Nad et Will vous décrivent le monde tel qu’ils le perçoivent depuis leur départ du Québec en septembre 2008. Suivez leur plume virevolter la planète de l’Himalaya aux fonds marins de Bornéo, de l'Inde incroyable à leur Colombie bien-aimée. Une épopée prenante et surprenante dans déjà plus de 25 28 pays et la folie continue est terminée !

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lundi 30 mars 2009

Comme à Loft Story.

La Patagonie, le « pays » des arcs-en-ciel.

Puntas Arenas, Chili


Mon premier est un conifère.

Mon deuxième est une lesbienne.

Mon troisième est les restes d'un être vivant après sa mort


Amies lesbiennes, ne le prenez pas mal, c'est pour une bonne cause, car aujourd'hui, on parle de pingouinos ! C'est tellement cute !

Mais avant, revenons un peu en arrière, à notre arrivée à Punta Arenas. Après l'autostop, nous avions envie de plonger un peu plus dans la vie des patagoniens. Alors, quoi de mieux qu'un petit couchsurfing ?

Couchsurfing.org est probablement la meilleure invention depuis le bracelet-règle fluo.

Un réseau de voyageurs partout à travers le monde qui partage la passion du partage. À la maison, vous offrez l'hospitalité et l'expérience locale. À l'étranger, vous profitez d'un gîte en échange de bonne humeur et d'histoires à raconter.

Cecilia nous accueille à bras ouverts. La sympathique dame nous fait sentir comme lorsqu'on retourne chez notre mère, sauf qu'on n'est pas obligé de faire notre lit et elle ne nous appelle pas « mon pite ».

Nous offrir un endroit douillet et confortable où passer la nuit, après notre camping un peu galère en Terre de Feu, nous fait le plus grand bien. On a même une cuisine propre et fonctionnelle, de l'huile d'olive et des épices !

C'est fou ce qu'un peu de poivre ça peut rendre heureux.

Est-ce que les plaisirs se relativisent en voyage ? Je pense que oui !, et c'est merveilleux.

Avez-vous lu la chronique sur cyberpresse.ca de Bruno Blanchet sur le pâté chinois en Afrique ?

Cependant, certains désavantages existent lorsqu'on surfe le divan d'autrui. Les chats, par exemple, en sont un. Pour un allergique comme moi, rien de mieux que deux gâteaux à poils longs pour me donner envie d'aller observer des pingouins au grand air.

Allons-y.

L'île Magdalena en plein milieu du venteux détroit de Magellan fait office de colonie pour une espèce de pingouins plutôt sympathiques. Nad et moi étions vraiment emballés à l'idée de voir, enfin, ces oiseaux de près et non pas sur l'emballage d'un vin australien.

Peuplant la partie australe de l'Amérique, du cap Horn jusqu'au Brésil, les côtes pacifiques et atlantiques, ce pingouin dit de Magellan fut autrefois la proie des chasseurs européens lors de l'expansion au nouveau Monde, qui sont venus en abuser, tout comme le reste. Rien de mieux qu'un petit pingouin sans défense pour nourrir les marins et commercialiser la peau et les œufs.

La chasse devait vraiment être facile. Ces petites bêtes sont super curieuses et c'est un jeu d'enfant de les approcher. Je les vise de mon objectif et ils s'avancent pour regarder, comme s'il voulait voir quelle marque de caméra j'utilise. Je vous dis, ils sont tellement proches que j'aurais dû apporter une lentille macro.


Les quelque 150 000 oiseaux qui vivent sur l'île le temps de faire des petits sont le repas parfait pour les habitants de l'île voisine, les lions de mer.

Ils mènent vraiment une vie pénarde, ceux-là. Lorsqu'ils ont faim, ils traversent sur Magdalena, tuent quelques pingouins et retournent à la colonie, vite fait bien fait.

Imaginez être un pingouin au moment de l'attaque des lions. Terrible. Tout le monde doit crier en langage palmipèdien;

- Courrez, sauvez-vous !
- Allez les amis, go-élancez-vous à l'eau !


La colonie de lions rassasiés passe le reste de son temps au pied de la falaise, sur le sable froid, le vent dans les moustaches.


Léon, le plus graisseux de la gang, est le mâle dominant. À lui seul, malgré son double menton, il a sept femmes et vit au centre du groupe.

À côté, Jean-Luc le déchu n'est pas très viril. Il n'a qu'une seule femme à la face d'éléphant de mer. Le pauvre.

Quoi que, c'est relatif.

C'est beaucoup plus dangereux pour Léon d'arriver en retard pour souper, et sept fois il se fera rappeler de se laver les nageoires avant de manger son pingouin.

Et sept femmes ensemble autour d'un beau mâle, ça cherchent le phoque. Je n'aimerais pas être dans sa crinière.

Avoir un si grand hareng, ce ne doit pas être évident.

Et les enfants dans tout ça, sept fois plus nombreux j'imagine ? Ça fait beaucoup de pingouins à mettre sur la pierre. Finis les temps libres à se faire griller la sardine sur la plage.

Et la discipline… si les gamins ne finissent pas leurs pingouins, ils n'auront pas de cormoran. Il faut mettre les choses au clair, car les petits lions de mer à l'adolescence ont un caractère de bœuf. Les ados-fins, c’est rare ici, surtout lorsqu’ils commencent à êtres attirés par le sexe opposé.

Et vous savez, trop de fornication, ça complique la vie en colonie. Comme à Loft Story, en moins fashion.

Jean-Luc, lui, n'a pas ce problème, il n'est plus très porté sur la chose. Il se promène tranquille en périphérie de la colonie avec ses amis qui n'aiment pas la violence. Pas question de se battre pour d'autres femmes, se disent-t-ils en riant autour de leur tisalgue bien chaude.

De toute façon, ça fait dix ans qu'il n'a pas baisé. Longtemps depuis, sa femme ne veut plus toucher à sa mouette qui sent trop le guano.

Ouf.

Reprenez votre souffle, vous en aurez besoin pour la prochaine chronique.

-Will

mercredi 25 mars 2009

Un petit coup de pouce !

Nad la chauffarde


En route de Ushuaia à Punta Arenas


Ce matin, nous nous levons avec un dilemme. 700 kilomètres nous séparent de Punta Arenas. Il faut traverser toute la Terre de Feu. En bus, cela nous coûtera 140 dollars sinon, il y a toujours l'option pouce qui s'offre à nous. Nous regardons dehors. Il pleut et il fait froid. La réflexion est courte, nous partirons en stop. Pas que j'en ai tellement envie, mais bon, il n'y a pas de petite économie ici!


Un taxi nous dépose à la sortie de la ville près du poste de police. Je ne me sens pas très à l'aise de faire du stop près d'eux mais, mon sentiment change aussitôt quand ils nous indiquent spontanément où nous devons nous installer pour nous faire embarquer!


On s'installe, prêt à attendre patiemment notre bon samaritain. Je sors mon sandwich histoire de prendre des forces. Je me dis que la journée sera longue sur le bord de la route. J'ai tout juste le temps de prendre une bouchée qu'un énorme camion s'arrête et nous siffle pour nous signifier de monter. Wow, ça c'est du rapide.


- Où allez-vous?

- Punta Arenas

- Je ne peux vous emmener qu'à Rio Grande à 230 kilomètres plus loin.


Très bien, nous ne serons pas capricieux et de plus, ce sera toujours bien cela de fait.


Je prends place au centre sur ce qui se trouve à être un lit tandis que Will, s'assoit à l'avant entre hommes. Nous écoutons du death metal espagnol et discutons un peu de tout et de rien en essayant de comprendre toujours un peu plus le jargon argentin. Notre chauffeur, el Indio de son petit nom, est très sympathique et rend la route agréable. Nous arrêtons même prendre un petit café à Tolhuin en sa compagnie et celle de son collègue Marcos tout aussi aimable.


Rendu à Rio Grande, où nous devions le quitter, celui-ci nous avise que nous allons bientôt passer la frontière chilienne. On en déduit que l'on continue avec lui. Nous devrons débarquer à ce moment-là puis rembarquer plus tard, car il n'a pas le droit de voyager avec des pouceux de notre espèce! Il nous tend alors des papiers d'immigration à remplir. Il est vraiment prêt à tout, nous ne sommes certainement pas ses premiers voyageurs.


Nous faisons comme il dit et effectivement, nous nous retrouvons en territoire Chilien en moins de deux. Je crois que finalement, il nous aime bien et qu'il nous fera faire plus de route que prévu. C'est bon pour nous.

Plus la journée avance et plus nous apprenons à connaître notre nouvel ami de fortune. Il est l'heureux propriétaire d'une moufette et d'un gentil bébé castor qu'il a ramassé sur la route près de sa mère écrasée. Il a aussi deux enfants dont il doit réfléchir pour nous donner leur âge et une femme qu'il déteste. Son camion est son repère favori dans lequel il passe la totalité de ses semaines. Il ne rentre que le samedi soir prendre une bière entre amis et voir ses enfants le dimanche.


Pour lui, le Chili est le pire endroit sur Terre et hait ses habitants. Il en profite d'ailleurs pour jeter tous ses déchets par la fenêtre en territoire ennemi et à pester contre eux chaque fois que l'occasion se présente.

Nous roulons ainsi toute la journée en ne sachant toujours pas jusqu'où nous irons avec lui. Nous nous en remettons à notre bonne fortune.


Puis le jour tombe. C'est la pause souper. Le paysage autour n'est que désert, oies et guanacos. Notre hôte prépare le souper sur un poêle au propane dans le camion en prenant tout de même la peine de baisser un peu une fenêtre, mais pas trop! Des nouilles en sachet avec des saucisses à hot-dog. De la grande gastronomie de camionneur!


Marcos nous parle alors de son rêve de posséder son propre camion et nous pose des questions sur les chauffeurs de véhicules lourds du Canada. Nous répondons du mieux que nous pouvons, nos connaissances étant assez pauvres sur ce sujet.


Nous passons un agréable moment en leur compagnie. Leur fraternité semble forte entre travailleurs de la route. Ils ont toujours le sourire et une blague à faire.


Puis le temps passe et nous ne voyons pas l'heure d'arriver. De mon côté, je cogne des clous et tousse beaucoup ayant un rhume depuis quelques jours. Mon état, pourtant pas si terrible, inquiète el Indio qui ne cesse de me demander si j'ai froid ou si je veux du jus de poire pour ma gorge. Il me prépare même une eau chaude avec de la poudre de « Vicks » et me prête son oreiller. Je suis traitée aux petits oignons.


Vers minuit, le camion s'arrête nous réveillant tous les deux. J'ouvre les yeux et surprise, je découvre notre conducteur en bedaine à faire du « air guitar »! Il nous fait ensuite lever nos pieds pour enlever toute la poussière chilienne qui selon lui est la pire d'entre toutes et colle pendant des semaines. Il vaporise ensuite le tableau de bord d'un produit à senteur de pin qui sent plus le désinfectant à toilette que la forêt. Trop bizarre!


Le véhicule prend alors place sur un traversier pour franchir le détroit de Magellan. De l'autre côté, absolument rien. Que des camions stationnés pour la nuit et quelques cabanes abandonnées.


- Bon bien c'est ici que je vous laisse.

- Euh, ok, il n'y a pas d'hôtel dans les environs?

- Non, il n'y en a qu'un seul et il est fermé, mais vous pourrez faire du pouce d'ici demain matin, ce sera plus facile que plus loin.


Chouette! Il est une heure du matin, nous sommes au beau milieu de nulle part, il fait toujours froid, il vente et il se met à pleuvoir. Je crois que toute bonne chose a une fin et que notre bonne fortune nous a lâchés!


Notre tente mouillée sera notre refuge pour cette nuit encore. Quel bonheur! Nous l'installons dans le champ près de la route, cachée du vent froid par un vieil hôtel pourri, et nous endormons complètement crevés.


Au matin, après avoir tout remballé, nous redressons notre pouce pour compléter les derniers 150 kilomètres. La température n'est toujours pas de notre côté. Après un peu plus d'une heure, un bus de touristes nous embarque et nous fait faire la route jusqu'à notre destination finale. Quelle drôle de sensation d'entrer dans un bus touristique et de s'asseoir, sales et mouillés, entre deux personnes qui ont payé leurs passages!


Nous aurons donc pris seulement 30 heures pour accomplir 700 kilomètres. L'expérience fut quelque peu fatigante, mais enrichissante. Nous en connaissons désormais plus sur l'étrange univers des camionneurs et aurons épargné un peu d'argent pour la suite du périple en Patagonie.


À nous les pingouins !!


- Nad qui ne changera pas de carrière!

dimanche 22 mars 2009

De la neige sur Mars.


Ushuaia, Argentine.


À partir d'aujourd'hui, ça devient du sérieux. On s'en va en Terre de Feu, une île au climat inhospitalier, où il peut faire soleil, pleuvoir ou neiger dans la même demi-heure.


Mais, ça ne nous fait pas peur, on est Québécois !


Suite à l'étude du trajet de plus de 4000 kilomètres de Salta à Ushuaia, en comparant les possibilités, on a rapidement compris que l'avion était beaucoup plus avantageux.


Assis dans l'appareil, excités à l'idée de changer de paysage, on est surtout surpris qu'il nous serve un déjeuner ! J'aime bien les compagnies qui n'offrent pas le « restaurant on board ».


- Nous nous préparons pour l'atterrissage

- Il est 10h15 AM, le temps est mauvais, les vents sont violents, il pleut et la température extérieure est de 5°C

- De la part de tout l'équipage, nous vous souhaitons la bienvenue à Ushuaia


Après des douanes qui cherchent plus des sandwichs que de la drogue, on essaie d'appeler le camping qui offre un « free pick-up ». On nous répond que l'homme qui fait le service est malade aujourd'hui. On ne pourra même pas profiter de la seule chose gratuite. C'est faux, ce n'est pas la seule, on peut marcher aussi.


L'aéroport est situé sur une presqu'île à quelques kilomètres de la ville. On marche contre le vent puissant admirant les montagnes enneigées, faisant peur aux quelques lièvres maîtres de la place.


Un gémissement au loin nous donne espoir de voir des lions de mer. Malheureusement, dans un quartier résidentiel, les chances sont beaucoup plus fortes que ce soient des chiens ! Des dizaines et des dizaines de chiens qui défendent leur territoire, plus enragés les uns que les autres, derrière leurs clôtures, heureusement.

Le camping est superbe. Au pied d'une pente de ski, la vue sur la ville et la baie, la chose qui nous plaît le plus reste le refuge chauffé au bois. Nous passons la soirée en bonne compagnie française à se raconter des anecdotes de voyage. À minuit, le refuge qui doit fermer est encore plein et personne ne veut sortir affronter le froid et la pluie de la nuit. Surtout pas nous avec mon sac de couchage 15°C et celui de Nad que nous avons acheté dans une épicerie à Buenos Aires !


La première nuit est difficile. C'est plus dur qu'on pense dormir en grelottant. Disons que la nuit porte conseil, nous nous achetons deux autres duvets, pas question de geler une autre fois.


L'Argentine promeut Ushuaia comme la ville la plus au Sud du Monde; « la fin del Mundo » comme ils disent, bien que Puerto Williams au Chili soit plus austral. Sur les dépliants touristiques, ils n'hésitent pas à mettre desphotos de manchots Empereurs même si c'est seulement en Antarctique qu'ils vivent. Bref, de la grosse publicité mensongère.


À la fin du Monde, on n'est pas dans la misère. Vous pouvez vous acheter un ordinateur dernier cri, des bijoux luxueux ou de l'équipement de camping digne de la Nasa. À la fin du Monde, vous pouvez vous acheter des bottes de marche à 500 CAD et les mettre dans un aquarium. Ici, à la fin du Monde, les taxis ont des compteurs, les épiceries sont bien garnies et les cafés sont Wi-Fi. Ici à la fin du Monde, c'est le point de départ pour les croisières haut de gamme en Antarctique, ce qui explique tout.


Mis à part les quelques voyageurs au camping qui achèvent leurs descentes des Amériques, commencent leur voyage à vélo ou, achèvent leur sixième mois de tour du Monde, on croise beaucoup plus de retraités aisés qui attendent leur départ pour le continent blanc.


Ne pouvant pas se l'offrir, on magasine un peu les tours en bateaux afin d'explorer, du moins, le canal de Beagle.

Les prix sont complètement fous! On va se contenter du parc National.


Ushuaia n'est pas tant un endroit pour les backpackers. À titre d'exemple, la navette pour aller au parc National Tierra del Fuego, à seulement 12 kilomètres du centre-ville, coûte 20 CAD. Ça ne vous paraît peut-être pas cher, mais croyez-moi, c'est de l'abus.


On partage finalement un taxi avec Jane et Jean de Paris pour s'y rendre. Quel beau parc.



Bien que l'environnement ressemble à celui du Canada, même si les castors sont importés de notre pays, on est heureux de marcher dans cette nature intacte. Au bord de l'eau, le vent qui à sculpté les arbres est infini. L'eau saphir contraste avec les montagnes à la cime blanche, c'est franchement magnifique.



La baleine qui nous offre un spectacle dans la baie couronne le tout. Les deux Français qui nous accompagnent sont d'autant plus affolés à la vue du grand mammifère. C'est même un baptême balénien pour Jean !

À quand Tadoussac mon ami ? Tu capoterais!


Ushuaia offre aussi une bonne possibilité de trek. On choisit de faire celui qui va au glacier Martial, une attraction hautement publicisée ici. Par mégarde, on laisse la carte dans la tente, trop paresseux pour retourner la chercher. On se fit alors à nos instincts pour trouver notre chemin et choisir entre les différents embranchements de sentier.


Dernière fois que j'oublie une carte.


Impossible de se fier au sens de l'orientation féminin, surtout pas en forêt. La femme perdue qui ne veut pas se l'avouer est facilement irritable et c'est difficile de s'en sortir sans égratignure.


Sans blague, à deux on s'est rendu assez rapidement malgré le fait qu'on a emprunté un sentier qui ressemblait davantage à une tourbière.


Arrivés là-bas, deux options s'offrent à nous : monter en télésiège ou marcher. Vous connaissez notre choix.

C'est en haut qu'on a la surprise, on se rend compte que le glacier Martial n'est qu'en fait le tas de neige que l'on voit du centre-ville. On pensait qu'il serait caché par le flanc de montagne, mais non. Quelques mètres cubes de neige un peu sale sur un tas de roches un peu salissantes.


Vous appelez ça un glacier ?

C'est gros comme les bancs de neige devant nos maisons !


Enfin, la fin du Monde est finie, on reprend la route demain. Des pingouins attendent notre visite avant de repartir en Antarctique.


-Will

vendredi 20 mars 2009

Un petit arrière goût


Salta et Buenos Aires, Argentine


Après trois heures aux frontières à chercher par où entrer et par où sortir des deux pays, nous traversons enfin en Argentine. Salta est notre premier arrêt. À partir de maintenant, tout est différent.


À commencer par le bus pour nous y amener. Il est cher, confortable, propre et à l'heure. Le dépaysement est total!


Au débarquement; palmiers, chaleur, grande ville pleine de vie et de services en tout genre. On vient de changer drastiquement de culture et tout nous le fait remarquer.


On se dirige vers le camping municipal pour se rapprocher un peu de la nature et relaxer car, je n'étais toujours pas tout à fait remise de ma tourista bolivienne. L'ambiance est agréable, les gens sont sympathiques et on n'entend presque pas les voitures qui circulent sur la route à moins de dix mètres de notre tente! La nature quoi!

La municipalité en tant que telle est très jolie. La place centrale est entourée de restaurants modernes avec des terrasses et l'Internet sans fil que nous exploitons à coup de boissons gazeuses au mécontentement des serveurs qui nous le font sentir. Il y a plusieurs rues piétonnières où les boutiques ferment presque tout l'après-midi pour faire la sieste.


Salta est agréable avec tous ses parcs mais, je crois que le meilleur souvenir que nous en garderons, sera la succulente viande de bœuf célèbre en Argentine. Après un petit barbecue au charbon à la Will, je vous dirais que sa réputation est à la hauteur de sa saveur. La meilleure que j'ai mangée dans ma vie. Accompagné d’un petit rouge argentin sans l’arrière-goût amer du vin bolivien, c’est agréable !



La soirée passée en compagnie de trois Hollandais agrémente aussi notre séjour. Vraiment un drôle de trio. Ils nous font une place sur leur couverture entourée de chandelles, d'encens, de petites pierres et de livres sur le bouddhisme et le Dalaï Lama. Le plus vieux est déménageur et les deux plus jeunes viennent tout juste de finir leurs études en psychologie. Après avoir fait un stage en Bolivie, ils sont tous deux tombés amoureux et ont décidé d'aller y vivre. Un mariage était même prévu sous peu. Ils nous apprennent beaucoup sur la culture de leur pays d'accueil et me confirment que la nourriture là-bas est la plus difficile à tolérer d'Amérique du Sud! Je comprends exactement de quoi ils parlent.


C'est après deux autres jours sous la pluie que nous plions notre tente. Direction la grande capitale.


L'arrivée est encore plus tard que prévu et il fait nuit. Le terminal est énorme et bondé de gens. Nous cherchons un peu notre chemin, puis je repère les toilettes. Will reste au bord de la porte à surveiller les sacs.


Soudainement, une fille l'aborde paniquée pour lui demander quelque chose qu'il ne comprend pas. Elle est ensuite secondée d'un gars qui l'insulte en le traitant de « estupido » bien fort.


Il n'aura fallu que d'une seconde d'inattention pour qu'un troisième prenne ma sacoche qui était à ses pieds et se sauve en courant vers la sortie la plus proche. Impossible de réagir, ils étaient déjà loin et Will était seul avec les autres sacs.


On cherche alors la sécurité, histoire de peut-être voir la vidéo de la caméra qui surveillait la scène. On commence par demander à un agent de police où est le bureau principal, car on vient de se faire voler. Le gars, qui ne paraissant aucunement occupé, nous indique le chemin sans même avoir l'air de vouloir de nous aider.

Et que fait finalement la police dans tout ça? Absolument rien. On nous répond que nous pouvons attendre notre tour et remplir une plainte mais, qu'ils ne feront rien, c'est trop courant.


- Eille les p'tites têtes, ça ne vous tenterait de vous enlever les doigts de dans le nez et de mettre un ou deux agents de plus aux endroits stratégiques si vous dites que ça arrive souvent!?


Bienvenue à Buenos Aires, ville réputée pour ce genre d'incident.


Notre petit 24 heures ici nous coûte donc très cher et nous le passons à faire des emplettes dans les grandes surfaces, car il me manque maintenant plusieurs articles essentiels à la suite du voyage.

Nous ne voyons donc pas grand-chose de cette mégapole que nous revisiterons plus tard. Pour l'instant, nous en gardons quelque peu un souvenir amer, bien pire que le rouge bolivien!


Nous partons donc rapidement vers de grands espaces, Will, moi et une tente, histoire de faire une cure de gens et de civilisation! Revenez vite, ça va être wild…


- Nad qui voyage malgré elle plus léger.


mercredi 18 mars 2009

Problèmes de sortie

Tupiza
Tupiza et Villazon, Bolivie.

Située en plein dans la cordillère de Chicas, la petite ville de Tupiza est loin d’être célèbre pour ses filles. Ici, les dames dans les commerces sont toutes des grognasses. On encourage tout de même l’une d’entre elles qui vend une salade de fruits succulente.

Cette ville tranquille qui s’endort tôt est entourée de paysages westerns dignes des meilleurs films de cowboys : canyons rougeâtres, rivières intermittentes et forêts de cactus. Vous comprendrez que le tourisme ici s’est développé à dos de cheval.

On se dit pourquoi pas, cela finira gaiement notre séjour en Bolivie. Nous voici donc un beau matin, les jambes écartées sur une selle, Nad, moi et le guide, qui a davantage l’air d’un joueur de Guitar Heroe que d’un gardien de bovins. Le soleil dans les yeux, on commence notre randonnée à la recherche des portes du Diable, de la vallée des Machos et du canyon des Incas.


Au bout d’une heure et demie, on a vu les trois attractions ; deux grosses roches séparées par un trou, une vallée qui ressemble à une vallée et un bébé canyon. En plus, pas moyen d’avancer sans que mon cheval ne s’arrête pour brouter.

Définitivement, les tours d’une journée ou moins ne sont jamais très intéressants. On ne voulait pas rester trop longtemps dans ce coin de pays, c’est pour cela qu’on a laissé tomber les randonnées de plusieurs jours à cheval, qui, ma foi, doivent être beaucoup plus passionnantes.

Vient le temps de trouver un moyen de sortir de cette ville. À la gare de train, une file immense nous confirme que le trajet est populaire et bon marché. Le seul problème, c’est qu’il n’y a plus de numéro à tirer, et donc, plus d’ordre dans l’attente. C’est un vrai foutoir. Pendant que je fais quelques courses, Nad travaille sa patience entre les vieux fous qui se croient tout permis, les dames aux chapeaux melons et tous les autres qui se faufilent l’air de rien en croyant que personne ne les a vus. À mon retour, la pagaille qui s’amplifie nous fait choisir l’autobus.

Quatre heure du matin, le lendemain, on arrive pile à l’heure. Le bus, pas. Presque une heure plus tard le moteur démarre, nous sommes heureux, il est encore tôt et nous pourrons traverser la frontière à une heure décente, à moins qu’une rivière nous bloque le chemin ?

Il suffisait de demander! Le bus arrête derrière une file de camions, et plus loin, une rivière. Ça y est, on se dit que nous en aurons pour un autre 30 heures à se rendre à Villazon, l’imagination et la mémoire se querellent pour nous concocter le pire des scénarios.

C’est à peine vingt minutes plus tard que le chauffeur décide de casser la glace et de tenter le coup…

Un peu de vapeur en dessous du bus et c’est reparti pour quelques heures de route. Nous n’arriverons pas trop tard à la frontière la plus achalandée de Bolivie.

J’ouvre mes yeux à l’arrêt du bus, nous sommes arrivés. En tournant la tête, je constate une Nad blanchâtre. Le temps de bloquer les gens pour qu’elle sorte en vitesse et ça y est, notre sac de pain est devenu salade de fruit

Villazon, ville laide et inintéressante, où la place centrale ressemble à une guerre civile, nous accueillera pour au moins une journée, le temps que Nad se remettre sur pied. Elle a franchement le don de me faire découvrir de beaux endroits. Je lui paie le plus bel hôtel de la place qui inclut dans sa liste de règlements le droit d’expulser les minorités, rien de moins pour mademoiselle. Le tout pour la modique somme 12$ la nuit. La classe.

Le jour même, plein de bonnes intentions, je vais lui acheter un médicament pour régénérer sa flore intestinale en difficulté. Le fait étant que plus vite elle guérit, plus vite nous quitterons cet endroit.

Comme je ne savais pas quoi prendre, je me fais conseiller par la pharmacienne.

- Vous avez des pilules pour aider à la régénération de la flore intestinale ?
- Oui, certainement. Cette semaine, celles avec diarrhée et vomissement inclus dans les effets secondaires sont en spécial.
- Ah, parfait, j’achète!

Finalement, au bout de 2 jours, Nad va mieux, on va sur Internet et on lit un peu sur le médicament ingéré. Ça aurait vraiment été parfait, si Nad avait eu des ulcères d’estomac et non de la diarrhée et des vomissements!

Deux jour plus tard, nous quittons donc Villazon avec une joie immense mais non pas sans difficulté. Trouver la bonne file d’attente pour l’immigration est un vrai casse-tête. Pendant qu’une police nous dirige à un endroit, une autre autorité nous ignore complètement ou nous dirige en direction opposée. On comprend nous-même que pour sortir du pays, il faut sortir du pays, oui, puis, y entrer de nouveau pour obtenir l’étampe de sortie. De la logique comme on l’aime. Face à ceci, après une heure de taponnage et de changement de ligne, on décide de foncer et de dépasser tout le monde un peu en faisant semblant de ne rien comprendre. Tactique qui fonctionne souvent bien.

Vite fait bien fait, on est maintenant en Argentine, et c’est le choc! Les choses fonctionnent bien, les gens sont sympathiques, mais ça se paye!

-Will

lundi 9 mars 2009

7 le chiffre chanceux.

La route.
De Uyuni à Tupiza, Bolivie

Il fait encore nuit. La petite ville d'Uyuni dort pendant que nous sommes sur le trottoir devant la gare d'autobus, il est 5h30 du matin.

En fait, nous attendons le bus de 6 heures étant donné que nous n'avons pu prendre le train hier. Dans notre guide de voyage, il est déconseillé de faire ce trajet par la route, car on dit qu'elle est mauvaise. On fait tout de même à notre tête, car on en a marre de cette ville ennuyante et la tête de bœuf entière que j'ai failli recevoir sur les pieds m'a un peu dégoûtée. Le reste de son corps dépecé sur un carton à l'arrière d'un taxi m'a convaincue.

De toute façon, 7 heures de route, comme la vendeuse de billets nous a dit, ce n'est pas la fin des haricots!

Il fait un peu froid dehors, nous sommes une trentaine à attendre. Une dizaine de touristes comme nous qui se dirigent à Tupiza ou vers la frontière de l'Argentine, et des locaux qui vont surtout à Atocha.

Les demi-heures passent, les gens s'impatientent. On demande sans arrêt à la responsable de l'agence dans combien de temps le bus arrive. Dans quelques minutes qu'elle nous répond sans cesse jusqu'à ce qu'elle disparaisse et qu'on ne la revoit plus.

Puis 8h00 arrive. Nous entendons le grondement d'un moteur, il est arrivé. Mais quel bus! On dirait qu'ils l'ont sorti d'une cour à scrap pour l'occasion.

La moitié des sièges sont mouillés parce que le toit est imbibé d'eau et dégoutte à l'intérieur par les joints, les fenêtres sont pleines de boue et le plancher de même. Ce n'est pas grave, on en a que pour quelques heures. Je m'assois donc sur un sac de plastique, en donne à l'Australien aux grands rastas et c'est parti.

La route est cahoteuse dans le désert que nous traversons. Après une heure à peine, le bus s'arrête. Il y a une rivière à franchir et les bagages dans la soute doivent être mis à l'abri sur le toit détrempé. L'opération se déroule avec succès, nous ne perdons que 30 minutes.

Le temps de me refermer les yeux, car la nuit a été courte, que nous sommes encore immobilisés. Quoi, encore!

Il y a une deuxième rivière, cette fois beaucoup plus grosse, et nous devons attendre que son niveau baisse pour pouvoir passer. Bon, je reste zen. Nous sortons marcher dans les dunes de sable aux alentours. Le paysage désertique est assez joli.

Les heures défilent lentement. Les jeunes chauffeurs s'amusent à démonter le moteur, d'autres font la sieste en plein air pendant que des petites familles font un pique-nique. Tous semblent avoir prévu le coup sauf nous, touristes, qui mourront de faim.

Le temps s'écoule et l'eau se retire tranquillement. Il aura fallu 5 heures à cette damnée rivière pour nous laisser passer. Pas de panique, nous reprenons notre route lentement mais sûrement.

Quelques kilomètres plus loin, c'est l'heure de la pause, on s'arrête dans un petit pueblo pour 30 minutes. Quoi! On vient de faire 5 heures de pause. Je respire profondément! La patience est une vertu qu'il se faut de travailler.

Nous finissons par atteindre Atocha de peine et de misère au coucher du soleil. Tout le monde descend manger une bouchée rapidement, car nous n'avons pratiquement rien mangé de la journée. Ça fait du bien, les sourires reviennent. Nous remontons sans tarder dans le bus ayant tous hâte d'en finir avec ce trajet.

Encore une fois, on nous dit à maintes reprises que nous allons partir dans quelques minutes, de bien vouloir patienter. Les chauffeurs jouent dans le moteur histoire d'avoir l'air occupé. Ça y est, je perds patience.

Vers 21 heures, Will sort voir ce qu'il en est étant donné que j'ai un peu de difficulté à me contenir et voilà un moment que l'on n'entend plus rien à l'extérieur. Résultat, ils sont tous partis. Le chauffeur, le mécanicien et son assistant.

Sans dire un mot, ils ont disparu pour la nuit. Je commence à pester contre eux pour s'être sauvé comme des voleurs.

Nous nous installons tous pour la nuit tant bien que mal dans le bus tel des sans-abri. Il n'est pas possible de prendre un hôtel, car nous ne savons pas à quelle heure sera le départ demain. Nous essayons de nous endormir aux sons des fanfares de carnaval que j'aime tant.

4h30 le lendemain matin, le moteur démarre et c'est reparti. Direction Tupiza. Un dernier petit effort.

Ce trajet d'à peine 200 kilomètres aura finalement pris 30 heures! Nous étions jusqu'à présent habitués au retard dans les transports, mais là, ça bat tous les records.

Le positif dans cette histoire est que nous nous sommes bien rendus sains et saufs et aussi, que désormais les trajets nous sembleront bien plus courts. Nous aurons aussi rencontré un couple de Tchécoslovaques sympathiques de qui les informations seront utiles pour la prochaine étape du voyage...

- Nad qui en a perdu sa patience.

jeudi 5 mars 2009

Sal valait le coup!


Sud-ouest de la Bolivie (Salar de Uyuni et alentours)

Bien peu de voyageurs passent par la Bolivie sans visiter le Salar de Uyuni. Une ancienne mer devenue lac qui s'est asséché et a laissé dans le sud-ouest du pays la plus grande étendue de sel de ce type au Monde. 12 000 kilomètres carrés sous le joug du soleil altiplanique cristallisant la substance blanche sous forme hexagonale. Durant la saison des pluies, le sol se couvre d'eau transformant ainsi le sol en miroir reflétant les nuages est les montagnes à l'horizon.

Outre le Salar, la région offre une infinie toile de paysages plus magnifiques les uns que les autres. Au menu ; volcans, déserts et lagunes colorées. La façon la plus commode pour les voyageurs sans 4x4 de visiter la région est d'acheter un tour dans une agence spécialisée.

Nous partons donc pour trois jours dans le secteur, dans le Jeep de nulle autre qu'Abel, le sobre chauffeur-mécanicien-guide-cuisinier. En effet, aujourd'hui étant un jour férié dédié à la boisson et aux abus, plusieurs agences annulent les départs faute de chauffeurs à jeun.

Nous partons deux véhicules totalisants 14 voyageurs. À bord, une ribambelle de nationalités rendant les innombrables heures de routes plus intéressantes. Un Canadien d'environ 40 ans vivant à Dallas qui a visité 49 pays. Une Allemande végétarienne qui ne veut pas avouer qu'elle est religieuse pratiquante et qui n'est plus capable de parler une autre langue que l'espagnol. Un Parisien né en Colombie, que je qualifierais davantage de Colombien vivant en France, qui travaille pour les droits humains partout en Amérique latine. Une Anglaise égocentrique qui comme les enfants veut toujours être assise en avant. Deux filles Bulgares souhaitant se lancer dans la fabrication de dulce de leche, un espèce de caramel, et qui voyagent avec Bruce Lee, un Fox Terrier. Un Australien qui a des rastas depuis la moitié de sa vie. Et, finalement, un sympathique Italien de 34 ans qui a décidé de prendre un an pour voyager l'Amérique du Sud dans l'optique de revenir à la maison, entre autres, moins consommateur.

Il est resté accroché à la Colombie pendant 4 mois et je le comprends parfaitement. Si ce n'était de mon désir de tout voir, j'y serais encore. Entre nous seulement, je peux vous dire que la Colombie est mon coup de cœur jusqu'à présent et qu'il faut la visiter le plus tôt possible avant que le tourisme de masse ne lui kidnappe tout son charme. Pour l'instant, il n'y a que des expatriés et quelques backpackers, c'est génial.

Génial comme la température en cette première journée du tour, qui est dédiée au Salar lui-même et aux gros cactus qui peuplent les quelques îlots volcaniques. Les plus hauts au Monde, rien de moins, on est quand même au pays du plus haut. Ils atteignent dix à douze mètres au bout d'une centaine d'années.


On ne se mentira pas, mais, il n'y pas grand chose à faire dans un désert sinon que de prendre quelques photos, salir son linge, faire des steppettes et manger du lama, qui goûte entre l'agneau et la chèvre. La pluie de la nuit reflète par endroits le ciel bleu, comme on l'a souhaité Nad et moi avant de partir.

Le temps que l'Italien fasse une insolation, on termine la journée dans un hôtel construit en sel autour d'une table à discuter de tout et de rien.

Une fois le poulet servi, quelqu'un demande du sel. Drôle d'idée, surtout dans un pays où les plats sont salés avant toutes autres épices, mais là n'est pas le point. Croyez-le ou non, en plein Salar, assis sur des bancs en sel à manger sur une table en sel, éclairés par un lustre en sel et les pieds dans le sel, le sel de table vient du Moyen-Orient.

À l'occident, le soleil se couche contrastant le relief avant de nous laisser en totale obscurité. La Voie lactée est si blanche qu'on s'imaginerait le reflet du désert, mais les quelques étoiles filantes nous remettent les idées en place. La nuit parfaite pour qu'un Italien soit malade. Le lendemain, il est si faible qu'Abel veut le donner à manger au Puma pour faire du lest. La fatigue est telle que même un Gato Andino aurait la force de le dévorer.

Ces deux derniers félins se font très discrets dans leur habitat. Nous n'en verrons pas. Les animaux que l'on voit le plus souvent sont évidemment, les lamas, mais aussi un bon nombre de Vicuñas, leurs cousins sauvages à l'allure plus élégante.

Les lagunes colorées par différents minéraux abritent trois espèces de flamants roses. Sinon, les formations rocheuses bizarroïdes sont l'abri parfait pour le chinchilla, le second plat préféré du Gato Andino derrière la bouffe italienne.

Après avoir vu des centaines de flamants, des lagunes aux teintes verdâtres, bleutées et rosées, des volcans endormis dépassant les 6000 m, après avoir observé une abondance de phénomènes géologiques fascinants, on s'arrête pour la nuit dans un campement de style militaire où l'on se gèle vraiment les fesses.

Spaghetti trop cuit avec un vin bolivien qui donne hâte d'être au Chili, ainsi se résume la soirée. On prend place dans les dortoirs où l'on se rend compte que la majorité des participants digèrent encore très mal le poulet de la veille. Le réveil glacial à cinq heures du matin est difficile, mais nous permet d'atteindre les geysers - qui n'en sont pas vraiment - en même temps que le levé du soleil. Les couleurs des montagnes sont magiques avec au premier plan des vapeurs volcaniques et des étendues de boue en ébullition. Au pied du volcan, on a l'occasion de se réchauffer dans une source d'eau chaude au bord de la lagune, sous l'œil furtif de quelques flamants dispersés dans la vapeur.


Quatre cents kilomètres plus tard, on est de retour à Uyuni les yeux émerveillés et avec une collection de photos incroyables. Beaucoup de route, très peu d'action, ce genre de balade vaut vraiment le coup mais, est à mon avis plus réservée aux amateurs de paysages et de photographie. Cela peut aussi se transformer en un séjour socialement agréable si on est en bonne compagnie.

Il suffit maintenant de trouver un moyen de sortir cette ville laide et emmerdante. Le train est la meilleure solution compte tenue des conditions routières. Sauf que c'est vraiment bien pensé ; la majorité des touristes partent pour trois jours avant de revenir à Uyuni. La réservation de places sur le train n'est pas possible plus de deux jours à l'avance, brillant. Donc, quand vous revenez du tour, que le train est plein et que le prochain est dans deux jours et demi, vous devez vous résigner à la seule compagnie de bus. Le départ est demain matin à 6h00, l'heure du début d'une nouvelle aventure…

-Will

lundi 2 mars 2009

You know what I mine?!


Potosi, Bolivie

À 4060 mètres d'altitude, Potosi est la ville la plus élevée du Monde. Lourde de son histoire, on pourrait croire que les habitants de cette ville auraient la mine basse. Et bien non, c'est encore le carnaval!

La ville fut fondée en 1545 suite à la découverte d'argent en abondance dans le Cerro Rico qui la surplombe. On en vint même à paver les rues en argent. Potosi fut la ville avec la meilleure économie d'Amérique latine pendant près de deux siècles.

Mais, évidemment qu'avec cette réussite économique vint aussi l'envers de la médaille – d’argent ? Effectivement, des millions d'indigènes et d'esclaves africains furent l'objet de main d'œuvre au prix de leur vie.

Encore aujourd'hui, des hommes et des femmes y travaillent à extraire de précieux minéraux jour après jour écourtant leur espérance de vie qui se situe entre 50 à 55 ans. La silicose, maladie pulmonaire des mineurs, les emporte bien souvent avant leur temps.

Nous visitons donc cet endroit intrigant. Notre guide nous emmène d'abord au marché des mineurs pour acheter des cadeaux aux travailleurs que nous rencontrerons dans la noirceur. Dans la tienda, juste entre les chips et le chocolat, de la dynamite que l'on peut acheter pour 15 bolivianos (2,50$)! Une pâte verte, de la granule blanche, une mèche et un détonateur semi-fiable le tout emballé dans un bon vieux sac de plastique. Voilà tout ce qu'il faut pour créer un explosif digne des meilleurs sites web qui apprennent aux ados à faire une bombe maison!

À l'entrée de la mine, le sang d'un lama sacrifié est étalé sur les parois pour apporter la chance. Un peu plus loin, dans l'obscurité, est affairé Don Gregorio. Mineur depuis 33 ans, il est le vétéran. Loin d'avoir la mine longue, il nous explique qu'il aime son travail et qu'il ne changerait pas pour travailler dans les champs. Ses fils, mineurs dans les deux sens, travaillent ici aussi. Chez la plupart des gens, ce métier est une affaire de famille. Marteau et pic à la main, Don Gregorio travaille six jours par semaine entre 10 et 15 heures quotidiennement pour un salaire d'environ 140$ par mois. Il est dans les mieux payés de la coopérative.

Plus loin, trois jeunes autour de 15 ans poussent un chariot rempli de minéraux. Ils transportent comme ça une tonne de pierres à raison de dix voyages par jour. Le plus difficile, je crois, est de rester sur les rails pourris qu'il leur faut sans cesse replacer en évitant de renverser leur chargement.


Mais comment arrivent-ils à travailler si durement et si longtemps? Le secret; la coca. Toute la journée, ils mâchent une énorme boule de cette feuille amère catalysée par du bicarbonate de soude. Ce mélange leur donne de la force et coupe la faim en leur gelant l'estomac. Ils n'ont ainsi pas de pause dîner, tout simplement, car ils ne mangent pas de la journée, « nourris » de la précieuse feuille verte.

Pour leur venir en aide, ils ont aussi Tio, un démon qui les protège de leur propre enfer sous terre. Un être mi-homme, mi-Satan qui vit au fond des galeries. Lorsqu'il reçoit de la visite, Tio se fait asperger de l'alcool des mineurs à 96% dite « potable » et de feuilles de coca en guise d'offrande. Sur la tête pour la concentration, sur les épaules pour les forces, sur les jambes pour le soutien et sur le pénis pour la fertilité. Pourquoi pas, en passant! Et pour finir, on lui allume une cigarette dans la bouche. Mine de rien, cet être semble leur donner courage et prendre une grande place dans leur vie.

Will, Tio et Nad
Je dirais que je suis sortie des profondeurs de la terre triste de voir dans quelles conditions ces pauvres gens vivent. Ils ruinent leur santé pour un salaire médiocre gagné à la sueur de leur front. De plus, les jeunes dès quatorze ans sont sortis des écoles pour aller travailler dans les coopératives minières. Simplement parce que c'est ce que leur père fait et qu'ils n'ont pas le choix de choisir autre chose. C'est comme ça et c'est tout.

Il m'aura fallu qu'une heure et demie sans ciel bleu pour ressortir avec un mal de tête. Pour faire bonne mine, je n'ai rien dit, mais, je me disais que je n'échangerais pas mon sort avec le leur. Cet endroit n'a vraiment rien de sain pour l'être humain, vous voyez ce que je veux dire…

- Nad qui respire un bon coup!