Nad et Will vous décrivent le monde tel qu’ils le perçoivent depuis leur départ du Québec en septembre 2008. Suivez leur plume virevolter la planète de l’Himalaya aux fonds marins de Bornéo, de l'Inde incroyable à leur Colombie bien-aimée. Une épopée prenante et surprenante dans déjà plus de 25 28 pays et la folie continue est terminée !

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lundi 28 septembre 2009

Didi en Asie V : Une finale en émotions.


Phnom Penh, Cambodge.

On atteint Phnom Penh dans un bus confortable, sans problème et dans les temps. Indidiana Jones est quasiment déçue, elle se demande « où est l’aventure? ».

Elle est un peu à la descente du bus dans une nouvelle ville lorsqu’une armée de chauffeurs de moto et de tuk-tuk nous sautent dessus.

« C’est toujours comme ça quand vous débarquez dans une ville ? ».

Presque. C’est l’Asie. Mais on s’habitue. Il suffit de savoir si un transport est nécessaire et d’avoir une idée du prix avant de s’y lancer et ça finit toujours bien.

On débarque au Okay Guesthouse. Pas de mérite, c’est connu et c’est définitivement le rendez-vous des backpackers de tous les âges. Ma mère se tape le gros cheeseburger avec frites, l’estomac aussi jeune que le cœur. La réserve de calories faite, on sort visiter.


Il ne faut pas voyager l’Asie du Sud-Est pour la beauté des villes, sinon on se retrouve rapidement déçu. Par contre, Phnom Penh sort du lot des villes que j’ai vues jusqu’à maintenant et vient accoter Hanoi (Vietnam) au petit palmarès des grandes villes les plus agréables d’Asie du Sud-Est.


La capitale cambodgienne est définie autour d’un lac central et le long du Tonle Sap qui se jette dans le Mékong. Quelques grandes avenues assurent la circulation d’un point à l’autre de l’agglomération facilitant l’orientation parmi les parcs, les temples magnifiques, les familles, les marchés grouillants, les déchets et le trafic bordélique.

Ma mère s’adapte difficilement à la traversée aux tendances suicidaires des ruelles et des grandes artères. Elle s’agrippe avec force aux bras de Nad et Will les bourlingueurs qui ont compris que le truc dans tout ça, c’est tout simplement de foncer et de marcher à rythme constant d’un côté à l’autre de la rue. Sans stress apparent, comme par magie, la circulation nous évite sans toutefois ralentir. À moins qu’il s’agisse d’un tuk-tuk, qui lui, risquera sa vie et celles de plusieurs autres pour faire demi tour en plein trafic sans regarder ses angles morts, en roulant un sens inverse jusqu’à temps de trouver sa place dans la bonne voie pour ensuite, couper deux personnes dans le seul but de nous approcher et d’essayer de faire un petit retrait dans leurs ATMs favoris.

Malheureusement pour tous ces chauffeurs, nous préférons marcher et avions déjà réservés les services de l’homme qui nous a conduit jusqu’à l’hôtel à prix modique en nous demandant honnêtement de lui donner du travail le lendemain. Assez juste, j’aime bien.

Nous embarquons avec lui pour toute la journée afin de visiter les deux sites historiques à ne pas manquer lors d’un voyage au Cambodge, hormis les temples d’Angkor : les champs d’exécutions et la prison S-21 du régime de Pol Pot.

On paye notre entrée en dollars US comme si on voulait symboliquement donner chacun notre tour une taloche aux hommes derrière ce massacre qui avait pour but d’implanter le communiste (par la purification de la civilisation urbaine et la rééducation rurale des survivants).

Dans les « Killing Fields », une stupa a été érigée à la mémoire des gens exécutés par les Khmers Rouges. Elle doit être la millième que l’on voit depuis notre arrivé en Asie mais, est certainement la plus marquante car ses façades vitrées laisse voir les crânes humains qui la remplissent. Autour, dans les champs, les fosses où l’on garrochait les cadavres sont toujours là et l’on a bien pris soin de laisser quelques ossements dans des bacs vitrés et d’anciens vêtements un peu partout sur le site. Il y a également un arbre plus gros que les autres et à première vue, c’est le serpent qui s’y accroche qui pourrait écoeurer (ma mère), mais c’est pire. Cet arbre servait de chose dur pour recevoir les têtes des enfants qu’on swingnait en les tenant par les pieds. Bref, dans le monde noir des Khmers Rouges, l’arbre était un économiseur de munition, au même titre que le pieu, le marteau et le bambou.

La visite continue dans une école transformée à l’époque en prison pour les cas « problématiques ». La prison S-21 est aujourd’hui appelée le musée du génocide. Le silence est demandé bien que personne n’a envie de parler. À l’intérieur des anciennes salles de détention et de tortures, sont affichées toutes les photos de chacun des prisonniers passés par-là. Les regards souvent tristes, parfois fiers, mais surtout apeurés des hommes, des femmes et des enfants sont immortalisés par l’objectif. Les yeux dans les yeux, l’étalement de photos est interminable. La salle suivante est consacrée aux techniques de torture réalistement illustrées par un des rares survivants de la prison…

Il n’y a rien à comprendre.

[Longs points de suspension.]


Didi n’a pas terminée la visite. C’est la tête basse que nous la rejoignons un peu plus tard. Le 5 à 7 des explorateurs ne sera pas aussi joyeux que d’habitude.

Phnom Penh, bien que prenante en émotion, est une belle escale lors d’un périple en Asie du Sud-Est.

Et il y a du beau shopping, en passant.

Pour ma mère, c’est déjà la fin, la poche de hockey est pleine. C’était donc le dernier épisode de la série « Didi en Asie ». J’espère que la principale intéressée a aimé et que vous, chers lecteurs, serez prêts pour la suite : le Laos.

-Will.

mercredi 23 septembre 2009

Didi en Asie IV : Visiter un pays de cul.


Sihanouk Ville, Cambodge.

Assis sous le toit du restaurant de l'hôtel à observer le ciel fâché de la mousson, on se dit que le moment est gâché par la température. Ma mère qui voulait voir l'eau turquoise du golf de Thaïlande doit être déçue; la mer est grise et agitée.

Sauf qu'elle est contente, malgré tout. En plus d’être avec son fils et sa belle bru, le temps est reposant pour une mère en vacances. Lecture, écriture de son journal de voyage (le plus à jour que j'ai vu), le petit café du matin sous la brise maritime, un BBQ de viande et poissons frais le soir et pas de vaisselle.

Le quotidien n'est pas trop dur sous l'averse qui dure encore.

En fait, la pluie ici, tout le monde semble s'en foutre. La mousson, c'est une saison. Ça fait partie de la vie depuis des lunes. C'est comme l'hiver, chez nous. Sauf qu'ici, c'est différent…

Les enfants continuent de vendre leurs bracelets et colliers aux touristes sous l'invisible pression parentale. Ils sont sympathiques, attachants, la plupart sont des petits vites même en anglais. Mais doit-on acheter aux enfants?

Une dame détrempée parcourt les kilomètres de sable aller-retour dans l'espoir d'échanger l'un de ces beignets qu'elle porte sur sa tête contre quelques riels.

Un jeune d'environ 10 ans a acheté « Le Cambodian Post » et tente de le vendre un peu plus cher, histoire de faire un subtil profit. L'argent ira probablement à son père.

Un monsieur aux jambes disparues repasse pour la deuxième fois aujourd'hui. Les gougounes dans les mains, il fraie son chemin à travers les obstacles usant peu à peu son couvre fesses grossièrement cousu dans du caoutchouc. Un peu d'argent pour manger, demande-t-il nous arrachant le cœur à chaque fois.

À la brunante, un père étend son filet à travers les roches. La première pêche semble bonne. Sa fille l’aide. Trempés, ils récoltent les petits poissons et les crabes qui sont pris au piège. Mais ce n'est jamais assez, il a une famille à nourrir. Il démêle les cordes et recommence jusqu'à la noirceur.

Et il fait noir, et puis on se dit, « tabarnac, on ne peut pas tous les sauver… » histoire de se déculpabiliser un brin d'être né au bon endroit et d'avoir un drink à la main.

La misère, ça rentre dedans, ça tord le cœur. Visiter les pays pauvres, ou du tiers-monde, ou en voie de développement, ou les pays de cul, dites-le comme vous voulez, ce n'est pas toujours évident. C'est dans ces pays où voyager prend tout son sens ; où être touriste est un acte sérieux qui a des influences économiques, environnementales et sociales, bonnes et mauvaises.

À Sihanouk Ville, un artiste espagnol est venu peindre la beauté de l'endroit et s'est rendu compte que les jeunes de la plage avaient bien envie de s'exprimer eux aussi. D'année en année, il est revenu peindre avec les enfants et en 1996, une O.N.G. est née.

Le Cambodian Children's Painting Project (www.letuscreatecambodia.org) fournit aux enfants de la rue, qui ici sont les enfants de la plage, une occasion en art.

Ce n’est pas compliqué, c'est génial. Les enfants sont libres de venir quand ils le veulent. À quelques mètres de la rive seulement, un modeste établissement les accueille.


Ils doivent peindre, c'est l'activité première. Les tableaux sont vendus 4$, dont 2$ sont remis directement à la famille du jeune tandis que le reste va dans le fond communautaire de l'organisation. Les dons et la pension que paye les bénévoles s'ajoutent au lot et l'argent amassé est utilisé à plusieurs fins, notamment offrir à tous les gamins la chance d'aller à l'école en payant les frais et en fournissant l'uniforme et le matériel. Je ne vous parle même pas du milieu communautaire sain que cela crée, des opportunités d'apprentissage offertes à ces jeunes défavorisés, des deux repas par jour fournis gratuitement et de l'accès à des soins médicaux et dentaires…


Cette manie d'acheter des souvenirs et l'espèce d'obligation non écrite d'avoir à ramener des cadeaux des voyages peut-être fait de façon intelligente. Au Cambodge, il y a un bon nombre de boutiques dont les profits sont utilisés à bon escient. Le CCPP en est un bel exemple.

Ça vaut la peine de chercher un peu avant d'acheter.

-Will.

samedi 19 septembre 2009

Didi en Asie III : Temples, woks et porcelets roses!


Angkor Wat

Siem Reap - Battambang - Sihanouk Ville, Cambodge.

« Monter un temple en jupe, c'est pas l'idéal » dit-elle.

Effectivement, dans le temps, je ne pense pas qu'ils ont pris ce détail en considération en en faisant les plans des escaliers abrupts et glissants. La cité d'Angkor est cependant magnifique et vaut bien les certains efforts pour l'atteindre.

Je pourrais vous parler de ce site en parlant de son architecture, en le décrivant en détail, mais, ce serait ennuyant. C'est quelque chose qu'il faut simplement voir. Cette construction grandiose, en grande partie reprise par la nature, prend tout son charme emprisonnée dans les bras des énormes arbres-racines.


« C'est de toute beauté »


La ville de Siem Reap se développe d'ailleurs grâce à ce vestige du passé. Hôtels de luxes, restaurants branchés, boutiques, il y a tout pour le touriste. Pour ma première ville au Cambodge, ce n'est pas vraiment ce à quoi je m'attendais.

L'ambiance est toutefois agréable, Didi fait engraisser la poche de cadeaux au désespoir de Will.

Nous devenons aussi adeptes des 5à7 sur les petites terrasses et profitons avec joie des baguettes françaises laissées en héritage par les anciens colonisateurs.


Puis c'est reparti, mais cette fois-ci, ce sera en bateau sur le lac Tonle et ses affluents. Certains disent que le voyage prend cinq heures, d'autres parlent plus de dix, on verra!

On vient nous chercher à l'hôtel, nous sommes les derniers. Will récolte la chaise de plastique « Hello Kitty », moi la craque de banc et Diane une petite place entre les jambes d'un « beau jeune homme ». La chance du débutant!

Le bateau est évidemment moins moderne que sur la photo à la billetterie. Assis bien confortablement sur des bancs de bois d'école de rang, trois baguettes et de la « Vache qui rie » en mains, le bruyant moteur démarre.


Les villages sur pilotis défilent devant nous et des gens accostent leurs barques pour monter à bord. La vie semble s'écouler lentement ici. Des antennes énormes sur le toit des petites cabanes leur apportent des images pour les divertir. Les enfants nous saluent énergiquement.

Puis le canal rétréci de plus en plus, les branches des arbres autour nous fouettent. Pour un passage emprunté chaque jour par ce bateau, la végétation est plutôt dense. Je crois que le chauffeur s'est trompé d'embranchement. Peu importe, nous atteignons Battambang en sept heures et demie en ayant eu l'impression d'avoir traversé l'Amazonie, c'est une bonne moyenne.

« Beautiful ville coloniale » S'exclame Didi!

Censé être la ville à l'architecture française la mieux conservée du Cambodge, je me dis que les autres doivent être en ruine, car ici, les bâtiments moisissent et rien n'est entretenu mis à part quelques constructions.

Comme il y a peu de chose à faire, on se met tous à nos woks au Smokin' Pot. Ce resto khmer offre des cours de cuisine locale. Après les achats au marché, par chance, on passe vite devant les anguilles et grenouilles décharnées, on se concocte trois délicieux plats. Je développe des habiletés jusque-là inconnues. Une vraie chef!

Ce n'est que le lendemain, sous un ciel de pluie que les vraies aventures commencent pour Diane. Heureuse de ne pas perdre une belle journée dans un bus, elle changera toutefois d'idée.

Direction Sihanouk Ville, au sud du pays, histoire de voir le golf de la Thaïlande.

Tout se déroule normalement. La climatisation est dans le piton, on est habillé en bonhomme de neige dans le bus. À la halte routière, les toilettes turques découragent la nouvelle exploratrice qui remet en perspective l'urgence de la chose. Plus loin, une poule, l'air de rien, kidnappe une peanut à un vendeur avant de prendre la fuite.

Puis la route est bloquée on ne sait par quoi. Plutôt que d'attendre, le chauffeur emprunte une route secondaire à peine de sa largeur avec trois virages à 90 degrés. L'idée du siècle…

Après trente minutes, une quasi-chute dans le fossé et un enlisement, on reprend la route de terre rouge.

Puis il pleut de plus en plus. On s'arrête. Par chance, quelqu'un donne la raison de l'arrêt et les instructions en Khmer. Tous les trois, un point d'interrogation dans le front, sortons comme les autres.

On nous donne nos sacs sans plus d'information en nous désignant des scooters qui attendent sous la pluie.

Un Cambodgien parlant anglais finit par m'expliquer que la route est bloquée par la rivière qui est sortie de son lit et que le bus ne peut continuer. Les motos sont là pour nous amener à l'autre bus.

Nous en enfourchons chacun une et c'est parti, la pluie dans les yeux! Le chauffeur de Diane veut lui charger le prix de deux personnes pour le transport de la poche de cadeaux. Ça vous donne une idée de son ampleur!

Les chauffeurs nous débarquent devant le débordement d'eau. Mais aucun signe du bus?

Tout le monde se précipite dans des petites embarcations les chargeant de matériel divers. C'est le « free for all ». Des porcelets roses crient aussi leur inquiétude, entassés dans une espèce de cage à homard. « ouiiihk ouiiinh » Couinent t-ils.

video

Les barques sont là pour nous faire contourner l'inondation qui s'étend environ sur un kilomètre et essayer de nous arnaquer en chargeant des prix ridiculement élevés. Des jeunes nous offrent de marcher jusque de l'autre côté avec de l'eau à la taille en portant nos bagages pour quelques dollars.

C'est le foutoir, je suis découragée! Il fait presque nuit et la pluie ne veut cesser.

On finit par prendre la dernière barque après maintes négociations, pour ensuite embarquer sur un autre scooter jusqu'au bus pour finir le trajet.

À l'arrivée, c'est évidemment le déluge total. Il pleut à boire debout. Will perd sa gougoune emportée par le courant de la rue en prenant un tuk-tuk et court pieds nus pour la rattraper dans la nuit.

Enfin arrivés à l'hôtel, détrempés, celui-ci est fermé, personne ne vient nous ouvrir. Toujours sous la pluie battante, nous nous dirigeons vers son voisin aidé du chauffeur. Ça fera l'affaire.

Opération corde à linge et dodo, la journée a été dure.

- Nad qui a choppé un rhume!

lundi 14 septembre 2009

Didi en Asie II : La mère qui ne se repose jamais.


Bangkok, Thaïlande.

Les trois jours passés à Bangkok furent agréables. Après avoir visité les principaux attraits de la ville en se déplaçant et en mangeant sur la rue pour pas cher, on décide de se terminer ça en beauté en faisant une surprise à ma mère.


Nous avions découvert, grâce à deux autres Québécois, un endroit génial où prendre un verre d'une façon tout à fait différente de ce qui est coutume à Bangkok ; assis sur une chaise en plastique dans la rue parmi l'action et le bruit.

Demander à ma mère de s'habiller chic n'a pas causé trop de complication, 55e étage de la SkyTower dans Siam, un bistro magnifique domine la ville. Une bouteille de vin et des ailes de poulet au fromage bleu, le soleil se couche pendant que la ville s'éveille. Ma mère est contente et là, ce n'est pas seulement parce qu'elle est avec son fils et sa belle bru.


Dans le top 3 des choses à faire à Bangkok avec « manger sur la rue » et « être à Bangkok ».


Plus tard, pendant que ma mère décide qu'elle a suffisamment voyagé léger (3 jours) et qu'elle dévalise les magasins de Kao San, je lis sur Internet pour me préparer à notre prochaine étape du voyage : le Cambodge. C'est que j'ai entendu des tonnes d'histoire à propos du passage de la frontière et je veux être préparé.

Il existe deux manières de faire les choses : soit avec une agence qui vous prend à Kao San et vous amène pour un prix très économique jusqu'à Siem Reap, au Cambodge, ou indépendamment.

La combine par les agences est reconnue comme étant un SCAM, c'est-à-dire une crosse. Le coût est faible, mais c'est compréhensible, car on vous embarque dans une magouille à n'en plus finir. Elle consiste souvent à vous obliger à payer plus cher pour le visa cambodgien disponible à 20$ à la frontière, à arrêter dans des restaurants à commission et finalement, à rendre le trajet le plus pénible possible afin qu'à l'arrivée, fatigués, tard le soir, vous n'ayez pas vraiment le choix de dormir dans leur Guesthouse.

Je n'avais pas envie de faire vivre cette expérience à ma mère, alors nous sommes partis indépendamment affronter une des frontières les plus corrompues d'Asie du Sud-Est (à ce qui paraît).

Le départ se fait à 5hAM de l'hôtel en taxi sans aucun problème jusqu'à la gare de bus Morchit. 5h30, nous sommes dans un bus première classe, la bouteille d'eau et le muffin inclus. À peine 4 heures plus tard, nous arrivons à Aranya Prathet, la ville frontalière thaïlandaise. À la sortie du bus, il faut prendre un tuk-tuk jusqu'à la frontière proprement dite et c'est ici que le fun commence. J'informe ma mère de la démarche.

« On entre les trois là-dedans ? » Oui, dans la petite cabine, les sacs à dos - et la nouvelle poche de souvenirs - empilés un peu partout en dessous et au-dessus de nous, c'est parti, ma mère est convaincue « que personne ne la croira au bureau! ».

Même si mes ordres étaient précis et que je lui avais clairement dit que nous avions déjà le visa, notre chauffeur frontalier (lire ici corrompu) prend l'initiative de nous amener au soi-disant « Consulat du Cambodge » qui se trouve à être une cabane à côté du vrai consulat. Un homme habillé chic nous offre gratuitement de nous étamper la sortie de Thaïlande (?). Il faut comprendre ici que du moment où vous vous embarquez là-dedans, il est difficile de ne pas ressortir avec un visa cambodgien payé trop cher.

Enfin, en insistant, on se retrouve à la frontière et disons adieu à notre chauffeur qui fait la baboune. Le pauvre petit n'aura pas son pourboire avec nous.

Ici, c'est un vrai bordel. On trouve difficilement où aller pour obtenir notre étampe de sortie parmi la foule de gens qui font tout et rien, du commerce de fruits à la vente du visa cambodgien sur le pouce. Des enfants offrent leurs services pour porter les bagages, d'autres mendient, il y a des motos partout et surtout, il faut faire attention aux pickpockets.

Sortis de Thaïlande, on se fait prendre la température dans l'oreille ou dans le front pour détecter notre fièvre de grippe porcine. Aucun stress, on est top-shape.

Le bureau d'obtention des visas est vide, car il est à peine 10h30 du matin. Nous avons bien fait de partir à l'aube. On réveille l'agent d'immigration qui nous donne sans aucune politesse les papiers à remplir pour obtenir le bout de papier insignifiant à 20$ qui s'appelle un visa. À peine le temps d'écrire notre date de naissance qu'il nous achale pour avoir le paiement. Il se fout bien de ce qu'on inscrit sur le foutu questionnaire ; j'aurais pu être Snoopy le Président des États-Unis, tant que je paye…

La petite photo collée dans le coin du papier, on s'approche du comptoir pour payer. On sort un beau 50$ croustillant et un billet de 10$ flambant pour être certain de ne pas avoir de complication.

L'agent prend nos papiers et les dépose sans les regarder sur la table derrière lui et nous dit que « c'est 20$ et 100 bahts pour le service express ». Autrement dit, il veut qu'on paye l'équivalent de 3$ chacun en pot-de-vin pour avoir notre visa plus rapidement.

Nad lui répond avec ses yeux de fureur (j'y ai déjà eu droit, ce n'est pas de la tarte) que c'est 20$ et elle lui pointe là où c'est écrit noir sur blanc au-dessus de sa fenêtre. Il insiste encore un peu, mais on lui dit que le service « normal » nous suffira. Il nous menace de nous faire attendre plus de 15 minutes sur les chaises en face. Pas de problème, on a tout notre temps et ma mère est aussi motivée que nous à ne pas céder à la corruption. Trois minutes plus tard, nos visas sont collés dans nos passeports.

Et à 15h00, nous arrivons à Siem Reap, choisissons notre Guesthouse et avons même le temps l'aller voir le coucher de soleil sur les temples d'Angkor. Ma mère est contente.

-Will.

vendredi 11 septembre 2009

Didi en Asie I : Bangkok, l’initiation.


Bangkok, Thailande.

Notre périple en Birmanie est déjà terminé. Nous laissons Mélodie qui continue sa route vers le Laos tandis que nous, retournons sur Bangkok pour l’arrivée de ma mère. Elle vient partager un bout de chemin pour deux semaines et voir son fils et sa belle belle- fille qu’elle n’a pas vus depuis près d’un an.

À partir d’aujourd’hui, ma mère vient vivre les chroniques ; à vos écrans, la nouvelle série « Didi en Asie » commence maintenant.

Épisode I : Bangkok, l’initiation.

Diane de son nom sérieux, ma mère est communément appelée Didi. Son profil : 55 ans, 1.57 mètres, 50 kilos (mouillée), a peur des serpents mais pas des voleurs.

C’est son premier vrai voyage « backpack », avec une touche de Nad et Will pour rendre le tout plus agréable.

Mais avant tout, une anecdote coquine qui a un peu rapport avec le reste de l’histoire.

Hier, Nad et moi attendions le bus pour aller au cinéma. Un voyageur nous aborde, le sac au dos, fraîchement arrivé sur Bangkok :

« - Excuse me…? I don’t want to disturb… but, vous êtes Québecois? … Nad et Will ?
- Oui. En chair et en os?
- C’est que je suis votre blog depuis le début! »

Julien est un Français qui suit CLM depuis un an et qui voyage depuis une dizaine de mois. Il est notre premier fan rencontré sur la route! Ça flatte dans le sens du poil.

Bref, Nad et moi (les vedettes), rejoignons Julien dans un pub dans un petit quartier en périphérie de Kao San que nous n’avions jamais exploré. Quelques bières, un championnat de billard France-Canada et une nuit de sommeil plus tard, nous retournons dans ce même quartier à la recherche du Guesthouse parfait. Celui qui conviendra d’une part à notre portefeuille et de l’autre, aux besoins d’une mère. Au bout d’un moment, après avoir trouvé une petite madame qui fait du macaroni au ketchup sur la rue (!), on déniche un bel établissement tout en bois de tek et réservons deux chambres bien propres dont une avec salle de bain privée, vous devinez pour qui.

Le soir venu, je me retrouve à l’aéroport attendant l’atterrissage du vol en provenance de Hong-Kong dans lequel se trouve Didi qui ma foi, voyage plutôt léger. Elle aura écouté les conseils de mon petit frère avant son départ…

Dans la navette jusqu’au centre-ville, une violente averse s’abat sur l’autoroute. La pluie est intense et ne veut plus s’arrêter. Arrivés à destination, nous n’avons pas d’autre choix que de sortir du bus et de plonger dans ce Bangkok inondé.

L’eau aux genoux, nous devons trouver Nad qui nous attend à notre restaurant préféré. Les déchets voguent sous le courant de l’averse, les commerces sont fermés, la ville est sombre et endormie. Les trottoirs sont envahis par l’eau opaque, il pleut d’abat, mais, ma mère est contente car, elle est avec son fils!

Nous trouvons finalement Nad, détrempée, mais souriante, et continuons finalement notre marche jusqu’à un petit restaurant qui a la caractéristique d’être au sec contrairement à ses voisins. Ma mère (50 kilos), est contente parce qu’elle est désormais avec son fils et sa jolie bru (à dire en roulant ses « r »).

Didi goûte son premier Pad Thaï thaïlandais. Pas méchant! Puis, toujours en pataugeant, nous tâchons d’atteindre rapidement l’hôtel. Les femmes balayent l’eau en permanence pour éviter que les déchets échouent sur les pattes des chaises et des tables de leurs commerces, tandis que de l’autre côté de la rue, un énorme rat se gâte des offrandes de Bouddha pendant que personne ne peut réagir.



Nous arrivons finalement au Guesthouse vers 11h00, l’endroit est vide. Nous ouvrons la chambre de ma mère pour qu’elle y dépose ses bagages et fièrement lui montrons notre trouvaille!

Beau, bon, propre et pas cher… a premier abord! Nous n’avions effectivement pas pensé à tester le lit, qui se révèle être dur comme du bois, nous n’avions pas réalisé que l’eau de la douche est froide et finalement, n’avions pas prévu que l’inondation de la ville occasionnerait un envahissement de coquerelles dans la salle de bain. Toutes des choses devenues routinières pour nous mais qui réunies, peuvent rendre un endroit beaucoup moins charmant!

Elles était plus d’une trentaine à scouater, brunes, luisantes et les antennes frétillantes. J’enfile mes gougounes et m’y donne à cœur joie. Crouch crouch crouch sous la douche, plus de coquerelle, bonne nouvelle.

La dernière pelletée!

Bienvenue en Asie, Mom. Comme tu le dis si bien : demain est un autre jour…

On va changer d’hôtel et prendre une chambre au cinquième étage, ok?

Bonne nuit

-Will.

mercredi 9 septembre 2009

L’autre dimension.


Lac Inle, Birmanie (Myanmar)

Les derniers kilomètres, malgré le terrain descendant, ne sont pas si faciles. Nos pieds en ont assez de marcher et je réussis même à me faire une ampoule en dessous d’un ongle faisant décoller ce dernier.

Mais peu importe, un trek n’en est pas un sans quelques ampoules mal placées. Ceci ne fait que confirmer la règle. Mes chaussures qualité Bangkok n’ont sûrement pas aidé, elles étaient pourtant jolies. Je n’en ai eu que pour mon argent!

Puis il apparaît, ce fameux lac. À première vue, ce n’est qu’un lac, rien à signaler. Mais en s’y promenant en pirogue, il n’a rien de banal. Il est grouillant de vie.

À commencer par les pêcheurs sur une seule jambe en parfait équilibre sur le bout de leur barque pagayant d’une jambe et lançant leurs filets à l’eau à deux mains.


Les jardins flottants au travers des maisons sur pilotis. Ici, on ne fait pas du voisinage en parlant par-dessus la haie de cèdre mais, en barque.

Les artisans y ont aussi élu domicile. Il est possible de visiter les fabricants de textile de soie ou lotus, de bijoux en argent, de cigares ou de produits faits par les forgerons. Tout est fait à la main, à l’ancienne. Aucune technologie moderne. Un vrai travail de moine. On prend le thé un peu partout regardant les artistes à l’œuvre, toujours guidé par Sue.


Cette dernière nous invite aussi chez elle, profiter des derniers moments dans ce charmant pays autour d’un repas typique.


Poisson à la coriandre, lime et légumes, curry de bœuf, salade de fèves vertes aux arachides, salade de fèves germées et oignons, fruits frais, un vrai délice. La seule chose qui me trouble un peu est la coutume locale qui veut que l’hôte ne mange pas avec les invités et qu’en plus, toutes ses voisines et belles-sœurs sont venues nous regarder. Nous sommes assis par terre dans cette maison pratiquement vide de meuble à nous délecter pendant que toutes nous regardent manger en souriant à chacune de nos bouchées. Un petit « kondé! » suffit à les faire rire, et nous, on trouve ça bon.


Quelle belle image de la Birmanie. Dans nos dernières chroniques, nous vous avons dépeint un pays riche en sourires et joie de vivre, mais, il revêt aussi un côté sombre en raison de son gouvernement qui n’est pas négligeable.

Comment vous faire un portrait global?

Maintenu dans l’ignorance, ce peuple qui selon l’UNICEF seulement 28% des élèves du primaire finissent leur scolarité dans des écoles au contenu académique pauvre, est complètement dépourvu. Ceux ayant la chance d’avoir de l’instruction comme les moines et certains citoyens des grandes villes se font réprimer par la junte en place.

Dans les rues, c’est craintivement que l’on nous parle politique. Toujours à l’affût, nos interlocuteurs désireux de nous faire connaître la réalité dans laquelle ils vivent risquent gros et s’enfuient à la moindre vue d’un étranger ou policier.

C’est qu’ici, les prisonniers politiques sont enfermés en grand nombre dans des conditions déplorables sans aucun soutien médical.

Certes, une constitution à déjà été écrite mais, suspendue depuis vingt ans, elle est toujours en « réécriture » et loin d’être terminée.

Forcer les gens à travailler sans les payer est normal pour le gouvernement en place : par exemple, pour restaurer les ruines afin de les ouvrir aux touristes…
Fournir des armes aux différentes ethnies dans le pays dans le but de les pousser à se faire la guerre civile l’est aussi.

Heureusement qu’il y a aussi des gens braves qui supportent leur pays comme Aung San Suu Kyi, fille du père de l’indépendance assassiné en 1947. Assignée à sa résidence depuis la victoire à 80% de son parti « la Ligue Nationale pour la démocratie » en 1990, elle continue de se battre et d’espérer malgré sa situation captive qui dure depuis maintenant 14 ans en tout et pour tout.

Il est difficile, pour nous vivant dans un pays démocratique, de voir que des dictatures si dures oppriment des populations entières. De comprendre comment des gens peuvent être assoiffés de pouvoir – et d’argent – au point de laisser son peuple mourir devant leurs yeux. De découvrir que ce même gouvernement, monté au pouvoir par un coup d’état, refuse l’aide humanitaire en cas de sinistre comme lors du cyclone Nargis en 2008, en retardant l’émission de visas aux ONG. En 2009, un an après, les sinistrés ne s’en sont toujours pas remis, sans compter les 100 000 morts et les épidémies encourues.

Ces quelques faits sont bien peu d’information sur une situation bien souvent ignorée par les gens. Moi-même, avant d’y mettre les pieds, je n’y connaissais pas grand chose.
Coupés du monde par un Internet censuré et quasi non disponible, une télévision et des journaux gouvernementaux, c’est en partie à nous, voyageurs, d’aller vers eux et d’être attentifs à leur situation afin que la Birmanie demeure le pays des sourires.

Je ne m’imaginais pas en achetant mon billet d’avion Bangkok- Yangon qu’un peuple me toucherait autant. Ils ont su par leur curiosité, ouverture et grande générosité me rejoindre et me donner envie d’en savoir plus. Ce peuple constamment, dans son histoire, envahi et contrôlé, demeure fier et la tête haute. Brisant la barrière touristes versus habitants, ils m’ont ouvert à une autre dimension du voyage. Je les en remercie.

- Nad plus sensibilisée.

dimanche 6 septembre 2009

Une balade à la campagne.


De Kalau au Lac Inle (trek), Myanmar.


Pour aller de la ville de Kalau jusqu'au lac Inle, il faut compter environ trois heures en bus. Nous, après avoir fait les plus horribles dix heures de transport dans un bus de ville recyclé en bus voyageur, pendant lesquelles tu te sens comme dans une machine à la quincaillerie qui brasse la peinture, décidons de le faire à pied.

Why not?!

Trois heures assise contre trois jours de marche, je ne sais pas si c'est logique mais bon, ce sera la première fois que je me rends d'une ville à l'autre à pied et ça rend les choses excitantes!

Notre guide vient nous rejoindre à notre hôtel. Tout de suite elle nous sourit. Quelques courses au marché et c'est parti pour cinquante-deux kilomètres. Notre compagne Parisienne est aussi de la partie ainsi qu'un helper pas trop aidant et plutôt fainéant. Nous réaliserons plus tard que sa tâche est plus de guider notre guide qui ne connaît pas très bien la route!

Droite gauche, droite gauche, tout va bien. Nous progressons dans la forêt sans trop de difficulté traversant les villages d'agriculteurs. L'air est frais, la végétation est d'un vert éclatant et les montées sont modérées. Le bonheur!

La culture du thé y est abondante et rentable, mais pas autant que la maraîchère. Comme il faut compter un an pour cultiver, récolter sécher puis vendre ces feuilles aromatiques, les fruits et les légumes sont plus lucratifs.

Culture du thé

Les cultures sont faites à flanc de montagne et oubliez les tracteurs et les moissonneuses-batteuses, ils appartiennent encore à un monde futuriste à des années lumières d'ici. Notre ami le gros buffle est encore à l'emploi et n'est pas près d'être remisé et mis au chômage.


Dans les villages, de jeunes enfants se regroupent pour regarder la télé chez LA personne qui a premièrement l'électricité et deuxièmement une télé. Ils ne manquent pas de sortir nous saluer au passage d'un large sourire.

Ding ,ding, ding. Tassez-vous, traverse de buffles. De jeunes garçons chargés de ramener le troupeau au bercail ricanent en me voyant faire mon imitation du mastodonte cornu.


À la gare de train, c'est le branle-bas de combat. Tous, y compris nous, veulent faire des emplettes au passage. Quelques aubergines, haricots, arachides, tomates et autres légumes sont achetés par Sue qui nous accompagne. Un vrai festin végétarien nous attend chez nos hôtes dans le village voisin.


À la lueur d'une chandelle, nous dégustons notre repas en écoutant parler notre amie de son pays et de sa vie qui n'a pas toujours été facile.

Elle parle avec plaisir de ses amies qui ont réussi à quitter la patrie non sans difficulté, mais qui aujourd'hui vivent bien. De sa sœur qui rêve d'être serveuse à Singapour. Du plaisir qu'elle a de rencontrer des étrangers qui lui parlent de leurs pays.

Pour elle, il est important que les touristes se sentent bien au Myanmar pour qu'en retour, nous parlions positivement de sa population afin d'y revenir et d'en entraîner d'autres avec nous. Les étrangers leur offrent aussi une ouverture sur le monde qui leur est primordiale.

À 21 heures, tout le monde baille car ici, on vit avec le soleil. Une petite chandelle allumée pour Buddha et c'est le dodo dans la maison longue.

Au réveil, nous réalisons qu'il a plu toute la nuit. Malédiction, car, la vingtaine de kilomètres à faire aujourd'hui est dans la boue et la terre glaise.

Au travers des rizières, nous patinons et nous enfonçons sans arrêt. Les fermiers pieds nus qui font la même route que nous tous les jours se marrent en nous voyant enlisés avec nos espadrilles.

Dois-je aussi vous rappeler que nous sommes partis avec notre cousine Française maladroite et peu habile vu son flagrant manque d'équilibre. Sur ce terrain glissant, ce ne fut pas gagné d’avance. Mélodie, je te lève mon chapeau!

La dernière nuit se fait au monastère, endroit paisible pour refaire nos forces et rencontrer les autres groupes de marcheurs. Tous nous sommes couverts de boue rouge et exténués. Par chance, tout le monde se relaie pour pomper l'eau de la douche glacée!

Cinq heures du matin, heure de prière pour les jeunes moines novices. Nous débutons la journée au son de leurs saintes paroles.

Quelques heures nous séparent encore de notre objectif, bientôt j'aurai accompli pour la première fois la liaison entre deux villes à pied. Je rechausse mes espadrilles détrempées et c'est parti.

Beurk, elles sont dégueulasses!

- Nad, les orteils ratatinés.

vendredi 4 septembre 2009

Pagoverdose.


Bagan, Birmanie (Myanmar)

Quelque part dans le top d'une montagne chinoise, une goutte d'eau pure et naïve ne se doute certainement pas qu'elle parcourra le Myanmar dans toute sa longueur jusqu'au golfe de Bengale. Un parcours de plus de 2000 kilomètres à travers les régions les plus authentiques du pays, que nous partagerons sur quelques centaines seulement, de Mandalay à Bagan.

Le bateau avance à peine plus vite que le courant. On se sent un peu comme sur un radeau à la dérive, le bruit d'un moteur en plus. Les 12 heures de trajet - qui remplace agréablement la dizaine d'heures par la route cahoteuse - nous permettent d'observer la vie le long du principal cours d'eau du pays.

À chaque arrêt, car oui, le bateau accoste la berge boueuse maintes fois, on entrevoit les villages et leurs habitants entre le débarquement de kilos de riz ou d’ananas et l'embarquement de régimes de bananes. Du haut du deuxième pont, la scène est un réel voyage dans le temps, à l'image du périple jusqu'à maintenant.


Le Myanmar est seul dans son fuseau horaire, en retard d'une demi-heure sur son voisin la Thaïlande. Trente minutes qui représentent des années, voire 50 ans par endroit. La Birmanie, comme elle sera toujours nommée dans mon cœur, surprend et choque à chaque coin de rue.

Dans les grandes villes comme dans le milieu de nulle part, les gens sont authentiques, inaméricanisés. C'est si magnifique et triste à la fois compte tenu des circonstances qui les maintiennent dans le passé. Quand ce n'est pas les diligences qui assurent le transport public dans la ville, ce sont les buffles qui tirent les charrettes chargées ou même parfois, en toute modernité, tirent la machine à asphalte.


Sur les rives que nous longeons depuis des heures, les enfants se baignent dans l'eau brune qui sert au lavage des vêtements. Le village entier s'approche au son de la corne de brume et tente de vendre les récoltes et plats préparés aux occupants du ferry.


En mangeant notre petit plat de riz, concombre et menés piquants, servis dans un sac de plastique sans ustensile, le paysage plat et monotone continu à défiler jusqu'à ce que la rive devienne falaise et que quelques temples apparaissent par-ci par-là.


Notre croisière sur l'Ayeyarwady, qui restera toujours dans mon cœur l'Irrawaddy, est terminée. Nous sommes rendus à ce qui aurait pu être un patrimoine de l'humanité (si ce n'était pas des gros caves au pouvoir), Bagan, l'icône touristique de la nation.

Deux mille quelques pagodes sur 42 kilomètres carrés, de quoi faire une sacrée pagoverdose. J'ai, malgré tout, survécu à cette expérience full culturelle. Le tour en calèche des principaux temples est assez intéressant. Sauf qu'au bout d'un moment, une pagode c'est une pagode, même si le bouddha à l'intérieur sourit ou bouddhe, ou même, comble d'originalité, est assis à côté d'un autre bouddha (l'apogée de la journée).

À moins d'avoir une trempe exceptionnelle, oubliez la visite de vingt temples en une journée, ou vous finirez avec un sacré mal de tempes. Quitte à être trempé, vaut mieux selon moi visiter à vélo avec modestie, le matin et en fin d'après-midi, et buvez beaucoup d'eau sous votre chapeau pour éviter que le soleil vous file une de ces trempes.

La visite de ce site majestueux est tout de même un incontournable asiatique et prend tout son sens au crépuscule au sommet de l'un des bâtiments encore ouverts à l'ascension. De là-haut, les temples parsemés dans la plaine offrent un panorama magique. Cet immense « bad trip » de rois prend alors un peu de sens. Il suffit d'attendre que le soleil se place à l'horizon contrastant les centaines de stupas qui pointent vers le ciel orangé. À ce moment, je dis à ma bien-aimée : « stupa merveilleux, Nad? » et elle me répond tendrement que je suis l'homme le plus drôle sur cette Terre (mes souvenirs sont flous, mais je pense que c'est ce qu'elle insinuait).


Deux jours nous ont suffi à explorer le coin. On a même eu le temps d’aller se faire attaquer par des singes au Mont Popa. Ce matin, 4h00, nos hôtes se sont levés pour nous préparer un déjeuner à emporter dans notre bus. C'est la première fois que l'on voit ça dans tous les pays traversés jusqu’à aujourd’hui.

Birmans, bravo. Vous êtes géniaux.

- Will.