ma famille réussit à envoyer (sûrement à contrecœur, quelle mère veut vraiment que son fils et sa bru aillent en Iran?) le montant au destinataire.
Un mois après, nous recevons enfin le code à six chiffres émis par le ministère des Affaires étrangères iranien qui nous autorise, non pas à entrer dans le pays, mais à faire une demande de visa! Ce code est télécopié à l'ambassade que nous avons préalablement choisie (bienvenue au 21e siècle).
Comme notre plan à ce moment était de se rendre en Iran depuis l'Inde, via Dubai, pour éviter le Pakistan (grave erreur, je sais), l'ambassade de Delhi semblait être un choix éclairé :
« Les meilleures ambassades délivreront un visa touristique d'un moins en une semaine ou deux (si vous avez le bon passeport). Les pires (comme Delhi en Inde), n'émettront seulement qu'un visa de transit aux non Indiens, et ce, après que vous ayez attendu des semaines. » - Lonely Planet.
On nous interdit premièrement d'entrer dans l'ambassade iranienne avec des sacs sans proposer de solution. Nad reste donc dehors en cette journée pluvieuse.
J'essaie de me rendre à la fenêtre du comptoir - ceux qui connaissent l'Inde savent à quel point c'est difficile d'atteindre le bout d'une file, car personne n'attend son tour. Alors, je joue du coude, dépasse, plus impoliment qu'autrement, et atteins le comptoir en sueur et pas nécessairement exultant : je demande le formulaire d'application pour un visa de touriste, s'il vous plaît.
Il dit qu'il faut un code. Je lui dis que j'en ai un et lui tends. Il le prend, le dépose sans le regarder et me demande brusquement de m'asseoir.
Chaque fois que je retourne le voir, il fait semblant de chercher dans ses papiers, le regard béant. Je demande à voir ses supérieurs, ou du moins, quelqu'un doté du siège des facultés mentales. Il me pointe mon siège.
Une heure plus tard, je me retape une fois de plus le troupeau de vieux barbus et demande simplement les formulaires à remplir insistant sur le fait que le ministère a déjà approuvé nos demandes.
« Assieds-toi! », me jappe-t-il.
Une heure plus tard, j'y retourne, une fois de plus. Dans ses yeux, je lis clairement qu'il me trouve irritant comme une nuit chez les puces. Je crois qu'il a compris que je ne céderai pas.
Il me tend les feuilles!
Ce n'est qu'une demande de visa sans particularité distincte. On y joint deux photos chacun, dont celles de Nad les cheveux couverts.
Une autre bataille pour se rendre au comptoir, je fais face à un autre refus.
« - Le fond de la photo est rosé » légèrement, précisai-je.
« - Il faut que ce soit blanc.
(Imaginez ici ma veine frontale gonflée)
- Dois-je amener autre chose demain, à part des nouvelles photos ?
- Non. »
Et qu'est-ce que vous pensez qu'il se passe, le lendemain arrivé, une heure plus tard ?
Il me demande des certificats médicaux !
Je lui tends les feuilles sans rien dire, le langage universel étant souvent le plus efficace.
Une heure plus tard, je requitte la chaise maintenant moulée à mes fesses. La dernière épreuve est arrivée. Les consignes de l’agent sont claires : payer le visa et ramener deux photocopies du reçu.
Il faut premièrement se rendre à une banque. Là-bas, un homme prend mon reçu et le broche (dix fois) avec un autre papier sur lequel je dois spécifier avec quels billets de banque (la valeur et le nombre) je paye le montant. La chose faite, dans la plus grande rigueur, je change de comptoir. Le deuxième homme (un air bête) débroche toutes les broches et rebroche tout à sa façon. Une fois payé, je marche pour trouver une photocopieuse.
De retour, je donne fièrement les deux photocopies du paiement à mon cher agent de visa et, le regard vide comme celui d'une vache aussi sacrée soit elle, me demande : « pourquoi deux photocopies ? ».
Ça vous dirait d'aller en Iran ?
-Will
jeudi 22 avril 2010
Infos pratiques Syrie (budget, logement, transport, nourriture, etc.)
La Syrie se visite rapidement mais, il vaut la peine de s’y attarder un peu plus longtemps car c’est un pays très agréable pour le touriste. La nourriture est bonne, ce n’est pas très cher et les gens sont accueillants.
Itinéraire (17 jours)
Arrivée à Damas depuis Amman en bus. Nous y sommes resté une dizaine de jours parce que nous étions logés et la ville nous plaisait. Puis, de Damas, nous avons fait un aller-retour vers le Liban. De retour en Syrie, nous sommes allés directement à Palmyra et Allepo (via Homs) avant de prendre un bus pour Antakya en Turquie.
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Budget
Budget quotidien moyen par personne : 8,5 CAD ou 350 livres syriennes.
Visas
C’est ici que ça se corse. Si vous avez une ambassade syrienne dans votre pays, il est officiellement obligatoire d’y faire la demande de visa. Les autres peuvent acheter le visa à la frontière.
Cependant, il est prouvé qu’on peut obtenir le visa à la frontière (40 JD pour les Canadiens). Nous l’avons fait à la frontière de Beyrouth à Damas. Nous avons également rencontrés des gens qui l’ont obtenu à la frontière jordanienne. Les (backpackers) américains attendent 5 à 8 heures mais ne sont (presque) jamais refusés.
Argent
ATM compatibles aux étrangers disponibles partout (ou presque).
Logement
Chambre à Palmyra : 300 livres syriennes par personne.
Chambre à Aleppo : 325 livres syriennes par personne.
Nourriture
Superbe et abordable. 20 à 40 livres pour un falafel. Shawarma un peu plus cher.
Transports
Le pays est bien desservi. Attention de bien vous informer du prix pour les locaux avant d’acheter votre billet car ils s’essayent parfois à surcharger les touristes ; il suffit de connaître le prix pour régler la question.
Coups de cœur
• Gens.
• Vieux Damas.
• Nourriture/thé
Ce que nous avons moins aimé
• Pas grand chose.
mardi 20 avril 2010
À ne pas manquer.
Même si parfois c'était trop tranquille, nous avons adoré notre séjour en Syrie. Voici cinq choses que nous avons appréciées de ce beau pays.
Déguster une des meilleures cuisines du Moyen-Orient. Particulièrement à Aleppo, où on utilise plus d'épices qu'ailleurs. Il ne faut pas partir sans acheter un quart de kilo de baklavas, ou plus!
Déambuler dans les bazars de Damas et d'Aleppo est magnifique. C'est un plaisir d'y marcher, d'observer et de goûter. Voici une photo du Souk al-Hamidiyya de Damas : les trous de lumière dans le plafond sont la trace des mitraillettes de l'aviation française durant la rébellion nationaliste de 1925.
Visiter une mosquée ou deux et y être durant la prière du midi est une expérience intéressante, spécialement lorsque l'endroit est rempli de pèlerins iraniens.
Oser répondre oui à l'invitation d'un étranger. Les syriens sont culturellement hospitaliers et offrent souvent le thé, le café, voire plus, dans le seul but de partager une discussion, un moment.
Boire un de ces délicieux jus que l'on retrouve un peu partout dans les villes en réponse à un chaleureux « welcome » de la part du commerçant.
samedi 17 avril 2010
Il y a-t-il du fun là-dessous?

Palmyra, Syrie.
Je pourrais vous parler de la ville de Palmyra, de ses ruines romaines en plein milieu du désert et de sa citadelle haute perchée sublime au coucher du soleil.
Mais en fait, ce qui m'a le plus marqué là-bas c'est Ashrine, Maha, Abdulah et toutes les autres qui je suis désolée d'avoir oublié leurs noms.
C'est qu'en Syrie, malgré parfois leur pauvre niveau d'anglais, les gens ne se gênent pas pour vous aborder. Même si après « Hello », « Where are you from? » et « What's your name? » ils sont à court, ils restent là à vous sourire. Aujourd'hui c'est un peu différent.
Au pied de la citadelle, nous avons rencontré Ashrine, qui nous a si gentiment, et avec beaucoup d'insistance, invité à souper chez elle avec ses sœurs, sa mère et un couple de Montréalais avec qui nous discutions déjà.
On hésite, elle nous fait les yeux doux et nous demande ce que l'on veut manger.
C'est un peu gênés que nous acceptons. Elle invite aussi ses copines. Nous serons sept de plus à leur table ce soir. Je m'informe à savoir si sa mère est d'accord, elle me répond « malesh! » (pas de problème!) de son large sourire.
Nous prenons tous place au salon. Il y a Ashrine et ses cinq sœurs, leurs amies, Abdulah le petit frère de neuf ans qui m'a déjà, à l'heure qu'il est, demandé en mariage et leur mère, Maha, trente-sept ans et heureuse propriétaire d'une famille de huit enfants. En faisant un calcul rapide, ça semble impossible étant donné que sa fille aînée a vingt-cinq ans mais, elle nous apprend qu'elle s'est mariée à treize ans et a eu son premier enfant la même année!
Mon esprit occidental est sous le choc. J'ai du mal à y croire malgré que ce soit vrai. Elle a épousé un homme de treize ans de plus qu'elle et s'est lancée dans la vie conjugale bien jeune.
Aujourd'hui, elle est toute souriante et s'amuse comme une gamine avec ses nombreuses filles.
Ça ne prend que quelques minutes pour que l'atmosphère se réchauffe, que les plats délicieux s'accumulent sur la table et que les fous rires éclatent. Seulement deux des filles peuvent discuter en anglais. Pour le reste, c'est le langage des signes et l'aide de Aditya et Alexis, nos nouveaux amis de la métropole qui se débrouillent plutôt bien en Arabe.
Le narguilé fonctionne à fond de train enfumant la pièce d'un arôme de pomme. Les plus jeunes sélectionnent ce qui me semble être de la musique pop arabe et nous invitent à nous trémousser. Encore une fois, il est impossible de leur dire non.
Elles nous apprennent des mouvements bien à elles, Maha se joint à nous et même Will se laisse entraîner. La température monte à la même vitesse que le rouge sur mes joues. Will dit se sentir comme un shawarma ce qui fait bien rire son public.
« - Un café?
- Euh non merci, il est vingt-trois heures, je ne pourrai pas dormir…
- Oui, oui, vous ne pouvez pas refuser, de toute façon personne ne va dormir tout de suite ! »
Et c'est parti pour un café turc bien corsé et aromatisé à la cardamome. Vivons l'expérience jusqu'au bout.
Puis c'est le moment typique fille. Parlons maquillage, coiffure et vêtements! Elles m'invitent dans leur chambre pour me montrer leurs cheveux et me confectionner un hijab digne d'une vraie musulmane avant de retourner auprès des deux hommes.
Il est pratiquement minuit, la fatigue prend tranquillement le dessus sur les voyageurs tandis que du côté syrien, rien ne semble les épuiser. Nous décidons de prendre congé de nos hôtes qui aimeraient bien nous garder pour la nuit, il ne faut tout de même pas abuser des bonnes choses.
C'est déçues qu'elles nous reconduisent à la porte avec la promesse de revenir les voir si nous revenons à Palmyra.
De notre côté, on repart avec le sourire. L'absence du père de famille a permis à Will d'expérimenter le côté féminin de la vie musulmane. Je ne suis pas certaine qu'autrement il aurait été convié à un vrai party de jeunes filles à saveur du Proche-Orient.
Encore une belle expérience authentique que nous devons aux Syriens si accueillants et généreux. Entrer dans le cœur des familles est, à ce stade-ci du voyage, beaucoup plus intéressant que visiter des ruines…
Alors pour répondre à la question du début, oui, il y a du fun sous ce voile et plus qu'on ne le pense!
- Nad toussant son narguilé.
lundi 12 avril 2010
Beyrouth.

Beyrouth et Tripoli, Liban
Comme nous devrons payer un autre 60$ chacun pour rentrer en Syrie, aussi bien que notre détour libanais en vaille le coût. C’est pourquoi nous avons décidé de visiter au moins une autre ville du pays histoire de se donner un meilleur aperçu. Nous ne pouvons pas vraiment nous permettre de visiter le pays longtemps car le coût de la vie est trop élevé pour notre budget – propos inintéressant que je ne devrais même pas vous écrire.
Nous nous sommes donc retrouvé par hasard à Tripoli, la deuxième plus grande ville. Je dis par hasard parce que nous avons manqué l’arrêt de bus que nous visions – peu importe!
Enfin, après Beyrouth, la différence est grande. On se sent revenu en pays arabe en déambulant dans le souk médiéval aux abords de la mosquée. Moins de modernité, moins de luxuriance, pas de concessionnaire Ferrari, le contraste est marquant.


Parce qu’effectivement, Beyrouth nous a surpris par son côté « à la mode ». Je vous ai déjà parlé de l’habillement qui n’a rien à voir avec les pays voisins, à part bien sûr la proportion musulmane de la population (près de 60%). Mais encore là, cela semble beaucoup moins conservateur.

L’autre 40% est chrétien. Ce qui veut dire qu’à Beyrouth, il n’est pas surprenant d’entendre les cloches ecclésiastiques sonner en même temps que l’appel à la prière musulmane. Sauf que ce qui est le plus frappant dans cette ville (tout comme à Tripoli), c’est la présence de l’armée dans les rues : soldats longuement armés, Hummers et parfois même des chars d’assaut !
Ici, on est comme les scouts : toujours prêts !
Marcher la ville est donc une activité intéressante étant donné les traces des conflits et la présence militaire. De la corniche, on remarque facilement l’ancien hôtel Holiday Inn, qui de sa position stratégique, était devenu un repère pour les tireurs d’élite durant la guerre civile. Haut perché et jamais retapé, il détonne parmi les grattes ciel lustrés et surprend d’être encore debout. À plus petite échelle, on peut y voir quelques appartements non rénovés, encore calcinés et criblés de balles.
Cela laisse une impression bizarre de déambuler dans une histoire si récente. Le remède à ceci est d’aller au « central district ». Là-bas, tout est neuf, frais et immaculé. Des magasins chics, des restaurants, des terrasses, des voitures qu’on ne côtoie pas souvent et une tour à horloge Rolex. À dix dollars la bière, vous comprendrez qu’on ne croise pas beaucoup de réfugiés palestiniens, mais des familles aisées, des hommes d’affaires, des jeunes riches, des touristes et des expatriés.


C’est vrai que c’est beau, que c’est bon, mais il manque un petit détail qui change tout, la même chose qu’on ne retrouve pas à Dubaï, par exemple : une âme…
Je ne dis pas que c’est désagréable, loin de là. Cependant, je préfère le quartier de Gemmayzeh, moins faux, qui est doté d’une jolie rue remplie de cafés, de restos et de bars, mais aussi de petits commerces à shish taouk, d’échoppes de fruits et légumes, etc. Vous y trouvez même une Lisa aux dents fantômes qui se fait un plaisir de délaisser ses chats quelques minutes pour nous offrir un jus et nous parler de propos décousus. Que serait une ville sans sa vieille illuminée qui fait des mots cachés en forme de « L » !
On quitte cette dame difficilement car elle n’arrête plus de parler et va même jusqu’à nous montrer tous les objets qui se trouvent dans son sac à main : son étui de maquillage, ses carnets de banque… La fuite réussie, nous reprenons notre chemin dans la ville pour une dernière soirée au bord de la Méditerranée.

Cette fois-ci, ce n’est pas la recherche des traces des explosions qui nous interpelle, mais celle de l’érosion.
-Will
mercredi 7 avril 2010
Allez, tous à Beyrouth!

Beyrouth, Liban.
À Damas, notre hôte trouvait bien dommage qu’on n’ait pas obtenu un visa syrien à entrées multiples à l’ambassade de Syrie à Amman – enlevant ainsi la possibilité de visiter le Liban. Il a vécu à Beyrouth. Trois belles années.
Il a alors appelé au ministère des affaires étrangères pour demander si nous pouvions racheter un visa à la frontière en retournant en Syrie après le Liban. La question se pose puisque la Syrie n’émet officiellement pas de visa à la frontière pour les nationalités ayant une ambassade syrienne dans leur pays, ce qui est le cas des Canadiens. Le même problème se répète au comptoir des ambassades syriennes – la règle de l’ambassade dans son pays est dûment appliquée.
Bref, au bout du téléphone, la réponse est oui, pas de problème.
Le généreux Sam nous dépose donc dans le centre-ville de Beyrouth et c’est les adieux, nous volons de nouveau de nos propres ailes.
La veille, trop occupés à manger de la sauce bolognaise maison, nous n’avions pas pensé à réserver une chambre (en fait, on le fait très rarement, spaghetti ou pas).
Nos nez se frappent donc à la porte des trois seuls hôtels à petits budgets de la ville. Tout est plein. On nous réfère au Port View où la double est 100$, lui valant le prix de l’option la moins considérable pour l’instant.
Cent dollars, c’est de la folie !
Heureusement, on nous propose de dormir dans le corridor du Al-Shaiba pour 10$ par tête, ou pour le même prix, sur le toit de l’hôtel… S’étendre dans un corridor achalandé n’est pas une possibilité très alléchante. Et Nad ne semble pas chaude à l’idée de dormir au froid.
Je lâche donc un « Ciboire, les gens au Québec attendent toute la semaine pour aller se geler en camping! ». Et paye cher en plus!
Et attendez, on est tout de même à Beyrouth! Levez la main, qui aimerait être à notre place ?
Voilà.
On s’étend sur des couvertures (les employés syriens qui travaillent au port ont tout pris les matelas), sur le toit, sous un ciel sans étoile et une moustiquaire triangulaire. Nos voisins sont deux Espagnols dans une tente qui voyagent à vélo.
Qui aurait cru que Beyrouth était une si belle destination nature!
Et quoi de mieux qu’un chaud soleil pour nous extirper d’un sommeil profond, après une bonne nuit en safari. Mais, l’expédition se termine plus rapidement que prévue, car deux lits se sont libérés dans un autre hôtel pour la durée de notre séjour dans la jungle de béton. On cède.

Les sacs déposés, on se dirige rapidement vers la corniche, c’est-à-dire la grande promenade au bord de la mer. Pêcheurs, familles, coureurs, et même des femmes en débardeurs !
Des femmes en débardeurs !
Depuis au moins six mois que l’on voyage dans des pays où les femmes doivent se couvrir. À part quelques bedons flasques indiens, la peau féminine s’est faite rare.
Dès le lendemain, on se gâte. Ce jour est un jour de fête : Nad peut s’habiller (relativement) sexy! Yé!
Bon, cela n’a rien à voir avec la mode occidentale – certaines femmes laissent entrevoir une partie de leur poitrine, un mollet ou deux, mais elles ne se promènent pas encore en jupette. Ceux qui ont été longtemps sur la route avec leur copine me comprennent certainement.
De mon côté, j’enfile ma nouvelle chemise jordanienne. Je sais, on ne vous dit pas tout! Vous ne saviez sûrement pas que je me la suis procurée pour m’assurer l’entrée au buffet de fruit de mer du Sheraton d’Amman soulignant le départ de ma vieille après un mois de cohabitation.
Ce matin, elle sert à éblouir ma douce, qui pour moi, exhibe ses chevilles. C’est la fête, vous ai-je dit ! Oeufs bénédictines sur une terrasse ensoleillée pour souligner l’occasion, et au diable la dépense!
Et pour souper, du coq au vin et un verre de rouge au restaurant le Chef, ce dernier étant un personnage atteint d’un syndrome de Tourette syrien : il crie à tue tête « welcome » à tous les trois mots!
Sauf que là, cela en fait 696 que je vous écris sans même parler de Beyrouth. Finis les potins, à la prochaine chronique, c’est promis, je serai rigoureux.
-Will.
lundi 5 avril 2010
Photos : Les coulisses du vieux Damas.
Damas, Syrie.
En lisant un peu sur Damas, vous tomberez certainement sur la légende qui dit que le prophète Muhammad arrêta sa route pour ne pas entrer à Damas, disant qu’un homme ne devrait entrer qu’une seule fois au paradis – à sa mort.
J’ignore comment était la cité à cette époque, mais je dois admettre que le vieux Damas est aujourd’hui très agréable. À l’ombre des ses souks couverts et de l’imposante mosquée Umayyad, des dizaines de ruelles demandent à êtres parcourues pour les plus badauds d’entre-nous.
Je vous présente aujourd’hui, en huit photos, la vie dans ces allées.
-Will






















