Afficher la carte en plus grand.
jeudi 31 décembre 2009
Psychologie du trekkeur.
Selon une étude effectuée en temps réel sur lui-même et sa compagne, le non renommé psychologue William V. a décrit, dans la lignée des phases d'un deuil ou d'une peine d'amour, celles que subira un individu lors d'un trek. Voici un résumé des résultats :
1. Excitation : Normalement avant le départ et les premières heures du trek. Période plus ou moins intense de bonheur face au nouveau défi et aux nouvelles découvertes.
2. Choc : Fait suite aux premiers grands efforts physiques alors que le corps n'est pas encore à sa meilleure forme. Sentiment de regret. Intense besoin de faire demi-tour souvent caractérisé par la question « dans quoi je me suis encore embarqué ?! » incluant souvent un blasphème ou deux.
3. Acceptation : Au bout de quelques jours, le corps s'habitue à l'effort soutenu ce qui permet d'apprécier le côté positif du trek (paysages, grand air, etc.). Les émotions se stabilisent et le trekkeur accepte sa situation et en profite.
4. Dépassement : Un trek comporte habituellement un point culminant; un objectif. C'est à l'atteinte de ce but que le trekkeur obtient sa dose de satisfaction, comme l'adrénaline dans un sport extrême ou le buzz chez un drogué. Cette phase peut créer chez certains individus une dépendance.
5. Dépression : Phase plus ou moins longue selon le trek qui suit l'atteinte de l'objectif où l'effort se prolonge toujours un peu trop longtemps... C'est durant cette étape que le trekkeur se dit « PLUS JAMAIS, c'était mon dernier trek ».
Pour un même trek, chaque individu vivra les phases à des intensités différentes, de nulle à extrême. Plusieurs facteurs entrent en compte dont les principaux sont : la forme physique, l'endurance mentale, le caractère et l'intérêt.
Nad et moi avons fait plusieurs treks bien différents depuis notre départ que ce soit dans les champs et les rizières, dans les montagnes d’Amérique du Sud ou en escaladant des volcans dans plusieurs pays. Durant les plus importants, nous sommes souvent passés par les phases expliquées ci-haut incluant sans aucun doute la cinquième et sa conclusion.
Mais, pour une raison obscure, à Katmandu, on se demandait comment conclure l'année 2009 en beauté. Comment terminer les douze mois les plus intenses de nos vies ? Bien sûr on avait déjà une petite idée, sauf qu’on hésitait, car l'hiver arrivé pesait dans la balance. Mais, le besoin d'aller toujours un peu plus haut et un peu plus loin a pris le dessus. L'envie de se surpasser a envahi nos pensées.
Il fallait que ce soit à la hauteur.
Hauteur ? Voilà : l'Himalaya. Les plus hautes montagnes du Monde, ça devrait être à la hauteur, non ?
À suivre…
-Will.
mardi 29 décembre 2009
Direction Kathmandu
De Varanasi à Katmandu.
Sur le toit du bus, je cadenasse nos sacs à dos pendant que Nad court à la recherche d'une bouteille d'eau et de samosas. En entrant dans le véhicule, c'est déjà plein. C'est-à-dire une personne de plus par banquette et des gens partout dans l'allée centrale, assis sur la marchandise et les accoudoirs. Mon siège est celui du fond, dans le coin droit, sur la banquette à angle droit sans espace pour les genoux. La banquette qu'ils ont ajoutée en zigonnant deux planches de bois dans le coffre. Le banc où pour s'asseoir, il faut faire comme une pièce de casse-tête : prendre la forme exacte et s'insérer dans le trou entre les six autres personnes déjà assises (c'est une banquette cinq places).
Heureusement qu'aujourd'hui, nous avons de la chance. Notre fenêtre s'ouvre. Le problème, c'est qu'elle ne ferme pas. Dans la poussière, le trajet passe difficilement. Le bus arrête pour faire le plein d'essence, pour qu’un passager masculin aille aux petits coins, pour contourner une vache, pour que le chauffeur prenne un chaï, pour débarquer une petite famille ou un Allemand ne supportant plus ce bus, pour embarquer deux autres personnes ou pour livrer un colis.
C'est un bus dit direct. Ce n'est que le deuxième de trois…
Le troisième est népalais. Nous avons passé les frontières sans problème. On paye notre visa en dollars US et surtout pas en monnaie locale, puis on affronte la routine des changeurs d'argents qui essaient d'escroquer en inventant des histoires et bien sûr, les raquetteurs à billets de bus qui eux aussi, ont l'imagination fertile.
Nous prenons le bus de nuit, car on annonce une grève générale du pays le lendemain. En partant maintenant, nous pourrons arriver à Katmandu aux aurores, avant le lever des grévistes au drapeau rouge.
Sauf que dans les transports, on a la poisse. Quand ce n'est pas une rivière qui bloque une route dans un désert, la mousson qui fait déborder les cours d'eau ou une tempête en pleine mer, il y a un pont brisé entre nous et la destination finale. Ce qui veut dire que le bus ne pouvant plus avancer, nous passerons la nuit à essayer de dormir aux sons irritants des téléphones cellulaires nocturnes. Un homme plus futé que la moyenne se dit même que c’est le moment idéal pour écouter toutes les sonneries disponibles afin d’en choisir une nouvelle.
Le lendemain, la voirie a construit un pont temporaire (une digue de terre par-dessus deux tuyaux) et le trafic dégèle. Nous pouvons rouler librement pendant quinze longues minutes jusqu'au premier barrage de maoïstes. Le chef, son bâton et son armée prépubère nous répondent qu'ils ne savent pas pourquoi ils manifestent aujourd'hui. Ce qu'ils savent, c'est qu'ils n'enlèveront les pierres de la route qu'à 18h00. Pas avant, insistent-t-ils, même après négociation (pacifiste).
On s'assoit donc sur le bord de la rue et on endure le temps qui s'éternise et la vieille expatriée toxicomane et alcoolique qui nous parle de sa fille de plastique (la fille de son ex-mari qui s'est suicidé).
On se demande alors pourquoi ? Pourquoi on fait ça, nous, visiter la planète ?
Quarante heures après le départ, nous arrivons à Katmandu, la capitale. Nous sommes officiellement au Népal et encore plus officiellement pas dans un bus sale. Le ciel est dégagé, l'air est frais et le soleil est chaud. On marche à s'y perdre, suivant la foule et le vent. On atterrit par hasard dans un minuscule havre de paix ; une petite aire ouverte entre deux temples où l'on retrouve le calme perdu depuis six semaines. Le silence n'existe plus qu'aux sons des pigeons qui fendent l'air et des enfants qui rient. Un stupa décoré de drapeaux multicolores s'élève vers l'immensité. Les gens y tournent des espèces de roues et sonnent des clochettes. On ne comprend guère. On boit un « hot-lemon » visqueux. On paye avec de la nouvelle monnaie. On mange des momos parce que le nom est amusant.
Un nouveau pays à amadouer. La même chair de poule.
Ça répond à ma question.
-Will.
vendredi 18 décembre 2009
Frôler la mort.

Varanasi, Inde.
C'est en prenant une bonne pof de mort qu'on se dit que l'endroit est spécial. Un « buzz » unique et perpétuel, à rien n'y comprendre. Une ville bâtie sur une légende vieille comme la mort, toujours dans l'enlignement parfait au bord de « la mère ».
C'est fucké.
Pour les hindous, mourir n'est ni un synonyme de tristesse, ni une tragédie. Mourir est se libérer de l'état actuel pour passer à un état meilleur. Ce n'est qu'une étape dans le cycle de la réincarnation. Mais il existe un moyen de passer direct au meilleur état de tous: c'est la Libération. C'est la clé, le mot de passe, pour éviter de se retaper une autre vie.
Le ghat Mani Karnika est le site le plus sacré de l'Inde à cet effet. Y être incinéré (la crémation libère l'âme des morts) signifie pour le défunt la fin du cycle, et donc, l'accès direct au Nirvana.
Mais, il y a des règles, car sinon, le Nirvana serait surpeuplé et un endroit surpeuplé, ce n'est vraiment pas le paradis.
Alors, ce n'est pas tout le monde qui peut accéder à l'incinération. Ceux qui n'ont pas le droit sont :
- Les gens qui ne sont pas décédés d'une mort naturellement normale (e.g. maladie, accident, etc.)
- Les enfants de moins de dix ans
- Les femmes enceintes
- Les défuntes victimes d'une morsure de cobra
- Les lépreux
- Les pauvres qui ne peuvent se la payer
Et j'en passe.
Leur mort ne peut être que le fruit d'un mauvais karma alors la crémation leur est refusée. Ces derniers rejoindront directement les eaux du fleuve, en les laissant flotter dans le courant ou en les lestant pour qu'ils coulent en position du Lotus.
Pour ceux qui ont le droit à la crémation, ça fonctionne à peu près ainsi :
Le mort est emballé dans un linceul de couleur et souvent transporté dans un brancard de bambou jusqu'à la rive. Les femmes se retirent, car leurs larmes pourraient nuire à la Libération. Avant de déposer le corps sur le bûcher (200 kilos de bois empilé stratégiquement), on trempe à maintes reprises le cadavre dans les eaux sacrées et on lui verse de l'eau dans la bouche.
Une fois le corps sur le bûcher, on continue le rituel, et on allume.
Les parents masculins du défunt sont autour du feu, sans émotion, et attendent. Le tissu qui emballait le corps brûle en premier ce qui dévoile le cadavre en question. On voit les pieds rouges qui gonflent à cause de la chaleur et la tête calciner.
De temps en temps, les « doms » font leur travail. Ce sont les préposés aux feux. Ils sont un peu comme le gars de la gang qui était dans les scouts dans sa jeunesse et qui taponne toujours le feu de camp. Sauf qu'eux, ils veillent à ce que l'incinération se passe bien et à rassembler les morceaux de mort au milieu du bûcher à mesure qu'ils se détachent. Munis d'une grande perche, ils brassent le cadavre et se doivent de briser le crâne pour faciliter l'élévation de l'esprit.
Lorsque le feu est fini, les restes sont déposés dans le fleuve. On fait le dernier geste d'Adieu, et un autre corps arrive.
Un spectacle un peu troublant.
Mais, beau, lorsqu'on n'a pas de la boucane de morts dans les yeux.
Le long du fleuve, à l'amont ou à l'aval des sites de crémations, la vie continue. Les gens se lavent, font la lessive (draps d'hôtel, entre autres) et la vaisselle. Les enfants jouent dans l'eau. On y voit des gens pêcher et d'autres faire des cérémonies et des rituels quotidiens.
Un spectacle encore plus troublant!
Ok, je comprends que c'est un fleuve sacré. Mais se laver là-dedans, c'est comme prendre un bain de bactéries. C'est comme boire du jus de cadavre. C'est comme « frencher » un lépreux. C'est comme lécher les boutons d'ascenseur d'hôpital. C'est comme se laver les dents avec un étron. C'est comme boire son flux!
Bon OK, j'arrête.
-Will.
lundi 14 décembre 2009
OM …..
Varanasi, Inde
À Varanasi, la ville sainte, c’est plein de pèlerins venus de toute l’Inde à la recherche d’un meilleur karma. Mais surtout, c’est rempli de touristes de partout dans le Monde à la recherche de je ne sais toujours pas quoi?
Il y a tout d’abord les traditionnels voyages de groupes de Chinois en sarrau portant le masque, empilés en trop grand nombre dans une barque pour voir les berges du Gange pour prendre quelques photos et acheter des bébelles aux vendeurs flottants.
Il y aussi les « bon chic bon genre » aussi avec leur masque sur le visage pour ne pas attraper de bactéries. Ils se promènent dans leurs vêtements neufs parfaitement agencés, le gros kodak dans le cou à prendre des photos des gens dans leurs faces pour prouver au bureau combien l’Inde est pauvre et sale.
Puis il y a les hippies. Les vrais. Pieds nus, vêtus de tenues indiennes en tissus de chanvre, le point rouge entre les deux yeux à méditer sur les ghats en compagnie des Babas, ces hommes malades d’astrologie et de spiritualité.
Et finalement, il y a nous, je crois encore saint d’esprit, qui se frayent un chemin dans cette foule juste pour tenter d’en connaître davantage.

Dans cette optique, je me suis dit que je devrais essayer la méditation. Plusieurs étrangers viennent ici chaque année pour apprendre cet art sensé rééquilibrer le corps et l’esprit. J’ai pensé que ça ne pourrait pas faire de tort.
Will et moi partons donc à la recherche d’un centre qui offre des leçons. C’est pas ça qui manque mais je voulais quelque chose de relativement professionnel histoire de ne pas me retrouver seule avec un illuminé dans un petit coin noir.
Je trouve le Satyalesary Cosmic Energy Center où le Dr. Umesh (md. Théologie) donne des séances d’une heure gratuitement tous les soirs. Ça sonne bien vous ne trouvez pas? Je ne suis probablement pas plus convaincue que vous mais au moins, une Française m’accompagne, Will ayant renoncé à rééquilibrer son esprit (il est beaucoup trop stable pour ça!).
Alors on s’installe, la Française, un médecin indien, son ami et moi. Nous sommes sur un toit revêtu de faux gazon en plastique. Umesh est assis en position du lotus à l’avant et nous explique la séance.
« - Tout d’abord, vous devez garder les yeux fermés en tout temps pour ne pas perdre votre énergie cosmique. Nous débuterons par dix minutes pendant lesquelles vous devrez écouter la musique par votre chakra du plexus solaire dans votre nombril. Puis, durant quinze minutes, toujours les yeux fermés, vous laisserez danser votre corps en toute liberté sans le retenir de s’exprimer. La troisième partie sera comme la première mais l’écoute se situera au niveau du chakra du cœur. Et finalement, couchés sur le sol, vous laisserez pénétrer la mélodie par le chakra de la couronne. Est-ce qu’il y a des questions? »
Oui. Des tonnes mais de toute façon, il est trop tard pour fuir.
La première partie se déroule assez bien, je réussis à garder ma concentration. C’est très relaxant malgré que je ne sente vraiment rien pénétrer par mon nombril.
Vient la partie danse. Là c’est plus difficile. Je me trouve ridicule à danser les yeux fermés et ma curiosité est trop forte pour ne pas ouvrir les yeux. Je n’arrête pas de penser que si Will était là, il le regretterait. Après quelques minutes, dans la plus grande subtilité, je plisse les yeux pour regarder les autres sans qu’on sache que je laisse échapper mon énergie cosmique. Quand je réalise que le guru est complètement déconnecté et ne voit rien de ce que je fais. Je me permets d’observer les yeux grands ouverts.
La Française prend tout son espace et danse comme dans une discothèque avec des mouvements à la J-LO. Le médecin lui, les bras tendus vers le ciel, s’en donne aussi à cœur joie le sourire aux lèvres. Il n’y a que moi et l’autre jeune homme qui ne se trémoussent pas beaucoup et qui regardent les autres. Je dois à plusieurs reprises me cacher face au mur pour ne pas qu’on me voie rire. C’est plus fort que moi. À ce moment-là, je sais que la méditation n’est pas pour moi.
Cette période de danse libre semble s’éterniser. Surtout que la chanson n’est qu’une seule phrase répétée en boucle sur quinze minutes.
Pour la troisième partie, je retente de me concentrer. Les yeux fermés, en lotus, je visualise des couleurs pour vider mon esprit, c’est plus facile pour moi que de visualiser le chakra du cœur qui ne me dit absolument rien.
Ça va pas trop mal, le jaune me plaît. Je me sens détendue. C’est là que les moustiques font leur apparition et gâchent tout. Subtilement je m’étire vers mon sac pour prendre une veste relâchant encore mon énergie. Le bruit du sac de plastique me semble amplifié par dix en ce moment sérénité. Désolée!
Et la séance se termine. Mon nombril est toujours au même endroit, mon cœur bat au même rythme et aucune couronne ne m’a poussé sur la tête. Ouf! Je ne crois pas avoir atteint aucun niveau de spiritualité ni senti aucun chakra se libérer en moi mais au moins, j’ai bien ri.
C’est un genre de thérapie!
- Nad qui n’atteint le nirvana sans Will (il a insisté).
vendredi 11 décembre 2009
Une nuit dans le train.
Entre Kolkata et Varanasi
Je me demande comment ça va être?
Est-ce que ce sera comme dans les films de déportation, où les personnes dorment entassées dans des vieux wagons pourris? Est-ce que ce sera comme dans « Slumdog Milionaire » avec des gens partout dans le train et des petits voleurs?
J'en ai aucune idée.
J'essaie comme tout le monde de lire la liste sur le babillard pour savoir dans quel wagon je suis. Ensuite, comme tout le monde, j'attends devant mon quai d'embarquement et ensuite, pas comme tout le monde, j'attends en ligne pour entrer dans le train.
C'est la pagaille. Un mec essaie de faire entrer un tapis énorme sur la banquette supérieure. Des familles installent leurs 5 enfants dans une seule couchette qui se trouve à avoir les dimensions d'un petit comptoir de salle de bain.
Le vendeur de chaï, quant à lui, a déjà commencé son quart de travail.
« CHAÏ, CHAÏ, CHAÏ » hurle-t-il en arpentant tous les wagons.
Il est minuit et nous nous apprêtons à quitter Kolkata.
« -Euh Will, c'est où nos lits?
-Les deux du troisième étage. »
Je grimpe sur le troisième comptoir, me cognant la tête sur le coin du grillage du cache néon, évitant de justesse de coincer une poignée de cheveux dans l’hélice du ventilateur poussiéreux qui tournoie à toute allure quelques centimètres au-dessus de ma tête.

« CHAÏ, CHAÏ, CHAÏ »
« - Will, attention au tapis! »
Nous commençons à nous installer. Les bagages enchaînés à la tête du lit, on sort nos couvertures et je tente de me faire un semblant d'oreiller avec ma sacoche.

Presque confortable. Non sans blague, ce n'est pas si mal! Je ne le recommande pas trop aux gens de six pieds mais pour moi, ça va très bien.
Vers une heure du matin, tout le monde semble installé. Nous sommes huit par compartiment et il y en a neuf par wagon pour un total de soixante-douze têtes. Tout ceci est sans compter les enfants qui sont souvent en extra, les tapis et les nombreux et volumineux sacs de tous et chacun.
Heureusement, nous avons pris les banquettes du haut, au-dessus de la masse. Un judicieux conseil que l’on trimbale depuis le Honduras.
Un dernier « CHAÏ, CHAÏ, CHAÏ » et on se couche.
À chaque entrée et sortie de gare, on entend le traditionnel « tchou, tchou ». Et à chaque intersection avec une route. Et à chaque village que l’on passe. Et parfois, ça le fait aussi au milieu d'un champ désert, va savoir pourquoi.
Quelques heures se sont écoulées, j'ai les pieds engourdis car je ne peux pas déplier mes jambes au complet, mon comptoir n'étant pas assez long.
Au milieu de la nuit, évidemment, en tant que fille, je dois me rendre aux toilettes. Décadenasse le sac à main, mets les gougounes, descends de l'échelle sans accrocher le gars en dessous, entre dans la salle de bain, fais face à la toilette turque en essayant de ne toucher à rien malgré les tremblements du train.
Je vois les traverses par le trou du bol.
Remonte le bas des pantalons pour ne pas les mouiller de la substance X sur le sol, baisse lesdits pantalons et essaye avec tout ça de rester en équilibre au-dessus de ce truc, à trois heures du matin, dans un train en mouvement. Y'en a pas de facile. Puis, la mission accomplie, c'est l'opération inverse!
Je me suis à peine rendormie, que la nuit indienne est terminée. Tout le monde est debout. Les couchettes sont transformées en banquettes et les vendeurs en tout genre vendent leurs produits en criant pour les annoncer.
Je ne suis pas vraiment prête à ça encore, 5h45, pour moi, c'est trop tôt. Je me cache dans mon foulard remettant à plus tard le face à face avec mes voisins. En ce moment, j'apprécie encore plus d'être au troisième étage.
Ce n'est que deux heures plus tard que je sors de ma cachette. Will a déjà un « CHAÏ, CHAÏ, CHAÏ » de bu et surveille l’arrivée du vendeur de samosas.
La femme d'en bas et ses quatre enfants me scrutent attentivement. Depuis combien de temps ils font ça?
J'étire mes jambes endolories et accepte le fameux thé sucré au lait que Will me tend. Avec un peu de cannelle, c'est un délice.
Nous sommes encore les seuls touristes dans les parages donc le centre d'intérêt.
J'exécute de nouveau mon numéro d'adresse aux toilettes et passe le restant de la journée à regarder défiler le paysage. Des champs de culture, des bidonvilles, des travailleurs sur les rails.

Encore un « CHAÏ, CHAÏ, CHAÏ », on y prend goût, et nous voici avec deux heures de retard à Varanasi, une des plus vieille ville du Monde et lieu de pèlerinage de nombreux Indiens.
- Nad qui a bien aimé le train.
lundi 7 décembre 2009
Sous la couette
Les taxis à la gare de train, ce n'est pas nécessairement le premier taxi de la file qui sortira le premier : c'est le premier qui trouvera un client. Un spectacle magnifique de taxis qui se percutent et de chauffeurs qui s'engueulent et qui entrent dans les taxis des autres pour enlever le frein à main et pousser l'auto dans celle d'en face.Kolkata, Inde.
Je ne suis pas vraiment un « gars de char ». Mais si vous me dites Aston Martin, Ambassador Classic, courbes parfaites et jaune canari, j'embarque!
Chauffeur, direction centre-ville.
On était tanné de l'humide dans les vêtements. Des gougounes qui catapultent la bouette dans le dos. Du linge qui ne sèche pas. Et des champignons sur pied (comme dans la forêt) dans le cadre de porte de la salle de bain qui meurt le lendemain après deux douches tièdes qui restent dans la pièce (l'écosystème en déséquilibre).
On avait le goût de froid, de sec. Du froid comme à l'automne chez nous, avec les lèvres gercées et le nez qui coule. Du bon froid québécois. Celui qu'on aime sentir arriver, et éventuellement repartir.
On s'est donc rendu dans le nord de l'Inde, à Kolkata, sur un coup de tête.
Coup de bol : dans le Times of India de ce matin, section météo: 22 novembre le plus froid depuis 7 ans. Suffisait de le demander.
La fenêtre du taxi est grand ouverte, l'air frais se fait sentir.
On grelotte presque. Deux extra-Indestres, tous nus par grand froid. Les hommes blancs du Nooord, les Canadiens de souche polaire. Nous survivons malgré tout sans l'équipement de l'Indien frissonnant: bas pour tongs (gros orteil indépendant), cache-oreilles et épaisses couvertures. Nous, c’est un petit polar et le tour est joué. 15.2 degrés Celsius, qu'est-ce qu'on est bien.
Comble de bonheur : dimanche est maintenant officiellement une « journée sans klaxon ». Pas tout à fait au point, certes, mais la différence est notable. Remarquez que la circulation n'est pas plus bordélique qu'à l'habitude? C'est seulement plus agréable d'y faire part et plus facile de s'endormir le soir venu, sous la couette!
Kolkata me plaît. Je ne me l'imaginais pas ainsi. Une telle agglomération, en Inde, ce n'est certainement pas le paradis. Et certainement la vision de l'enfer pour plusieurs, mais on s'y fait (presque).
Vous aimez l'architecture coloniale - en dégradation ?
Vous aimez les tramways - qui n'arrêtent jamais ?
Vous aimez les vieux taxis - qui vous foncent dessus ?
Vous aimez l'image esthétique d'un homme tirant un rickshaw - pieds nus, pour 0,25$? Vous aimez les enfants enjoués - qui dorment dehors ?
Sans la couette ?
Kolkata est ce que Mumbai et Delhi sont sans doute. Elle est 14 point quelques millions de fois trop d'habitants. C’est un zoo de l’existence humaine. C’est comme si vous étiez un dieu (celui que vous voulez) et que vous preniez une grosse pelletée de gens et les déposiez d’un coup dans une ville qui connaît trop souvent la mousson, sans moyen et disiez : « Allez mes enfants, débrouillez-vous! Et n’oubliez pas de prier! ».
…
Le quartier des voyageurs, très agréable en passant, est perdu dans le quotidien des citoyens. On a le privilège de vivre - pour un moment - dans l'âme de la population; dans leurs rues. Là où ils font tout, sauf du sexe. Ça, on s’imagine qu’ils le font une fois aux neuf mois, consécutivement pendant une dizaine d'années.
Nad veut aller au zoo (celui des animaux). Pas moi. On se prend la tête pour une connerie (life on the road) et on finit dans la chambre et on fait tout, sauf du sexe.
Mais ce n'est pas grave puisque qu'en gentlemen que je suis, j'invite Nad à l'endroit le plus romantique de la ville, là où même les Indiens ont le droit de se « frencher » en public: le Victoria Memorial. Un genre d’Hôtel de ville wannabe Taj Mahal construit pour le jubilé de la reine Victoria et achevé vingt ans après sa mort.
Prix pour accéder aux jardins : 0,09$. Rien de trop beau pour ma Nad.

Palace en marbre, coucher de soleil. Cliché. Mais ça ne fait pas cher pour ramener un peu de bonne humeur…
Sous la couette!
-Will.
mercredi 2 décembre 2009
Animal Planet.

Bangalore.
En arrivant à Bangalore, on s'est rapidement dirigé vers le quartier moderne, synonyme de succès économique dû notamment aux technologies de l'information, la spécialité d'ici. Et là, on a cherché un café Internet pendant une heure, pour finalement se ramasser sur un (de deux) ordinateur à côté d'une photocopieuse qui sonne comme une tondeuse, à attendre cinq minutes pour qu'Hotmail loade…
MG road, c'est la rue. La rue des gens aisés, des bars et des grandes chaînes de restaurants. La rue qui nous prouve que dans le futur, toute la Terre sera pareille.
Nad décide de prendre une pause de l'Inde. Elle en a marre de traverser des rues en manquant de se faire tuer, de marcher en ayant toujours l'impression d'être à contresens, des hommes pervers, des crachats et des odeurs d'urine. Elle me dit qu'aujourd'hui, elle n'a pas envie d'être en Inde. Et il y a la télé dans la chambre.
Alors moi, plutôt que d'écouter Animal Planet, je vais étudier le comportement de la vache urbaine dans son environnement. Je marche dans le vieux quartier de la ville (qui comme partout est souvent le plus intéressant) à travers l'agitation. Tout bouge autour de moi. Je me sens dans une ruche qui ne sent pas le miel. Comme un cube de sucre dans une fourmilière. Il y a des gens partout. Et comme les trottoirs servent à stationner les motos, empiler les détritus ou installer les étals, on doit marcher dans la rue.
Dans la rue, il faut éviter les trous d'eau noire et visqueuse, sans se faire happer par les scooters ou les voitures qui ont la priorité absolue puisqu'ils ont un klaxon. Il faut aussi faire gaffe aux vélos qui, armés d'une sonnette (dring dring), se sentent invincibles. Marcher devient un sport extrême, une activité qu'il faut faire avec modération.
Donc, prendre des pauses est important.
Mais ça aussi, c'est difficile. Premièrement parce qu'il n'y a nulle part où s'asseoir. La culture du p'tit verre de vino sur une terrasse en bord de rue est encore de la science-fiction. Aussi fictif que l'idée de trouver la paix quelques minutes hors de la chambre d'hôtel (et encore là…).
Je trouve une marche vide et propre devant un commerce fermé à demi cachée par une pancarte promotionnelle de cellulaire. Je m'y installe, heureux de ma trouvaille.
Gloup gloup. Un peu d'eau.
J'expire…
« - Beep beeeep RICKSHAW ? »
Ah. Taba…
« - Où allez-vous monsieur? rickshaw ?
- Euh, nulle part, NON merci.
- Pas cher pas cher, cinquante roupies. »
Comment peut-il me donner un prix s'il ne sait pas où je vais. Et que je ne vais nulle part en plus. Sti de…
J'entre au marché et je fuis la foule un brin en montant de deux étages. J'arrive au plancher des outils et pièces en tous genres. Des engrenages gros comme ma tête, des chaînes, de la corde, des écrous, des roues, etc. Le genre d'endroit où tu entres avec un vieux « toaster » et tu ressors avec un bolide de course.
L'aire centrale du marché, ouverte sur tous les étages, est quant à elle consacrée aux fleurs. Des milliers de fleurs. Les gens en achètent à la pochetée, aux mètres de guirlande. Si c'était la Saint-Valentin, ça ne me coûterait pas cher. Les roses, ils les brassent comme du foin tellement il y en a. J'observe du troisième, tel un oiseau, ce paradis du faiseur de centres de table.
Lorsque je décide de descendre pour quelques clichés de près, j'ai peine à sortir mon appareil tellement la circulation est intense. Les hommes bousculent, les femmes dépassent tout le monde (à peu près le seul droit qu'elles ont ici) et les vieux immobiles créent des embouteillages. C'est la folie, encore. Sauf que ça sent bon.
Je rebrousse chemin et tombe face à face sur une vache. Une vache ? fallait pas descendre un escalier pour se rendre ici ?
Dans toute sa classe, le grand mammifère fait quelques pas. Il s'arrête devant un vendeur. L'homme joint ses mains et a une petite pensée pour l'être sacré. Les gens sont contents. La vache est contente. (meuh)
Spashhhhh.
Elle pisse.
Fort. Sur le plancher de béton.
Et éclabousse mes pieds.
J'aurais peut-être mieux fait d'écouter la télé.
-Will.

















