Nad et Will vous décrivent le monde tel qu’ils le perçoivent depuis leur départ du Québec en septembre 2008. Suivez leur plume virevolter la planète de l’Himalaya aux fonds marins de Bornéo, de l'Inde incroyable à leur Colombie bien-aimée. Une épopée prenante et surprenante dans déjà plus de 25 28 pays et la folie continue est terminée !

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jeudi 30 avril 2009

Détour sans détour.

Pétroglyphes

Hanga Roa, Chili.

À 4000 kilomètres des côtes chiliennes, on ne se sent plus du tout en Amérique latine. L'attitude relaxe et l'apparence physique des insulaires nous fait croire à ce qu'on imagine des îles du Pacifique. N'oublions pas que nous sommes atterri sur l'île la plus à l'Est de l'Océanie, un des endroits les plus isolés du Monde, où la ville la plus proche a un nom à coucher dehors et est à 2000 kilomètres au couchant.

Ici, à l'Île de Pâques, c'est à la fois le milieu de nulle part et le nombril de la Terre. Ou le milieu de la Terre ? Dans le cratère du volcan Rano Kau se trouve une marre de chocolat fondant. Les lapins s'y baignent avant de courir dans les prairies de paille jaune, là où se cachent les poussins aux grands yeux naïfs. Tous les jours dans le village, il fait brunch…

Me croyez-vous ? Vous aimeriez peut-être davantage une explication du genre : c'est à cause d'un certain Jakob Roggeveen, le Hollandais qui découvrit l'île le dimanche de Pâques 1722 ?

À vous de choisir.

Icite, l'attrait principal n'est pas Jésus qui ressuscite. En fait, l'île est reconnue mondialement pour sa richesse archéologique, ou plus précisément, pour ses fameux moaïs.

Imaginez être sur une île si éloignée, il y a plus de mille ans, pas d'Internet, pas de télévision, une question cruciale se pose. Comment faisaient-t-ils pour perdre leur temps libre? Bien, au lieu de faire une guerre de zombies sur Facebook, les Pascuans sculptaient des faces, d'immenses faces, sur des corps extraits des flancs d'un volcan. On peut retrouver environ 600 de ces moaïs partout sur l'île, mais seul un petit nombre ont été relevés depuis un tsunami en 1960 et la colère des disciples de l'homme oiseau.

Nous sommes venus ici sur un coup de tête, un coûteux détour de 8000 kilomètres, dans le seul but de dire « iorana les gros tas ! » à ces mystérieux géants de basalte.


Alors, c'est parti ; île de Pâques épisode 1.

Le tour de l'île ne faisant pas plus de 60 kilomètres, nous nous imaginions bien la marcher en quelques jours campant un peu partout. Notre rêve est rapidement tombé à l'eau lorsqu'une grognasse propriétaire d'un hôtel-camping nous apprend bêtement qu'il est interdit de camper ailleurs que dans un site officiel dans le seul village. Un tel acte est maintenant puni par la loi. Une fois de plus, on se fait rappeler que nous ne sommes plus en 1980 à l'époque où les routards étaient vraiment libres.

La chose dite, nous nous installons dans le plus beau camping de la ville pour les premières nuits histoire de tâter le terrain et de visiter les alentours.

Nous nous endormons sous le ciel étoilé, bercés par le bruit des vagues, dans notre pas-de sleeping, le sourire aux lèvres juste à se dire que nous avons la chance d'être dans un des endroits les plus spéciaux du Monde…


Près du camping se trouve un ahu assez imposant qui profite tous les soirs d'un coucher de soleil complètement fou. Le regard des moaïs est, contrairement à ce que l'on peut penser, dirigé vers l'intérieur de l'île plutôt que vers la mer.


À quelques chaudes heures de marche du village, ou 15 minutes en voiture, il est possible d'atteindre le sommet du volcan Rano Kau et d'admirer son cratère réserve d'eau douce et milieu riche en plantes de toutes sortes.


C'est ici d'ailleurs qu'il faut payer son entrée au parc National Rapa Nui. Nous en profitons pour poser des questions stratégiques au garde de parc à propos d'un ancien camping aménagé de l'autre côté de l'île. Il nous répond qu'ils ont fermé le camping pour la sécurité des touristes, mais je crois personnellement que c'est parce que les gens altéraient le site et les moaïs. On lui manifeste notre intérêt d'y coucher n'ayant rien à perdre, et spontanément, il nous dit que cela pourrait être possible. Il nous écrit un message sur un bout de papier demandant à ses collègues gardes de parc de nous aider dans notre plan !

On est content comme de vrais petits pétroglyphes!

Direction centre-ville pour y acheter de la bouffe pour trois jours. Demain, on traverse l'île à pied vers la côte nord dans l'espoir que l'on puisse y dormir.

À suivre.

-Will.

lundi 27 avril 2009

En toute intimité.


Santiago de Chile, Chili.

Honnêtement, je ne savais pas trop à quoi m'attendre du Chili. Je ne m'étais jamais vraiment intéressé à ce long pays qui a la réputation d'être cher. Je me rends compte aujourd'hui que le Chili n'est pas le type de pays où l'on peut vivre à fond l'expérience du voyage que je recherche.

Bien que les paysages soient magnifiques, vagabonder au Chili n'offre guère de défi et de dépaysement. Les villes sont tranquilles et de style européen, les bus interurbains sont de qualité et on même parfois le Wi-Fi, il y a des supermarchés, des noms de rue, des feux de circulation, les gens sont vêtus à la mode, bref, c'est plate.

Ne vous demandez pas pourquoi la fréquence des chroniques a diminuée. C'est qu'on n’a rien à raconter d'excitant ou d'extravagant.

À moins que vous vouliez connaître tous les détails de notre vie quotidienne ?

Essayons, juste pour voir.

Aujourd'hui, on a pris un bus de Valparaiso à Santiago, 2 heures de route, Nad à bavée et moi j'ai écouté un film.

On s'est pointé dans la ville sans savoir où dormir et on s'est ramassé à suivre un idiot qui sentait l'alcool jusqu'à son « hôtel ». On a dormi dans une chambre à un lit, salle de bain partagée sans porte et pas d'ampoule pour voir où tu pisses. La chambre est dotée d'une télévision, sauf que si tu la branches, tu ne peux plus sortir. La cuisine est un tremblement de Terre.

Le lendemain, on a changé d'hôtel. La nouvelle hôte est une vieille folle qui se retrousse le toupet avec un énorme bigoudi. On a aussi mangé un hot-dog fourré au guacamole et j'ai - encore - marché sur une crotte de chien.

Le soir, on a rejoint Mélanie et Rémi, nos copains de la France avec qui on a grimpé au Machu Picchu. On a donc décidé d'en profiter pour grimper une autre montagne avec eux le lendemain, jusqu'à la statue de la vierge, juste après les combats de yeux avec la tarentule. Nos amis ont appris l'expression québécoise : « dévierger ». Grosse journée.


Après, on s'est fait fourré en commandant une grosse bière sur une terrasse de la Plaza de Armas, là où les grosses bières contiennent 500 millilitres et coûtent la peau des fesses. Merci à Rémi et Mélanie, c'était leur tournée.

En fin d'après-midi, Nad a lu le journal assise sur un banc du parc, un pigeon lui a déféqué sur la cuisse gauche. Section météo, il pleut toujours Patagonie. Un mot croisé en espagnol, c'est plus difficile qu'on le pense. Le Sudoku, par contre, ça va. Il y a eu grève générale à Santiago. On n’a rien vu aller.

Le panorama de la ville au sommet du Cerro San Cristobal pourrait être joli, si ce n'était du smog intense. Le phénomène d'inversion thermique c'est mal. Nous avons assistés à une excitante partie de dames de rue.


Ce matin, Nad a lavé mon linge. Je trouve qu'elle exagère, cela faisait seulement cinq jours que je portais le même T-shirt. Puis, elle recoud son unique brassière tandis que moi je perce un nouveau trou à ma ceinture.

Plus tard, on a entendu le coup de canon quotidien qui indique midi depuis 200 ans. Drôle de tradition. Alors, nous sommes allés dîner avec Rémi et Mélanie. Poulet rôti.

En revenant vers la place centrale de cette ville de 5 millions d'habitants, on a rencontré, par hasard, Jane et Jean, d'autres copains français avec qui on a marché en Terre de Feu. On a bu une bière ensemble dans le quartier des étudiants, là où la grosse bière est digne de ce nom. Pause pipi au Mc Donald.


Le reste du temps, on a marché les rues piétonnières et commerçantes. Santiago est tranquille, les quelques édifices modernes contrastent bien avec les bâtiments coloniaux, les vendeurs ne sont pas achalants, les voitures ne klaxonnent pas beaucoup. Il y a un métro, des taxis officiels, des supermarchés, des gens vêtus à la mode. C'est la routine.

Cela nous laisse donc du temps pour planifier les prochaines étapes du périple, trouver le meilleur moyen de se rendre à l'aéroport et confirmer notre vol pour notre prochaine destination.

Je pense qu'on va faire des jaloux. Des idées ?

-Will

jeudi 16 avril 2009

De l'acné dans mon assiette.


Valparaiso, Chili

Dictateur militaire connu et pirates anglais, nous nous disions qu'à Valparaiso, il y aurait de l'action. Effectivement, cette ville vit naître le très connu Augusto Pinochet, ancien dictateur chilien, et fut par le passé, attaquée à maintes reprises par ces cambrioleurs des mers en quête d'or entreposé dans le port.

Wow, ça va être fou ici! De plus, nous venons tout juste de voir le film « Pirates des Caraïbes » dans le bus, nous sommes prêts pour des batailles au sabre et des navires au pavillon noir.

C'est dans ce bel état d'esprit que nous débarquons dans une petite ville tout ce qu'il y a de plus tranquille.

On sonne à la porte du chat rose pour recevoir l'hospitalité. C'est une Patty, toute enflammée, qui nous accueille en nous appelant ses enfants et en nous embrassant. Nous sommes loin des méchants flibustiers auxquels nous nous attendions!

On s'installe confortablement chez notre nouvelle maman, histoire de se reposer de notre Patagonie. Ici, nous retrouvons la chaleur et le soleil que nous n'avons pas vu depuis quelque temps maintenant.

Trois jours passent sans que nous ne sortions beaucoup, recevant même le petit-déjeuner au lit tous les jours. Will n'en finit plus de se lever le matin tant il est bien.

Nous voyant flâner ainsi, notre hôte s'inquiète de nous et cherche à nous trouver des occupations. C'est de cette façon que nous nous retrouvons un soir assis dans la grande église de Vina del Mar, la ville voisine, à écouter un chœur réciter le Requiem de Mozart. C'est superbe, mais je crois que Will n'avait pas tout à fait complété ses heures de sommeil ce jour-là car, il s'est assoupi la moitié du concert, comme la plupart des hommes présents.

Un bon matin, nous en avions toute fois marre de toute cette quiétude, nous décidons de risquer le tout pour le tout au péril de notre vie. Nous empruntons l'un des ascenseurs de la ville. Pour moins d'un dollar, nous vivons des sensations extrêmes à bord de ce funiculaire en bois qui te rappelle soudainement ce qui est arrivé le 12 octobre 1996 au nôtre à Québec. Faisant de drôles de bruits, il n'a rien de rassurant. Heureusement, nous atteignons le sommet de la ville sans problème.

De là-haut, la vue est magnifique sur le port et les bâtiments. Nous visitons aussi le quartier Conception avec ses maisons peintes de toutes les couleurs, ses murales, ses poteaux de lumières recouverts de pierres collées sans oublier les centaines de graffitis et les joueurs de guitare dans les escaliers. L'ambiance est relaxe et bohémienne.


On nous avait aussi parlé de la gastronomie chilienne. Le soir venu, nous tentons la spécialité locale : une Churillana. Ce plat constitué d'une montagne de frites, de fromage, d'œufs, de steak, de saucisses et d'oignons rissolés est décidément la chose la plus grasse que j'ai mangée dans ma vie. Vous savez ce qu'on dit : cinq minutes dans la bouche, 50 ans dans les fesses! Une fois dans sa vie, ça suffit. Ça me prendra bien deux jours à le digérer.

On nous avait aussi dit que Valparaiso était reconnue pour la paella. Je m'attendais à du riz avec des fruits de mer approuvés comme les moules, les pétoncles ou les crevettes.

Tranquille, bref.


On nous sert plutôt un grand bol avec un bouillon rempli de mollusques inconnus à l'allure suspecte pour quelqu'un comme moi qui n'a pas souvent mangé les produits de la mer. Il y en a de toutes les couleurs. C'est quoi le vert dans celui-là et la gélatine noire dans l'autre? Le beige par là a des tentacules et l'autre suinte de la glue. Il y en a même un qui semble avoir de l'acné. Est-ce normal ?


Will, déjà la bouche pleine et une crevette dans le nez, ne peut me répondre, donc j'asperge le tout de jus de citron et je me lance sans trop regarder. Je pense que c'est ce qu'il faut faire dans ce temps-là. Comme de fait, le goût n'est effectivement pas mauvais, il ne me reste qu'à m'habituer à la texture tantôt caoutchouteuse, tantôt visqueuse !

Sept jours ont donc passé avant nous nous décidions à partir sans avoir vu de pirates. Il était temps cependant, nous avons des rendez-vous à Santiago et Patty commence à dire à tout le monde que nous habitons définitivement chez elle.

- Nad en relais gastronomique.

mardi 14 avril 2009

La Patatagounie

Je vous ai dit que Nad sait piloter ?

El Calafate, Argentine.

N’étant toujours pas décidé sur ce que l’on veut vraiment faire, nous dressons notre pouce à la sortie d’El Calafate, affichant une pancarte « norte » et laissant notre destin entre les mains du hasard.

L’attente est aussi longue que le trafic est clairsemé. Nad en profite même pour faire sécher son linge. Le hasard n’est finalement pas très bon ce matin et notre patience, elle, non plus. On retourne en ville quelques heures plus tard au terminal de transport et l’on évalue les possibilités.

Jonglant avec les options qui s’offrent à nous, un peu découragé par les prix exorbitants des transports argentins, on décide finalement que tant qu’à payer pour être transportés, nous en profiterons pour parcourir une grande distance.

Adieu Patagonie, j’ai apprécié te découvrir malgré ton tempérament incertain. Je t’ai aimé même si tu ne faisais que pleurer. Patagonie, si mystérieuse. Je pensais à toi déjà étant petit. Je t’appelais la Patatagounie. Je t’imaginais peuplée de patates avec des yeux et des jambes dans une jungle chaude et verdoyante. Je me trompais. Il fait froid, le soleil est discret et des patates avec des jambes, ça n’existe pas.

Désormais, je te connais un peu mieux. Je ne regrette pas d’avoir alourdi mon sac pour toi. Je reviendrai te voir, tu sais, mais durant l’été et avec de l’argent.

Le départ étant annoncé pour demain matin à l’aube, nous n’avons pas envie de payer une nuit supplémentaire au camping municipal pour se lever à 3h00 du matin… C’est donc après avoir squatté une station-service un peu trop longtemps, que tard dans la soirée, nous explorons les recoins du quartier afin de trouver un endroit subtile où dormir. Nous dressons notre tente dans les buissons derrière l’Office du Tourisme, dans la pente qui mène à la rive de la rivière. Surveillé par le gang de chiens errants de la rive sud, on fait ce que l’on peut pour enlever les roches et les branches afin de rendre le sol un peu confortable. Le problème, c’est que les branches sont des racines, et les pierres, des icebergs.

Un tronc dans le dos, une roche dans la hanche, Nad qui roule sur moi à cause de l’inclinaison, un spaghetti froid de la veille et nos sleepings humides qui sentent la charogne, la soirée est parfaite. Sans oublier de se garder quelques pierres à porter de la main à titre d’arme anti-chiens enragés, nous nous endormons rapidement sachant que nous nous levons, tantôt.

Une trentaine d’heures de transport nous séparent de notre prochain stop. Heureusement, les bus sont confortables et il y a même de la nourriture servie à bord. Sous une thématique « dulce de leche », on parcourt la moitié de l’Argentine en un trait afin de se rendre un peu plus près de la chaleur. Bariloche, ville sans intérêt, à moins de vouloir randonner sous la pluie et dépenser tout son fric en chocolat, nous accueille pour deux petites journées le temps de se reposer un peu.
La seule photo que nous avons prise de Bariloche, juste pour vous.

Vous savez, hier fut la 15e nuit d’affilée que nous ne dormons pas dans un lit. Alors, on décide de s’en payer un bon, au chaud, dans une bonne auberge. Le lit est moelleux, muni d’un oreiller et il fait chaud. C’est drastique.

C’est tout ce que ça prenait pour que je passe une mauvaise nuit et que je me réveille avec un mal de dos.

Au déjeuner, on apprend à mieux connaître nos voisins de lits qui dorment en combines. Vieux voyageurs allemands avides de donner des conseils, ils nous racontent qu’à notre âge, ils ont dit à leurs parents qu’ils partaient en Turquie pour quelques semaines et ils sont revenus 4 ans plus tard, un tour du Monde dans la poche.

Ils nous demandent à leur tour quels sont nos plans. On leur répond que nous, nous avons dit à nos parents que nous partions deux ans, mais qu’en fait, c’est cinq.

Ne capote pas Mom, c’est des blagues !

En fait, on leur répond qu’à court terme, nous allons à Chiloé, une île chilienne qui semble très intéressante.

Sauf qu’en apprenant que là-bas, environ 300 jours par années sont pluvieux, on a rapidement changé de plan.

On met nos casques d’écoute hi-tech d’aviateur.

ROGER, on est prêt à écouter le film.

Direction Valparaiso et Santiago au Chili pour nos deux rendez-vous importants de voyageurs jet-sets.

On s’en reparle.

-Will

samedi 11 avril 2009

Série d'incertitudes

Bleu pur

El Calafate, Argentine.

C'est fou comme un enchaînement d'évènements peut changer les plans. Ça commence par où on va Will?, puis un homme qui nous prend en pouce et nous amène au mauvais endroit pour finalement, rencontrer six Français avec qui nous planifions une journée à regarder un glacier que nous ne voulions pas vraiment voir pour une question d'argent, mais qui finalement, en vaudra le coût !

Bienvenue à El Calafate, la seule ville de 8000 habitants qui se fait vivre par un tas de glace de 257 kilomètres carrés, le Perito Moreno de son petit nom, qu'il doit au grand explorateur de la Patagonie du même nom.

En fait, après Puerto Natales, nous ne savions pas vraiment où aller. D'un côté, nous voulions rester en Patagonie et faire encore quelques randonnées et d'un autre, le froid 24 heures sur 24 commençait à nous fatiguer et à avoir raison de nous.

Finalement, la chaleur attendra un peu encore.

Six heures du matin, six Parisiens et deux Québécois debout sur un camping prêt à aller voir le monstre gelé. Comme c'est tout ce qu'il y a à voir ici, l'entrée au site est démesurément chère. Heureusement, il y a des compagnies de location de voiture qui saisissent l'occasion de profiter eux aussi de l'attraction vedette. Pour moins de la moitié du prix normalement demandé si l'on prend le bus et que l'on paie l'entrée au Parc, nous nous rendons tranquillement avant l'ouverture du site et entrons sans payer. Cette combine est très populaire ici, nous devons être une dizaine de voitures louées à se rencontrer aux aurores devant le géant.


Dès l'arrivée, nous ne regrettons pas d'être venus. La vue est remarquable. De la passerelle, nous pouvons observer cette merveille de la nature d'un bleu pur. Malgré le froid matinal, nous restons à l'écouter craquer et à observer des immenses pans de mur tomber dans le lac créant d'énormes remous. Le tout encadré par des monts aux pics enneigés. On comprend un peu mieux pourquoi des gens font le voyage en avion que pour le voir.


En plus de sauver quelques pesos, la combine d'arriver en voiture très tôt est d'autant plus intéressante quand on voit arriver les touristes par dizaines en bus plus tard dans la journée. Le site se remplit rapidement lui enlevant beaucoup de charme. Des petites familles aux bus d'Asiatiques en passant par tous ceux qui entrent prendre un café à 5 dollars en arrivant avant même d'aller jeter un coup d'œil au glacier à quelques mètres. Nous avons même vu des gens avec des bâtons de marche quand tout le site est aménagé avec des passerelles et des escaliers.

Bref, l'ambiance était meilleure très tôt sans bruit et sans foule.

Après cette journée en plein air, le soir venu, nous nous rencontrons tous autour d'une bière au resto-bar du camping. La classe! Nous en apprenons plus sur nos nouveaux amis un peu spéciaux. Deux d'entre eux se sont payé une croisière en voilier au sud dans le coin du cap Horn. Le plus jeune, celui avec le pad blond, en a dormi la quasi-totalité. Nous qui aurions rêvé de faire une chose pareille, lui, dit qu'il n'y avait rien d'intéressant à voir. Un autre, celui qui en chemin ce matin a frappé un lièvre et fait un tête-à-queue sans glace, est un peu déconnecté de la réalité en ne suivant pas vraiment les conversations, les yeux hagards.

Ils en profitent tous également pour nous poser des questions existentielles sur le Québec comme; est-ce que c'est vrai que vous avec des démarreurs à distance pour chauffer les voitures et que vous avez des villes souterraines pour ne pas sortir l'hiver pour survivre au froid?

Nous leur répondons bien gentiment que non, car nos igloos sont bien isolés et que les motos-neige n'ont pas besoin d'être réchauffées!

Nous passons donc une belle soirée avec les cousins qui nous font sans cesse répéter, car ils ne comprennent pas ce que l'on dit. Ce sont tout de même des Parisiens, ne l'oublions pas!

Pour la suite du programme, c'est une surprise. Nous-mêmes, ne savons toujours pas où aller.

- Nad aussi indécise que Will.

mercredi 8 avril 2009

La quête II


Parque National Torres del Paine, Chili

Après s'être rendu au campement de peine et de misère, la pluie nous détrempant de bord en bord et marchant parfois dans un demi pied de boue. Après avoir mouillé nos matelas de sol avec de la soupe et avoir passé la nuit dans le froid et l'humidité la tête appuyée sur des rouleaux de papier de toilette me servant d'oreiller, on se lève ce matin, et il fait soleil. Il y a une certaine justice sur Terre!

Après la pluie, le beau temps? Oui, c'est confirmé pour le moment mais, rappelons-nous que nous sommes en Patagonie et que le beau temps ici n'est pas à prendre pour acquis.

Je décide de prendre une journée de congé afin de reposer mes genoux pour la suite. J'en profiterai aussi pour faire sécher la presque totalité de nos vêtements au bord de la rivière.


Will quant à lui décide de marcher la vallée des Français en solo. Il n'a le temps que d'apercevoir un peu le glacier et d'avaler ses pois chiches avant que la pluie reprenne de plus belle accompagnée de vents puissants.


Il arrive encore complètement détrempé et grelottant à la tente. Heureusement, en tant que bonne petite blonde, j'avais du linge sec pour lui! Il enfile alors ses magnifiques joggings trop courts à la taille trop grande et à l'entrejambe déchiré, son superbe coton ouaté mauve acheté dans une friperie bolivienne à la coupe de petit gros et, ses bas gris avec la ligne orange en haut qui dégagent de fortes odeurs. Il a la goutte au nez et ça fait trois semaines qu'il ne s'est pas rasé. Je l'aime mon sexy chum! Il a une belle personnalité!

Au fond, c'est ce qui compte même si nous faisons rire de nous dans les sentiers avec nos bottes de trek. Eh oui, nous marchons les 100 kilomètres du parc en bottes de pluie. Notre plan original était de s'acheter de bonnes bottes de randonnée à Buenos Aires avant notre départ en Patagonie mais, vu le vol, nous étions découragés à l'idée de dépenser plus. Comme solution, nous nous sommes dotés de deux belles paires de bottes jaune canari dignes de l'école primaire.

On s'est dit, pourquoi pas. En Amazonie, tous les locaux en portaient, tout comme les paysans au Pérou ou les montagnards en Bolivie. Si eux sont capables, nous aussi !

Euh, erreur. Ça doit prendre des années d'expérience pour être confortable là-dedans, car moi, après peu de temps, je collectionne déjà les ampoules et chaque roche me rentre dans les pieds. Disons que ça ajoute un peu de défi et que ce n'est que pour une semaine. De plus, ça nous rend originaux et ça fait jaser.

Ici, les sentiers sont le site de vraies parades de mode et les mannequins sont plus ou moins sympathiques. En marchant, tout le monde se salue, c'est une espèce de coutume chez les randonneurs. Par contre, le soir, quand il s'agit de se trouver un coin de table dans les refuges au chaud, personne ne se presse pour nous faire une place et se mettent tous à nous ignorer… Pas de problème, nous avons une belle tente pour nous accueillir!

On se prépare un bon souper romantique à la lueur de la chandelle dans la petite gamelle que j'avais lorsque j'étais scoute. On profite aussi d'une nuit sans nuage et sans vent pour admirer les étoiles, mais pas trop longtemps, car il fait très froid.

Le lendemain, on reprend la marche vers le prochain campement. On dépasse tous les autres qui doivent éviter les trous d'eau et les flaques de boues. On est invincible avec nos bottes de canard.

On dort au bord du Lac Pehoé, le plus turquoise que l'on a vu jusqu'à présent. La nature est vraiment intacte. Pour vous dire, on peut même boire l'eau sans filtre et sans pastille de chlore, et ce, dans n'importe quel ruisseau du parc. Une eau fraîche, limpide et sans goût qui descend directement des glaciers pour nous désaltérer, nous, les athlètes.
Ce matin, jour 6, nous entamons la marche vers le plus gros de ceux-ci : le glacier Grey. Le temps est gris et nous avons sept heures de marche à faire. Au bout d'une heure et demie, nous apercevons le lac Grey dans lequel flottent de magnifiques icebergs bleu ciel. D'énormes condors volent au même moment juste au-dessus de nos têtes.


C'est sous la pluie que nous complétons le parcours jusqu'au glacier. Arrivés au bout, malgré les averses qui empirent, on regarde le glacier qui plonge dans le lac. On prend tout de même le temps de manger nos sardines et d'écouter la glace craquer comme le tonnerre avant de retourner à la tente, trois heures de marche plus loin.

On termine le trek la septième journée en se levant avant le soleil pour réussir à prendre le bus à la sortie du parc, tout en évitant de prendre le coûteux bateau qui accélère la progression. On entreprend le dernier sentier dans le noir ou du moins, ce que le croyait être le sentier. Munis d'une petite lampe de poche rose et turquoise achetée au supermarché pour compléter le kit du parfait treker, on se trompe rapidement de chemin ne voyant quasiment rien. On se retrouve à monter trois fois la même montagne de buissons d'épines dans lesquels je me suis piqué les fesses en tombant. Tout ce qu'il y a de plus amusant à 6 heures du matin!

Nous finissons par trouver le bon chemin au lever du jour. Nous aurons encore appris quelque chose ce matin : partir à la noirceur ne fait pas gagner du temps, mais bien grafigner les jambes dans des buissons. Pertinent.

Plus que quatre heures de marche surveillée par les faucons et les aigles qui n'attendent qu'une faiblesse de ma part pour s'emparer de mon corps déjà faible. Sous peu, nous atteindrons le bus qui nous ramènera à Puerto Natales, là où nous mangerons les tacos qui ont occupé nos rêves tout le trek durant.

- Nad avec encore une nouvelle expérience dans le corps!

samedi 4 avril 2009

La quête

Préparation dudit gruau

Puerto Natales, Chili


Protèges mollets imperméables, bottes de randonnée dernier cri, bâtons de marche en carbone et kits de Gore-Tex assortis à l'être aimé, bienvenue à Puerto Natales, capitale du treker B.C.B.G. Réputée pour son parc national reconnu comme étant le plus beau d'Amérique du Sud, cette ville reçoit chaque année quelque 200 000 visiteurs de partout dans le Monde, dont nous.

Notre parcours sera le circuit « W » que nous adaptons en ajoutant au début et à la fin les sentiers menant aux entrées du site, évitant ainsi les coûteux transports attrapes touristes. Une centaine de kilomètres de nature répartis sur sept jours en toute autonomie.

Un vrai couple des bois.

Je suis enthousiaste à l'idée de me surpasser dans ce qui semble être pour moi un grand défi. Will, quant à lui, se réjouit à l'idée de vivre loin de la civilisation sans se laver et à creuser la terre de ses mains.

Première journée, après une généreuse portion de succulent gruau, on attaque les trois célèbres tours qui ont donné son nom au parc soit Torres del Paine. Elles portent définitivement bien leur nom vu la douleur ressentie dans mes cuisses pour les atteindre. Non, sans blague, ce nom signifie les tours bleu ciel en dialecte local et c'est très logique. Logées à environ 1250 mètres d'altitude, ces trois structures de granite aux sommets enneigés surplombent, telles des gardiennes, une lagune aux reflets turquoise. Avec les quelques flocons de neige virevoltants au-dessus de nos têtes, le coup d'œil est grandiose. Attention toute fois aux forts vents sur le bord des falaises, car à 80 km/h, on se sent plutôt instable.


De retour à la tente, épuisés mais, le sourire aux lèvres après avoir vu cette merveille de la nature, nous nous concoctons le repas des champions dans l'entrée des toilettes du refuge pour éviter le vent : macaroni au fromage et saucisses hot-dog. Rien de mieux avant de se glisser dans nos sacs de couchage en faisant de la fumée en respirant.

Jour deux, la journée s'annonce superbe. Beau soleil, presque pas de vent, la belle vie quoi. Nous entamons les 16.5 km qui nous séparent du prochain campement avec joie et allégresse. La vue sur le lac est superbe. Nous pique-niquons tranquillement aux abords d'une rivière cristalline en nous faisant chauffer au soleil. L'air est pur et frais, le bonheur total. On ne se doute pas encore de ce qui s'en vient car, la Patagonie possède un climat bien spécial. Le temps ici est comme une boîte à surprise et peut changer toutes les demi-heures.

Comme de fait, le ciel s'assombrit soudainement et le vent se lève. Une pluie diluvienne et glaciale se déverse alors sur nos têtes. Les sentiers deviennent vite des rivières de boue glissante et pour couronner le tout, je marche depuis quelques heures à une vitesse inférieure à celle d'une tortue tant j'ai mal aux genoux. C'est l'apocalypse!

La route semble interminable. Will qui en a marre de m'attendre prend mon sac en plus du sien. Comme un mulet, il doit maintenant être chargé d'environ 70 livres.

Il est fort mon chum!

Je marche devant en éclaireur. Mon sourire a soudainement ramolli pour faire place à ma face de découragement. À chacun de mes pas, le chemin s'allonge et s'enfonce nous éloignant de notre destination. Will de son côté semble en exercice militaire détrempé et portant tous nos avoirs sur son dos.

Puis soudainement, j'aperçois quelques boules de couleur dans la forêt et une cabane de bois faisant office de toilette. Enfin la maison, si on peut appeler ça ainsi. Will aura donc porté mon sac deux heures de temps dans la montagne abrupte, mon héros!

L'épopée pluie n'est toutefois pas terminée. Il nous faut maintenant installer la tente et un abri de fortune pour cuisiner. Au pied du Glacier del Francés, la nuit s'annonce froide et humide. On se cuisine de bonnes soupes en sachet histoire de se réchauffer mais, la condensation qu'elles produisent fait dégoûter le plafond de la tente. À chacune des bouchées, en se penchant vers notre bol, notre nez laisse échapper une petite goutte rendant le repas un peu plus salé. Nous partageons romantiquement qu'une seule cuillère ayant perdue l'autre. On réussit même l'exploit de renverser deux fois le même bol sur nos matelas de sol et je fais brûler une petite partie de mon sleeping mouillé en tentant de le sécher au-dessus d'une chandelle. Chaque geste devient une aventure en soit dans notre maison de toile de la grandeur d'une personne dans laquelle nous sommes deux plus nos sacs!

Comme mon père dirait; « faut-tu aimer ça se mettre dans le trouble », mais que voulez-vous, la quête du bonheur éternel est pleine d'embûches.

Sur ce, je me dis que demain est un autre jour et qu'après la pluie, vient le beau temps ?

- Freezy Nad