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mercredi 27 janvier 2010
C'est LÀ que…
Lumbini, Népal.
Une dernière partie de football avec les élèves de Shamrock School et nous faisons nos sacs pour la cent cinquantième fois. Rendez-vous à Delhi oblige. Le trajet depuis Pokhara nous prendra - si tout va bien - autour de 26 heures de bus et de train. C'est pourquoi nous coupons le trajet en deux, ici même, à Lumbini, à 1h30 (25 kilomètres) de la frontière indienne.
Lumbini est une bourgade de bord de route classique du Teraï (ni plus ni moins le prolongement de l'Inde sur la partie non montagneuse du Népal). C'est le scénario typique d'un bord de rue habité: bordélique, sale et laid.
La poussière des véhicules pourris qui klaxonnent tapisse les plantes, les maisons et (ce qu'ils semblent ignorer) la bouffe exposée à l'air. Si votre samosa goûte le sable, les déchets ou la chèvre morte, vous connaissez la cause.
Les gens ne semblent plus laver leur linge. De toute façon, à quoi bon se laver lorsque son quotidien ressemble à un vieux dessous de tapis.
Le ciel est gris. Les couleurs sont brunes. Les gens s'entourent de ce qu'ils peuvent autour de la tête en guise de tuque. L'hiver déprime la ville. L'humidité est impolie. Le froid grossier transperce les vêtements et les couvertures de la chambre.
Bizzzzz
Splaaff!
Un de moins.
Sur le mur blanc, en se concentrant, on les distingue peu à peu. Des petits points gris monotones. Un, deux, dix… vingt, cinquante? J'arrête, ils sont trop nombreux. Nous ne sommes pas de taille.
Enlève le cadre déteint. Tends la corde du clou jusqu'au rideau. Fais un nœud.
Une autre nuit sous le filet. Semblerait-il que les moustiques sont rentrés pour hiberner…
Vaut mieux sortir un peu. Allons manger un morceau.
Les samosas exposés à la pollution routière ne nous inspirent guère. On décide de prendre un thé. On entre dans le restaurant sombre. Que des hommes, c'est mauvais signe. On jette un coup d'œil sur la casserole de lait (ce qui deviendra notre thé). La croûte autour de la bordure et les tâches calcinées jamais lavées nous font faire demi-tour.
Nous continuons notre recherche. Il faut bien souper.
On trouve finalement un établissement (une cabane en bois) relativement inspirant. Une famille de locaux entre au même moment. Cela nous indique que les risques d'être malade sont assez faibles. Nous prenons place.
Pas de menu.
« - Namaste, que voulez-vous ?
- Qu'avez-vous ?
- De la nourriture népalaise. (air bête) »
De la nourriture népalaise. D’accord.
Comme nous n'avons pas envie de nouilles huileuses et trop salées (chowmein) ou de momos (raviolis de légumes/viande souvent nappés d'une sauce qui fait pleurer), on décide d'y aller pour un classique : le daal bhaat.
C'est le repas populaire. Une grande partie des Népalais (les pauvres) survivent avec un plat en début d'avant-midi et un autre en début de soirée et n'auront probablement jamais goûté à autre chose.
Ce repas entre dans la catégorie des plats locaux dits combustibles plutôt que plaisir culinaire. Il se rapproche assez bien du « arroz con frigoles » d'Amérique centrale.
Daal signifie lentilles et bhaat veut dire riz. Il est normalement constitué, en plus d'une portion de riz et d'une soupe de lentilles, d'un curry de légumes et d'une marinade (parfois même d'une salade, d'un craquelin, d'un curry d'œuf ou de viande, de yogourt nature ou autres). C'est le seul repas que je connais dont le deuxième service est universellement gratuit.
Le daal bhat est de ces plats qui ne sont jamais pareils. Un bon daal bhaat est succulent, un mauvais, lui, est…
Nous sommes donc assis sur la table d'un restaurant de Lumbini. Les clients d'en face descendent une bouteille de brandy en le mélangeant à de l'eau chaude. Les clients de gauche font de même.
Le daal bhaat arrive. Le riz est fidèle à sa définition. La soupe de lentille est liquide et trop salée, à se demander s'il y a des lentilles dedans. C’est servi avec un curry de pelures. En bonus, des épinards sautés qui goûtent la vieille mauvaise herbe, probablement cueillis sur le bord de la route. Faire passer le goût avec la marinade ? Êtes-vous fous! La face crispe tellement que ça goûte ce que ça sent. Qu'est-ce qu'ils ont fait mariner ? Et combien de temps !?
***
Anita (l’expatriée du bus vers Katmandu) nous avait conseillé Lumbini, comme l'avait fait un autre voyageur, plein d'entrain : « c'est vraiment beau… »
Alors, pourquoi aller à Lumbini ?
On se loue deux vélos à l'image de la ville. Les roues sont fausses, les pédales grincent, les bancs sont durs, et les freins... quels freins? Sur nos bolides (bruit de sonnette), nous roulons vers l'explication de notre arrêt ici. Les gens viennent de partout. Des pèlerins de par le monde franchissent la grande porte.
On débarque des vélos. On enlève nos chaussures. On fait quelques pas dans la bâtisse rectangulaire.
Et puis là, ça y est, je vois !
« - Regarde Nad !!! C'est LÀ que Bouddha est né!
- Ah. »
-Will.
mercredi 20 janvier 2010
Premier jour de classe à Shamrock School.
Pokhara, Népal
« Never give up! »
Voilà la première phrase qu’on peut lire en entrant à Shamrock School dans la ville de Pokhara.
Cet établissement de tout juste 43 élèves accueille des jeunes de tout le pays provenant de milieux défavorisés ou étant orphelins. Chaque année, les responsables font le tour des villages recrutant douze enfants talentueux et désireux d'étudier. Ils seront pensionnaires pour les cinq prochaines années de leur vie dans cette école au pied de la chaîne de montagnes himalayenne.
Pour nous occidentaux qui allons tous à l'école de façon automatique, cela n'a rien d'exceptionnel d'étudier cinq ans mais, pour un enfant nécessiteux du Népal, c'est la chance qui changera le cour de sa vie.
Ici, les jeunes ont le privilège de bénéficier d'une formation de qualité en anglais qui leur ouvre les portes de l'université où ils pourront apprendre un métier qui leur apportera certes de l'argent mais aussi, de la fierté.
On leur inculque à être autonome et que le travail acharné est récompensé. On travaille aussi à changer les vieilles mentalités en inculquant le respect de tous et chacun indépendamment du sexe, de la caste (classe sociale dans laquelle on naît) ou de la religion – concepts plutôt révolutionnaires ici.
Cette école, ou plutôt milieu de vie, est un petit havre de paix et tous les élèves s'entendent pour nous dire qu'ils y sont bien et reconnaissent la chance qu'on leur donne.
Nos voisins de palier, les Londoniens rencontrés dans le trek, nous ont invité à y passer quelques jours en même temps qu'eux dans le cadre d'un projet de volontariat avec un organisme local, le PNT (Pahar Nepal Trust). Pour y faire quoi? C'est plutôt flou au début mais, l'expérience nous tente.
La veille de mon premier jour de classe, comme à chaque rentrée, je suis un peu stressée. N'étant pas la personne la plus volubile, je me demande bien ce que je vais y faire et regrette un instant de m'être embarquée là-dedans!
Dès mon premier pas dans l'école, mon stress se dissipe devant l'accueil chaleureux de tous les enfants. Chacun nous tend la main pour se présenter à tour de rôle en nous souhaitant « good morning » !
Ils sont tous polis et souriants. Les plus vieux, qui n'ont pas de classe l'après-midi, nous font visiter l'école. Les deux filles me monopolisent rapidement pour me montrer leur chambre et me poser mille questions.
Puis c'est l'attribution des classes. Chacun de nous a une classe pour une séance de conversation anglaise. Je me sens alors comme avant un exposé oral, les mains moites et les joues rouges devant la quinzaine d'élèves qui me demandent s'ils peuvent aller aux toilettes ou s'ils peuvent regagner la classe.
Il me faut tout juste vingt minutes pour perdre passablement le contrôle, les élèves se mettant tous à parler en même temps. Je n'ai jamais été douée pour la faire de la discipline! Peu importe, je suis surprise de leur aisance et de leur curiosité. Ils posent des questions sur des sujets aussi divers que mon travail, la politique du Canada, mes goûts, ma famille, le concept de divorce inconnu pour eux, etc. Les filles me parlent du système de castes et qu'elles espèrent que leurs parents ne les forceront pas à épouser quelqu'un qu'elles ne connaissent pas. Elles me disent aussi que les femmes au Népal peuvent se faire battre ou tuer pas leur mari mais, elles, elles apprennent le karaté à l'école et ne se laisseront pas faire!
Le lendemain, on nous demande de faire une présentation sur nos études et métiers respectifs, les jeunes voulant pratiquement tous être médecin, infirmière, ingénieur ou être dans l'armée, tous des métiers particulièrement payants. Encore une fois, c'est une marée de questions qui nous assaillit, particulièrement James, ingénieur en systèmes, qui a participé à la construction d'un robot comme projet final d'étude. Les enfants aiment les robots!
Après trois jours à Shamrock School, je suis enchantée par le style de cette école où beaucoup de pouvoir et de responsabilités sont laissés aux élèves. Chacun est responsable de sa réussite et de garder sa place à l'école par de bons résultats scolaires. Ça semble faire d'eux des jeunes plus allumés et plus ouverts que ce que l'on a l'habitude de voir. Tout semble les intéresser et rencontrer régulièrement des étrangers de partout dans le monde est très enrichissant.
Certes ils ne sont que douze maximum à graduer chaque année mais qui sait, peut-être certains atteindront des postes importants dans le gouvernement ou seront professeurs et contribueront à des changements favorables pour la population népalaise. C'est un bon début.
- Nad de retour sur les bancs d'école.
lundi 11 janvier 2010
Autour de l'Annapurna (partie 3 de 3)
Région de l'Annapurna
Étant au point le plus haut du trek (5416 m), on s'imagine bien qu'il faut redescendre. Mais pas à quel point! Le premier village où nous pouvons dormir est 1600 mètres plus bas, au bout d'un chemin émiette-genoux.
La marche n'est plus motivée par l'atteinte d'un objectif ce qui rend la tâche plus difficile. C'est la phase de dépression qui commence officiellement.
Heureusement, la deuxième vallée n'est pas moins jolie. Le paysage, plus aride et inhospitalier, est encore spectaculaire. La neige a quant à elle disparu.
En fin de journée, nous atteignons le village de Muktinath, connu pour son complexe de temples qui est le deuxième plus sacré du Népal. L'endroit attire de nombreux pèlerins hindous et bouddhistes, dont une dizaine qui réside au même endroit que nous.

Le soir venu, j'essaie d'enlever mes bas à la musique des moines qui envahit notre auberge. Le tissu est fusionné avec la plaie de mon ampoule principale - appelons-la Natasha. Nadège (l'infirmière avec qui je voyage) vient à la rescousse et mouille la fibre du bas et la plaie pendant que je tire tranquillement pour libérer Natasha. Elle ne va pas bien, elle est trois couleurs ; rouge, brune et jaune et un liquide s'en échappe. Elle est particulièrement peu séduisante.
Les ampoules de Nad, elles, sont évidemment plus mignonnes. Éparpillées sur les pieds telles de jolies verrues, elles ne sont guère plus grosses que des petits pois et se retrouvent à des endroits toujours plus originaux les uns que les autres (par exemple au bout du petit orteil ou directement en dessous du talon).
On en a vu d'autres. Ça ne nous empêche pas d'enfiler nos bas croustillants à la texture de papier sablé et de repartir à la conquête de la vallée la plus profonde au Monde, marchant parfois dans un lit de rivière cinq kilomètres plus bas que les montagnes avoisinantes.
La progression continue tant bien que mal à travers les villages. Peu à peu, on sent la chaleur qui revient et les quelques jeeps et bus déwrenchés nous rappellent qu'on s'approche de plus en plus de la civilisation.

Rendus à Marpha, nous sommes enchantés par le village. Une petite rue en pierre fait office d'allée principale et quelques minces ruelles serpentent dans le flanc de la montagne. Les maisons sont toutes en pierre blanche. Du monastère qui surplombe l'agglomération, on découvre une facette cachée de la vie. Les toits plats des maisons sont entourés d'une clôture en bûche de bois qui coupe le vent. Les gens profitent de cet espace pour capturer la chaleur du soleil en dormant sur une peau de yak ou en vaquant à leurs tâches quotidiennes.


Les derniers jours de marche paraissent de plus en plus longs et l'ultime, lui, est interminable. On y arrive tout de même, épuisé, se disant que « c'est le dernier trek, plus jamais! ».


Le village se nomme Tatopani, qui en langue locale veut dire « eau chaude ». Les orangers (ou clémentiniers?) sont garnis à souhait et les poinsettias rayonnent. Au bord de la rivière, nous concluons deux cents kilomètres d'aventure en passant deux après-midi dans des sources d'eau chaude naturelle, détendant nos muscles et ramollissant notre cerveau. Ce dernier devient suffisamment mou pour faire la connexion directe entre le bonheur d'un bon bain chaud et une épreuve physique de deux semaines.

J'ai bien peur que ce ne soit pas le dernier le trek.
Pas à suivre.
-Will.
samedi 9 janvier 2010
Autour de l'Annapurna (partie 2 de 3)
Région de l'Annapurna, NépalIl n'a pas fallu longtemps pour trouver une habitation devant laquelle se trouve une vieille femme à barbe assise dans de la paille à côté d'un veau et d'un chien. Je sors donc mon meilleur népali : « Kaho cho Manang ? ».
Où est Manang ? dit le beau mâle.
Je prends bien soin de lui poser une question qui ne se répond ni par oui, ni par non, afin d'éviter une réponse sans réflexion. Elle ne comprend que dalle.
À cet instant, une jeune dame sort de la maison et parle un excellent anglais. Elle nous indique le chemin vers ce village où nous passerons deux nuits.
Manang est caché dans une vallée spectaculaire, au pied d'un glacier et de montagnes immenses. Nous devons y passer une journée d'acclimatation pour diminuer les risques de mal de l'altitude. Une petite neige rend l'ambiance absolument magique. Les chevaux parcourent les rues de pierre sans maître. Les caravanes d'ânes défilent aux sons des cloches qu'ils portent au cou.


La vie dans le village continue, les bas dans les sandales. Quatre femmes vêtues de couvertures tournent autour des roues à prières. Elles doivent compléter 109 tours. Un cheval blanc s'arrête devant une des résidences en pierre. Il cogne la porte en bois avec sa tête. Une dame lui ouvre et il rentre ; c'est sa maison.
Nous partons tôt le matin du huitième jour avant que le soleil ne dépasse les montagnes. Vers 10h, lorsque les premiers rayons nous réchauffent. Le panorama s'amincit à mesure que nous pénétrons la vallée, nous rapprochant du point culminant de notre quête.
Après avoir passé une nuit à Yak Karta, un minuscule village à 4018 mètres, on reprend encore l'ascension. Nos corps supportent l'altitude jusqu'à maintenant. Je n'ai qu'un fond de mal de tête et Nad n'a rien du tout.

Tels des yaks, (sauf les longs poils pour Nad), nous progressons aisément malgré la pression qui diminue. Nos corps encaissent l'effort et s'adaptent. Nous vivons toujours la phase d'acceptation.
À 4450 mètres, il faut casser la glace dans notre chaudière pour nous laver les mains. Nous faisons de l'insomnie à cause de l'altitude. Nos duvets ne suffisent plus, il faut dormir tout habillé en dessous de deux couvertures supplémentaires. Par chance, la nuit n'est pas longue. Le départ est sonné à 4h00 le lendemain.
Depuis Manang, nous nous sommes fait des amis (deux Australiennes sans guide, deux Anglais avec guide et deux Autrichiennes avec guide et porteur) et profiterons de l'occasion pour compléter la journée décisive en groupe, pour le fun, certes, mais aussi pour le côté sécuritaire de la chose.
Au petit matin, la température est glaciale. Les Australiennes sont les plus vulnérables au vent. Elles marchent lentement mais sûrement s'adaptant de peine et de misère au vent, à la neige et la glace, et à tout ça considérant qu'il fait noir. Les Anglais, eux, vont bien, voire trop bien et montent assez rapidement tout comme les Autrichiennes qui sont habituées au froid.
Puis, peu après le départ, Dave se sent faible et étourdi. Il est le premier du groupe à subir les premiers symptômes plus sérieux du mal de l'altitude. À 5000 mètres, il n'y a deux fois moins de moins de pression ce qui fait que l'oxygène pénètre moins facilement par les cellules des poumons vers le système vasculaire. Cela peut facilement devenir sérieux et l'état de Dave nous inquiète. On ne veut pas que son cerveau explose, ça serait plate.
Au bout de quelques minutes de repos, poussé par son guide qui a froid et qui veut continuer à marcher (j'aime les guides), il décide de tenter le coup.
On recommence l'ascension, le plus lentement possible étant le mieux afin de laisser du temps au corps pour s'adapter. L'effort est intense et la respiration difficile. On ne regarde plus vraiment les paysages, mais bien chacun de nos pieds passant l'un devant l'autre.

L'ascension se traduit rapidement par une série infinie de faux sommets qui ne cessent de défiler. À chacun d'eux, c'est la même histoire. On monte, on monte, on monte, on arrive au top, et puis devant nous, une autre montagne!
Quatre heures plus tard, au bout de l'autre montagne, il y a des petits drapeaux.
Victoire!
Nous sommes à 5416 mètres au-dessus du niveau de la mer, plus près du soleil que nous ne l’avons jamais été (dans un avion ça ne compte pas). Un grand sentiment de bonheur et de fierté pénètre nos veines.

C'est la phase d'accomplissement.
Pour certain, l'épuisement empêche la libération des émotions positives. La quatrième phase est vécue à moindre intensité et une réelle envie de redescendre vite et d'en finir avec ce damné trek! (C'est l'apparition précaire de la phase de dépression)
Hélas, ce damné trek ne se termine pas en son point culminant.
À suivre (encore?)
-Will.
jeudi 7 janvier 2010
Autour de l'Annapurna (partie 1 de 3)

Région de l'Annapurna, Népal
Pour ce trek, avec un peu d'audace, il n'est pas nécessaire de partir avec un guide. Étant habitué à voyager léger, un porteur s'avérerait inutile. Quelques kilos de vêtements chauds et de provisions sur le dos, nous marchons au travers des rizières dénudées et des villages qui se préparent pour l'hiver. Nous suivons la rivière Marsyandi, qui de son bleu azur nous indique la voie.

Deuxième jour de marche, pas de regret pour l'instant. Les muscles s'en tirent bien. Nous sommes contents, c'est la phase d'excitation.

Nous faisons un trek dit « tea house », ce qui en d'autres mots veut dire que nous marchons de village en village à la recherche d'un repas, d'un lit pour la nuit ou tout simplement d'un verre de thé. C'est un mode de voyage absolument génial que les hippies ont découvert dans les années 60 alors qu'ils utilisaient le vrai réseau de batthis (maisons de thé) implanté pour les commerçants qui transitaient par les sentiers depuis et vers le Tibet.
Aujourd'hui, ce mode de trek est devenu très populaire et les marcheurs de par le Monde accourent durant leurs vacances pour venir compléter ce qui semblerait être un des meilleurs treks de la planète. Heureusement pour nous qu'en fin décembre, l'hiver officiellement installé diminue énormément l'achalandage sur les sentiers.
Paraît-il que plus en altitude, le froid et la neige deviennent des facteurs de haute importance. Étant Québécois, cela ne nous effraie guère. Ça ne peut pas être pire que déblayer un banc de neige pour trouver sa voiture avant d'aller à l'école.
Tout ça pour dire que nous sommes prêts à tout. Ayant fait les ventes à Katmandu, nous portons fièrement notre nouvel accoutrement d'explorateurs polaires (surtout Nad).
Cependant, avant le froid sérieux, il faut gravir quelques milliers de mètres. Ces jours de marche sont franchement décourageants. La construction d'une nouvelle route rend la progression extrêmement pénible causant de longs détours (qui nous font monter et descendre inutilement à maintes reprises), enlaidissent les paysages et trop souvent, nous sommes coincés entre deux caravanes de mules à l'activité digestive plutôt intense.

C'est durant ces jours que nous apprenons la définition du « plat népalais » (ça monte, ça descend et ce n'est jamais plat) et que nous entrons dans la phase choc.
Il faut continuer à enligner les pas et aller au-delà de la fatigue et de la perte d'intérêt parce que - bon… parce que. Plus l'effort s'intensifie, plus notre âme devient spectatrice de ce qui se passe dans notre corps.
(Corps) Hey en haut, t'essais de te prouver quoi ?
(Raison) Ouin, veux-tu nous expliquer le but de l'exercice ?
(Parole) Bouclez là.
C'est le quatrième jour de marche, dont le deuxième dans des conditions poussiéreuses à monter et descendre toutes les pentes possibles et inimaginables. Nad a en marre (et moi aussi mais, je ne le dis pas) du « plat népalais » : « dynamitez moé toute ça bâtard! ». Charmant.
Heureusement qu'inconsciemment, on devient dépendant de cette façon de se déplacer à la rencontre de la nature et des gens qui y vivent. C'est ce qui nous pousse à continuer.


Le cinquième jour, nous passons la soirée dans la cuisine de l'auberge - et donc la cuisine familiale. Nous sommes les seuls clients. Autour du feu de bois, que nous ne voulons plus quitter en songeant au pauvre un degré Celsius qui nous attend dans la chambre, nous faisons partie de la famille. La dame de la maison nous apprend qu'ils fermeront l'endroit dans une semaine et déménageront à Katmandu le temps que l'hiver passe. Ils amèneront avec eux la viande de yak qui sèche au-dessus de nos têtes.
Il neige durant la nuit. Le réveil est féerique. La marche est moins difficile que précédemment et les paysages de plus en plus impressionnants. Le moral est excellent.


Nous avons le choix entre deux routes: la basse ou la haute. La basse est plus facile et plus rapide, mais la haute mène dans des villages plus intéressants et offre les meilleures vues sur les montagnes. On choisit la haute !




Nous sommes définitivement dans la phase d'acceptation.
Du village de Ghyaru à 3670 m à l'ambiance médiévale, on aperçoit mieux que jamais l'Annapurna II et ses 7937 mètres. C'est la petite sœur de l'Annapurna I, le premier mont de plus de huit kilomètres d'altitude à avoir été gravi. Les deux gars qui ont atteint le sommet en 1950 ont tous perdu leurs orteils et l'un d'entre eux, Maurice Herzog, quelques doigts en moins, est devenu Ministre du Sport en France.
On suit un chemin escarpé le long de falaises en suivant les murs de pierre Mani (pierres sur lesquelles est gravé le mantra sacré servant à atteindre un état spirituel donné dans la religion bouddhiste ou hindouiste). On suit ce chemin jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de mur, et plus de chemin. La neige a brouillé les pistes.
À suivre (encore!)
-Will.























