Nad et Will vous décrivent le monde tel qu’ils le perçoivent depuis leur départ du Québec en septembre 2008. Suivez leur plume virevolter la planète de l’Himalaya aux fonds marins de Bornéo, de l'Inde incroyable à leur Colombie bien-aimée. Une épopée prenante et surprenante dans déjà plus de 25 28 pays et la folie continue est terminée !

Afficher la carte en plus grand.

mardi 27 janvier 2009

Entre la Chine et les USA

En souvenir de Huanchaco et ses paysages désertiques

Lima, Pérou


On quitte difficilement Huanchaco. Les 9 jours qui viennent de passer furent merveilleux. Imaginez une vie à se lever sans cadran, déjeuner avec des fruits frais, surfer le matin et au coucher du soleil, avant de préparer un bon souper… Nous commencions à vraiment bien connaître le village et quelques-uns de ses habitants. Nous avions même trouvé où acheter un fromage délicieux et du basilic frais. Avec un peu de l'huile d'olive laissée par un touriste dans la cuisine communautaire, croyez-moi ça fait oublier les douleurs surféaines.

À reculons, on s'enfile un inconfortable bus de nuit vers Lima, la ville dont nous avons tellement entendu parler en mal. La puante, la laide, la surpeuplée et la dangereuse, nous disent plusieurs voyageurs rencontrés au camping.

Nous arrivons donc tôt le matin au terminal de bus d'Ormeno. Le transport au Pérou c'est vraiment de la crotte. Chaque compagnie possède un ou plusieurs terminaux qui se trouvent toujours dans des recoins de quartier sombres et sales. En plus, il faut acheter ses billets à l'avance, car les bus sont souvent pleins. C'est ce que nous faisons donc à la sortie du bus, nous achetons tout de suite nos places vers notre prochaine destination, en choisissant une date de départ sans même avoir vu la ville dans laquelle nous arrivons. Nous avons décidé de rester avec la même compagnie de transport, car Titanic et air Comet ne nous inspiraient guère confiance.

On nous a conseillé de dormir dans le quartier de Miraflores, qui se trouve à être le quartier huppé de la ville. Nous marchons tout l'avant-midi à la recherche d'un chapeau bien spécial, découvrant les grands centres d'achats péteux avec vue sur la mer. Le surf a l'air bon. Durant c'est quelques heures, nous avons croisé beaucoup plus de blancs que de locaux, chose à laquelle nous n'étions plus habitués. Nous revenons quand même de trois semaines dans le bassin amazonien, là où nous aurons rencontré environ 10 touristes.

Sans trop rentrer dans les détails, Miraflores est un bel endroit. La place Kennedy et ses alentours sont hautement américanisés. Vous pouvez facilement déjeuner au Mc Donald, dîner au PFK et souper au Pizza Hut, vêtu de votre nouveau polo Ralph Lauren. Nous, ça ne nous disait rien, on a donc décidé de souper dans un restaurant chinois. Les chifas, comme on les nomme ici, abondent dans la ville.

Notre plan était d'aller dès le lendemain visiter le centre-ville de Lima. Cependant, le chinois a fait son œuvre et pour la première fois depuis près de 5 mois, j'ai une intoxication alimentaire. Aurais-je dû manger un Big Mac ? Qui sait?

Sans trop rentrer dans les détails, disons que nous avons pris la journée relaxe en essayant d'être le plus en forme possible pour les 18 heures de bus qui nous attendent, lesquelles nous ne pouvons annuler puisque nous avons acheté nos billets d'avance! Impossible de changer la date sans se présenter en personne à l'autre bout de la ville. Mangez de la marde, quelques gravols me coûteront nettement moins cher qu'un aller-retour en taxi. Ce n'est pas comme si c'était compliqué d'accomplir la tâche par téléphone…

En commençant à nous diriger vers notre bus, Nad tombe malade à son tour alors que moi, je suis remis sur pieds. C'est ce qu'on appelle le timing féminin. De pure générosité, je lui redonne les gravols qu'elle m'a achetés dans la journée.

La morale de cette histoire : si tu manges dans les chifas, tu chi-facilement après!

En espérant ne plus avoir la-raie-qui-pue à Arequipa, notre prochain stop, là où nous visiterons la deuxième plus profonde craque de fesse de la Terre.

Désolé pour la finale, j'étais bien parti.

-Will

dimanche 25 janvier 2009

Le surf en sept jours.

Le surf, c'est une question d'attitude


Huanchaco, Pérou


À la télévision, ça semble si facile. Les surfeurs glissent sur l'eau avec une aisance sans pareil. Je me suis donc dit que ce serait amusant d'apprendre un nouveau sport. S'ils y arrivent à la télé, pourquoi pas moi!

Nous louons donc deux surfs et deux wet suits car eh oui, l'eau du Pacifique est toute sauf chaude.


-Voulez-vous des cours avec la location?

-Non merci, c'est Will qui m'apprendra…


Le premier jour, je ne me mets pas trop de pression. Will m'explique la base et je tente seulement d'essayer de comprendre quand il faut se lever sur la vague (chose beaucoup plus compliquée qu'on ne le pense). Je sors de l'eau congelée, épuisée et sans résultat. Je me dis que ce sera mieux demain.


Le jour deux, on se lève tôt. Trop tôt, car le magasin de surf n'est même pas ouvert! Je travaille encore une fois très fort dans l'eau pour finir par ne récolter que de grosses vagues en plein visage. Will, de son côté, se débrouille évidemment très bien et commence à se faire saluer par les surfeurs. Je quitte l'océan ce soir-là avec une petite boule d'amertume au fond de moi.


Le troisième jour, je me lève confiante. Cependant, l'océan est particulièrement agité aujourd'hui et je me fais démolir par les vagues. Tout ce que j'essaie de faire est de me rendre au site de surf et de garder à tête hors de l'eau le plus longtemps possible. Je sors de l'eau frustrée contre ce sport beaucoup trop difficile. Tous mes muscles sont endoloris et je n'ai toujours pas réussi à me lever sur ma planche. Maudit soit ce sport!


Jour quatre, je ne surfe pas ce matin, car j'en veux encore un peu à cette étendue d'eau qui m'a malmenée hier. Je prends des photos de Will qui ne fait que s'améliorer. Des hommes lui demandent même s'ils peuvent le prendre en photo avec leur femme. Rien de trop beau!


Vers cinq heures, je me lance. Ça va un peu mieux, je réussis même à me lever sur mes genoux. Je suis fière de moi.


Le cinquième jour, mes progrès sont plutôt stables. Je commence à avoir un peu plus de plaisir à tenter de pratiquer ce sport si laborieux.


Le sixième jour, j'ai de la pression. Je me rends seule à l'eau, car Will reste sur la plage afin d'immortaliser mes prouesses. Je dois assurer. J'affronte les vagues avec détermination et force. Je me concentre sur mon objectif. Puis ça y est, je suis enfin debout! C'est fou ce que l'orgueil peut faire. Je glisse quelques secondes avant de me retrouver submergée. Je me remplis d'un sentiment de satisfaction. Ma détermination aura porté fruit.


Nad, jour 6.


Puis enfin, le septième jour, je me lève de plus en plus souvent sur ma planche et surtout, je reste debout de plus en plus longtemps! Je réussis même à me diriger dans le bon sens sur la vague afin d’en profiter le plus longtemps possible! Will quant à lui, incorpore des petites manœuvres plus complexes et s'est intégré à la communauté locale des surfeurs de Huanchaco.


S'il a fallu sept jours à Dieu pour créer le Monde, il en aura fallu tout autant à Will pour m'apprendre à surfer.


- Nad qui affronte les vagues sans peur sans regret!

mercredi 21 janvier 2009

Huanchacool.

Huanchaco et ses pêcheurs.

Trujillo et Huanchaco, Pérou.


Après avoir traversé le pays d'Est et Ouest à travers les Andes et les déserts côtiers remplis de déchets, nous sommes arrivés à Trujillo, la troisième plus grande ville du pays.

Nous sommes ici de passage le temps de visiter le centre-ville, qui est joli, de profiter d'une douche chaude et d'un film au cinéma, car, un peu plus loin, un village de pêcheurs nous appelle.

Encore un village de pêcheurs !? Eh oui. On est devenu accro. Ces villages offrent toujours une ambiance tranquille, la mer et du poisson frais. Quoi demander de plus, sinon qu'ici, en plus, les couchers de soleil sont incroyables.

Tôt le matin, les pêcheurs chevauchent leurs caballitos, une embarcation faite en roseau, afin d'aller lancer leurs filets plus au large. Au retour, ils surfent les vagues pour revenir à la rive. Il suffit alors de quelques soles pour acheter du poisson frais des mains du pêcheur, ou de sa femme qui s'occupent de vendre la marchandise.

La petitesse de l'endroit fait tout son charme. Les restaurants de fruits de mer, les hôtels et les surfshops peuplent la rue principale. Pour vous donner une idée, lorsqu'on cherche un peu, il en coûte moins de 1,60$ pour un repas complet, incluant une entrée de ceviche ou une soupe, le plat principal et un jus de fruits frais. Si vous ne savez pas ce qu'est du ceviche, faites ce qu'il faut pour y goûter.

Nous campons dans le jardin d'un hôtel très sympathique. Sous l'ombre de quelques arbres, nous avons planté notre tente et installé notre hamac. Le tour est joué. En plus, il y a une cuisine communautaire, quoi demander de plus!

J'ignore combien de temps Huanchaco saura nous retenir, mais je sens qu'on va prendre du retard sur notre itinéraire. Surtout qu'à ce moment-ci de l'année, sous le soleil de l'été côtier, c'est la meilleure saison pour surfer.

Nad a donc décidé d’apprendre. Malheureusement pour elle, le surf est l'un des sports les plus chiants à commencer, autant physiquement que mentalement.

Mais, j'ai confiance ; son orgueil de féministe finie devrait être assez fort pour passer par-dessus toutes les frustrations, les coups de soleil, les bouillons, les irritations et les muscles endoloris qu'apporte ce sport qui a tellement l'air facile à la télévision.

À suivre !

-Will

vendredi 16 janvier 2009

Dormir avec les rats!

Port d'Iquitos, Pérou.

Sur le fleuve Amazone entre Iquitos et Yurimaguas, Pérou

Après le Jeisawell I, je vous dirais que j'appréhendais un peu les trois à quatre jours de bateau qu'il nous restait à faire sur l'Amazone pour en sortir.

Nous nous sommes donc dirigés vers le port d'Iquitos. L'agence de tourisme du Pérou nous avait conseillé le Eduardo II qui partait le jour même.

Avançant péniblement les deux pieds dans la boue, nous avons atteint le navire. Les ports du Pérou sont plutôt chaotiques. Des dizaines de gens qui déchargent des navires à la chaîne. Des vendeurs de toutes sortes. Des chauffeurs de mototaxi téméraires et des familles qui se bousculent pour entrer afin de se réserver les meilleures places.

Quant au Eduardo II, à première vue, il semble beaucoup mieux que le précédent. Plus gros, moins rouillé et avec des douches! Je suis contente.

Nous déposons nos sacs au deuxième pont. Dans le temps de le dire, l'espace se remplit de familles. La capacité du bateau est de 250 personnes, mais je crois bien que l'on dépasse largement ce nombre. Les hamacs se chevauchent et les enfants se couchent en dessous sur des couvertures.

C'est un peu la pagaille. Un membre de l'équipage nous offre d'aller s'installer sur le troisième pont qui est normalement la première classe, histoire de désembourber l'espace.

Nous sautons sur l'occasion. En haut, la vue est nettement meilleure et il y a moins de gens. Nous y serons mieux!

Mais, comme dit l'expression qui choisit prend pire, à la tombée de la nuit, Will se fait accrocher un hamac dans la face et une pluie tropicale se met à déferler accompagnée de forts vents.

Will, qui s'est couché par terre, accueille dans son abri de fortune un petit garçon dont le hamac a été inondé. La nuit est courte, nous dormons peu et bien sûr, à 5h30 le matin, tout le monde est debout et la radio a le volume dans le tapis.

C'est à ce moment que nous dressons notre tente sur le pont. Quitte à avoir l'air de vrais gringos, au moins, la nuit prochaine, nous serons au sec! Nous dormons très bien en compagnie des espèces de gros rats sauvages gardés dans des caisses à côté de nous. Ils puent, mais la collocation se déroule à merveille.


Le voyage s'est bien déroulé. Tous les soirs, nous avions droit à de magnifiques couchers de soleil et parfois même, à des spectacles de dauphins sur le fleuve.

Le cuisinier était encore une fois un travesti. Je crois que la marine leur offre un bon refuge dans ce pays où l'homosexualité ne semble pas encore la bienvenue.

Les voyages en bateau sur l'amazone ne sont donc pas si terribles. Je dirais même avoir apprécié ces moments de relaxation totale à contempler de beaux paysages. Ces six jours à naviguer m'ont permis de prendre le temps d'admirer ce qui m'entoure.

Will avait donc raison sur le fait que ce serait une belle aventure hors des sentiers battus, je dois le reconnaître.

Direction la côte Pacifique, où nous troquons des jours de bateau pour des heures de bus.

Il paraît que c'est l'été là-bas…!

- Nad la navigatrice.

lundi 12 janvier 2009

La bélen à l'air!


Iquitos, Pérou

Iquitos est la plus grande ville au Monde inaccessible par la route. Soyez rassurés, les cellulaires se sont rendus quand même.

Par moment, on se croirait dans un quartier animé d'Asie, notamment à cause de la présence importante de végétation dans la ville et de son nombre exubérant de mototaxis (tuk-tuks). Les gens ont également des traits assez asiatiques, c'est surprenant.

La place centrale pourrait être jolie, s'ils n'avaient pas construit un gros édifice vraiment laid avec plein d'antennes, qui gâchent complètement le panorama.

Une des attractions du centre-ville est la fameuse Casa de Hierro. Cette maison de fer a été conçue par nul autre que le célèbre ingénieur français Gustave Eiffel. Elle fut construite à Paris et importée pièce par pièce à Iquitos en 1890. Nous sommes donc allé jeter un œil à cette structure qui, effectivement, ressemble à une maison en fer, transformée en restaurant avec Internet Wi-Fi au deuxième.

Le cinéma, quant à lui, a probablement été importé de Paris dans les mêmes années. Le son est vraiment pourri, au point de ne pas distinguer les mots, et, le projecteur, émet un bruit de fond plutôt désagréable. Par chance qu'il y avait des sous-titres.

Le plus intéressant à mon avis, à Iquitos, n'est pas le resto style Texas où tous les touristes se ramassent, mais le quartier pauvre de Bélen. Paraît que c'est assez risqué de le visiter et que la période la plus sure est de 7am à midi. C'est drôle parce qu'habituellement, le danger commence avec la noirceur et non avec l'heure du dîner.

Le quartier est construit sur deux niveaux. Le niveau le plus bas est inondé par le fleuve la moitié de l'année. Les gens vivent sur des maisons flottantes, sur pilotis ou perdent un étage sur deux. C'est une drôle d'idée de se construire en zone inondable, quoi qu'il y en a plein qui le font à Québec, mais, ici, c'est l'endroit le plus abordable pour les gens qui proviennent de la forêt et de ses petits villages.

En effet, c'est très pauvre. Une bonne partie des gens vivent dans des cabanes de fortunes qui flottent sur de gros rondins de bois. Dans la période la plus pluvieuse de l'année, c'est le quartier en entier qui est immergé. Les maisons doivent s'attacher aux poteaux pour ne pas se retrouver directement au Brésil. Impossible alors de se déplacer sans embarcation.
Le va-et-vient de bateaux est impressionnant, mais pas autant que la quantité de déchet qui est omniprésente dans la vie des gens. Dire qu'avec les pluies qui s'en viennent, tout sera emporté dans le fleuve Amazone. Le gros flush annuel.

Nous naviguons entre les maisons à bord d'une pirogue qui appartient à un gars rencontré à l'entrée du quartier. Pour quelques soles, il nous fait visiter les alentours et nous accompagne dans le haut-Bélen pour nous faire découvrir le fameux marché.

J'ai vu pas mal de marchés dans ma courte vie et je trouve celui de Bélen assez particulier. Les vendeurs sont pour la plupart des habitants de la ville ou des gens qui viennent de la forêt amazonienne afin d'y vendre les produits de la nature.

Quelques ruelles se spécialisent dans les trucs médicinaux ; des bouts de racines ou d'écorces qu'ont fait macérer dans l'alcool, toutes sortes de plantes, de fleurs, de graines, sans oublier les bouteilles remplies de potions magiques.

Les pêcheurs étalent leur marchandise sur les tables en bois imbibées de jus de poisson. On peut y voir des poissons séchés de deux mètres, des anguilles, des poissons-chats toujours aussi laids et bien sûr, des piranhas.





Plus loin, sous le regard des vautours, entre les pattes poilues de chèvre et l'estomac de vache, on peut acheter de la viande de tortue, ou la tortue vivante, quelques rats, de l'écureuil amazonien, du tamarin ou un bon steak de caïman. C'est désolant de voir tous ces animaux en voie d'extinction, ou presque, faire l'objet d'un commerce non controlé.

Franchement, c'est tout un marché, surtout sous le chaud soleil de midi.

Bon appétit.

-Will.

dimanche 11 janvier 2009

Jeisawell épisode 2

La toilette et la douche thérapeutique


Un peu plus près d’Iquitos, sur le fleuve Amazone.

Le capitaine nous avait dit 2 nuits lorsqu'on lui a demandé combien de temps le trajet durait. Il voulait probablement augmenter les chances qu'on prenne son bateau, le connard.

Les fesses réinstallées dans notre hamac, nous attendons le déjeuner ; la même chose qu'hier. Un peu de musique, une petite sieste, de la lecture - je lis Robinson Crusoe, en espagnol, c'est concept - et nous revoilà à l'heure du dîner. Qu'est-ce qu'on mange ? Le même poulet, le même riz, mais cette fois-ci, avec du plantain bouilli au lieu des patates!

Le bateau s'arrête dans un village qui semble beaucoup plus gros que les autres rencontrés jusqu’à présent. Tout compte fait, je dirais que c’est une petite ville. Il semble y avoir l'électricité, quelques antennes et un réservoir d'eau. Une quarantaine de personnes supplémentaires embarquent sur notre beau Jeisawell. Ça devient la pagaille. Tout le monde se dépêche à trouver un endroit pour accrocher son hamac et déposer ses bagages. Les gens dorment un par-dessus l'autre, il y a au moins 35 personnes sur notre étage qui pourrait en contenir une vingtaine, maximum. La quantité de vestes de flottaisons ne semble plus aussi grande qu'au début du voyage. Heureusement que le bateau transporte une barge, ce qui pourrait être utile en cas de naufrage.

Fuck! On laisse la barge à ce port! Décidément…

Nos nouvelles voisines s'imposent rapidement. Une clique de vieilles filles qui se croient tout permis. Ils réaménagent l'environnement à leur façon et déplacent les hamacs des autres sans demander la permission! De pures grognasses. L'une d'entre elles semble être la doyenne de la gronassité et elle dort directement à côté de moi. Quelle chance.

Malgré tout, il est agréable de regarder le paysage défilé, surtout au couché du soleil. Vers 17h00, j'ère sur le pont profitant de la lumière orange avant le souper. Un vieux barbu m'accoste et me demande d'où je viens. Je n'ai même pas le temps de répondre Canada qu'il commence à me parler de Jésus-Christ passage Mathieu versait 14 ligne 17.32. Pas un autre! Hier j'ai enduré le même discours pendant une demi heure d'un autre vieux fou pour finalement me faire demander quelques soles en échange de la parole de Dieu. Je suis sauvé par le souper qui arrive. Je n'ai jamais été aussi content de voir la fade assiette de riz patate poulet.

La bouffe engloutie, les grognasses jettent leurs déchets à la mer, ferment les lumières et décident que c'est l'heure de dormir. Heureusement que c'est la dernière nuit.

Le lendemain, vers midi - remarquez ici à la ponctualité - nous accostons au port d'Iquitos, fier d'avoir passé à travers ce voyage en gardant notre santé mentale et même, notre sourire, prêts à découvrir cette métropole amazonienne.

À suivre.


-Will.

vendredi 9 janvier 2009

Jeisawell Épisode 1


En route vers Iquitos, sur le fleuve Amazone.

La première nuit sur le bateau s'est bien déroulée. Mis à part le fait qu'à 5 heures du matin, tout le monde est réveillé, tout va bien. Le déjeuner est servi par le plus jeune travelos de la lignée. Deux petits pains durs comme de la roche et un verre en polystyrène rempli d'un liquide blanc; comme du gruau mais, déjà digéré. Le plus surprenant malgré tout, c'est que c'est bon!

Première journée à bord. Nous comprenons rapidement que le trajet n'est pas direct, car nous arrêtons souvent dans des petits villages riverains au fleuve pour déposer et ramasser des gens et de la cargaison. C'est intéressant de voir la vie le long de ce fleuve si connu, mais dont nous avons de la difficulté à se faire une bonne image.

Sous le bruit intense et permanent du moteur, nous observons les gens autour de nous. A priori, beaucoup plus de famille que l'on croyait. On s'attendait à plein d'hommes malpropres ex-guérilla narcotrafiquants en provenance de Colombie. Encore une fois, les préjugés sont erronés. Ce ne sont en fait que des petites familles, des hommes, des femmes, des vieux et des jeunes, rien de très effrayant.

À ce qu'on dit, dès que l'on est à l'ouest de Manaus (Brésil), les voyages en bateau deviennent trashs et sont hors des sentiers battus. Ça tombe bien, car on est à l'ouest de Manaus.

Alors, pour être honnête, oui, c'est trash. La grand-mère de gauche crache par terre tout ce qui passe dans sa bouche, le bébé de gauche pisse dans son hamac et son pipi coule sur le plancher vers nous, il n'y a pas de poubelle, le cuisinier coupe la viande à côté des toilettes et par-dessus tout, il y a trois gros verrats sur le pont et deux poules à bord.

Le dîner arrive : une assiette de polystyrène rempli de riz, de spaghetti au gras et d'une bouchée de poulet.

Qu'est-ce qu'on fait avec nos assiettes une fois le repas terminé s'il n'y a pas de poubelle ? On les tire par-dessus bord! Vous comprendrez que nous, les petits gringos, on a récupéré un sac de plastique pour y mettre nos déchets. Les locaux, quant à eux, semblent trouver extrêmement normal de considérer leur fleuve, source de poissons, attrait touristique et réserve d'eau douce, comme une grosse poubelle. Tout le monde le fait, je vous jure, sans exception ; même ceux qui semblent avoir de l'éducation. Ça fait franchement mal au cœur d'assister à la fin des repas. C'est la même histoire dans les bus où les gens jettent n'importe quoi par les fenêtres…

Ceci étant dit, le souper arrive : du riz, deux morceaux de patate et une bouchée du même poulet. Heureusement que nous avions amené un avocat et un concombre pour mettre un peu de couleur dans ces assiettes fades. Entre les repas, nous mangeons quelques biscuits au chocolat et des biscottes, que nous avions préalablement acheté à Leticia.

La nuit tombe, les gens se réunissent devant une petite télévision et écoutent des films vraiment bizarres, des mélanges de film d'horreur et de Jackie Chang. Lorsqu'il est temps de dormir, on dévisse l'ampoule pour fermer la lumière. La classe.

Le lendemain matin de la deuxième nuit, nous nous réveillons heureux que ce soit le dernier jour de navigation. On commence à rêver à une douche. On s'est fait voler nos biscuits. Nad demande à un matelot à quelle heure nous arriverons à Iquitos. À midi, demain, répond-t-il. Quoi, une nuit de plus ? Ça va bien et ce n’est pas fini…

-Will

mercredi 7 janvier 2009

La croisière s'amuse

Nad, pas contente à Santa Rosa, Perou.

Sur l'Amazone, entre Santa Rosa et Iquitos, Pérou

Avant même que l'on parte pour l'Amérique du Sud, Will me parlait de voyage en bateau sur l'Amazone.

-Tu vas voir Nad, ça va être l'aventure, ça va être tripant… Pis ça ne peut pas être si pire, il y a plein de voyageurs qui le font.

Dans ma tête, je me disais que ça allait être un bateau de merde, mal propre et pas fiable. Mais bon, disons que je lui laissais tout de même le bénéfice du doute et je gardais l'esprit ouvert.

C'est donc en revenant de notre tour dans la jungle de trois jours, que notre guide nous a conseillé d'attendre à samedi pour prendre la route pour Iquitos. C'était soi-disant le meilleur bateau. Le Manuel Antonio disait-il. La meilleure nourriture, une douche, le confort quoi!

Nous nous présentons donc samedi très tôt à Santa Rosa, une île Péruvienne d'où partent les bateaux. Ici, il y a un restaurant où quand tu commandes à manger, on te met sur toi un boa constricteur ou un caïman. Il y a aussi quelques singes en laisse qui semblent êtres devenus complètement fous. Nous patientons toute la journée sous le chaud soleil de l'Amazonie. Certains nous disent qu'il y aura un navire et d'autres pensent que non… C'est l'Amérique latine après tout…

Puis, vers deux heures, le vendeur de liqueur à côté de nous nous pointe le bateau qui arrive enfin.

Les mots déception et inquiétude peuvent à ce moment-là se lire sur nos visages.

La lancha en question ressemble plutôt à une épave flottante dont une partie noircie semble avoir déjà passée au feu. La rouille a englouti quelques morceaux par-ci par-là et je ne parle pas seulement de la peinture. Son nom : le Jeisawell I.

Je ne suis pas du tout convaincue par sa capacité de flottaison et de salubrité. Je pars donc à la recherche d'une autre option, mais sans résultat.

Maudit Will et ses plans d'aventures. Depuis le début je ne la sentais pas cette expédition sur le fleuve. Je savais que ce serait boiteux et insalubre.

Résultat, nous embarquons sur le Jeisawell afin d'y accrocher nos hamacs pour deux jours. Nous sommes les seuls gringos (blancs) à bord, Will m'a bien eu avec ses histoires sur le fait que c'est super touristique et que tout le monde le fait. C'était pour m'amadouer!

À l'intérieur de cet étron flottant, s'y trouve une vingtaine de lits de fortune qui sont suspendus collés les uns aux autres. Pour l'intimité et le concept psychologique de bulle, on repassera!

Il n'y a pas d'eau à bord. Pour faire un petit brin de toilette, il y a une grosse cuve d'eau brune du fleuve qui sert aussi à faire le vide de la toilette. On est loin du Hilton.

Autre petit détail, les membres de l'équipage sont presque tous travestis. Je crois qu'il y a un petit quelque chose que l'on n’a pas compris.

Au-dessus de nos têtes sont suspendues une quantité phénoménale de vestes de sauvetage crasseuses. Je ne sais pas si c'est bon signe. Au moins, le bateau se nomme Jeisawell I et non II, ou III. C'est bien tout ce qui est encourageant!

Alors sur ce, je garde ma pensée positive, deux jours ça va passer vite… Prenons ça comme une expérience de vie. Foutu Will.

Le bateau démarre enfin, presque qu'à l'heure, direction Iquitos au Pérou. Voyons voir comment se déroulera ce bout de chemin…

-Nad qui tente de ne pas attraper le tétanos.

vendredi 2 janvier 2009

Amazonie cinq étoiles


Amazonie péruvienne

À quelques kilomètres de Leticia, le long d'un petit affluent du fleuve Amazone, se trouve la petite communauté Gamboa. Leticia étant déjà un trou, imaginez ici. Une dizaine de maisons le long du cours d'eau, des poules, deux chiens moumounes et un singe attaché à un poteau. Ça fait le tour de ce qu'il y a à voir ici.

Cela reste cependant très intéressant de vivre au rythme du soleil, dans la simplicité, sans électricité, dans un milieu si riche qu'il ne suffit que de se cueillir un fruit ou pêcher quelques minutes pour combler sa faim.

Notre guide, Joel, nous explique que les communautés locales ne cultivent pas beaucoup, car ils se contentent de peu. Ici, les gens cuisinent les aliments sans artifice et mangent simplement. Ils ne prennent pas de café le matin, n'utilisent ni le sel, ni le sucre et n'ont certainement pas dix sortes de vinaigrettes qui pourrissent dans le réfrigérateur.

Ils n'ont même pas de réfrigérateur!

La forêt leur fournit la majeure partie de leur alimentation. Au sol, on peut notamment trouver de la coriandre sauvage, de l'ail en feuille, de la citronnelle et des oignons. Des arbres fruitiers peuplent la forêt dense tandis que les cours d'eau regorgent de poissons.

Dit comme ça, effectivement, ça semble magique. Vous penseriez autrement si je vous disais qu'il mange des poissons-chats noirs, hideux, sans même avoir vidé l'intérieur. De l'eau à la braise, directe! Miam. Par contre, lorsqu'ils tuent une poule et la laissent cuire une demi-douzaine d'heures sur la braise, la magie reprend vie! Croyez-moi, car je commence à m'y connaître en poulet braisé.

La maison où nous logeons est sur pilotis, car le niveau du fleuve varie énormément selon les saisons. Le toit est en feuilles de palmier (ou similaire) tissées, le plancher est plein de craques et la cuisine se résume à un feu de bois dans un bac de sable et une grille d'acier au-dessus.

À première vue, la maison est propre. C'est en observant à temps perdu qu'on se rend compte qu'il y a beaucoup de vie, et je ne parle pas des enfants. Sur les travers du toit, quelques grosses araignées surveillent les moustiques pendant que les coquerelles jouent à cache-cache avec les lézards.

Le guide nous fait visiter les petites communautés aux alentours. L'une d'entre elles avait même un trottoir et l'électricité. On prend un verre d'aguardiente à la tienda du coin, c'est médicinal à ce qui paraît. Un des villageois a comme animal de compagnie un ocelot qui s'amuse à aller manger les poules du voisin. C'est du bon voisinage.

On prend également la lancha pour explorer plus à l'amont du petit cours d'eau qui borde la communauté. Remonter le ruisseau est difficile car, en plus des nombreuses pannes de moteurs, on doit franchir des hauts fonds et surtout, des embouteillages de plantes aquatiques. C'est à coup de machettes, poussant l'embarcation avec une longue branche et la seule rame à bord, que nous réussissons à aller toujours un peu plus creux, en quête de caïmans et d'anacondas.

Malheureusement, à ma grande déception, ils devaient être eux aussi en vacance pour le temps des fêtes, parce que nous n'avons rien vu. Seulement des centaines d'oiseaux magnifiques peuplaient le paysage.

Même si nous n'avons pas vu d'animaux sauvages à grandes dents, notre expérience dans la jungle aura tout de même été enrichissante de beaux paysages et de connaissance sur cette forêt qui nous était étrangère.

J’y retournerai, plus longtemps et plus profondément. C’est certain. L’Amazonie est un paradis pour les gens à la recherche de troubles et d’aventures.

Cependant, pour l’instant, nous retournons à Leticia pour nous préparer pour la prochaine étape de notre périple amazonien. Restez à l'écoute, ça sent la longue croisière luxueuse !

-Will

Jour de l'an-ti moustique



Amazonie, quelque part en Colombie, au Pérou ou au Brésil…

Même si le gars chez Latulipe vous dit qu'avec 30% de DEET ça fonctionne, oubliez ça. En Amazonie, vous pourriez bien vous baigner dans une piscine de répulsif que les moustiques vous trouveraient tout de même alléchants! La seule solution, c'est de se couvrir le plus possible et encore là, le tissu doit être épais, car rien ne les empêche de piquer à travers.

Voici le meilleur conseil avant d'entrer dans la jungle amazonienne car, pour le reste, cette forêt regorge de beautés et de choses fascinantes à voir.

J'y ai appris à faire des tatouages et de la teinture noire à cheveux avec un fruit dont j'ai malheureusement oublié le nom. À fabriquer du rouge à lèvres naturel et aussi, à concocter un mélange avec de l'aguardiente (alcool local) et de la feuille de Maria en guise de répulsif et pour soulager des piqûres d'insecte. Tu sens un peu la robine après, mais c'est efficace. Nous avons aussi trouvé des vers qui une fois écrasés, donnent un jus épilatoire. En fait, le guide nous a montré une infime partie du potentiel de la forêt et nous à fait comprendre un peu comment les indigènes réussissent à combler leurs besoins sans pharmacies ni Walmart.

Il nous enduisait aussi de Deep Cold à tout moment de la journée. C'est rafraîchissant et ça aide à respirer selon lui. Vous comprendrez qu'après une journée en sa compagnie, nous étions tous bien beurrés et collants.

Nous nous sentions vraiment en confiance avec cet amant de la forêt qui mange tout ce qu'il trouve. Nous nous sommes donc enfoncés dans cette jungle inconnue en quête de sensations fortes…

La dense végétation amazonienne ne s'est pas faite avare de ses habitants. Nous frayant un chemin à coup de machette, nous avons rencontré trois sortes de tarentules toutes plus venimeuses les unes que les autres, des milles pattes sympathiques et des moustiques par milliers. Un paresseux a aussi dû avoir la peur de sa vie lorsque le guide a abattu l'arbre qui lui servait de nid pour nous le montrer de plus près. Le pauvre, il a bien dû prendre quatre jours pour retrouver son habitat à la cime d'un autre arbre.

Ensuite, après plus de 3 heures de marches à espérer que le guide retrouve son chemin, nous avons embarqué dans une lancha (petit bateau), direction le grand fleuve pour admirer les dauphins roses ou gris d'eau douce au coucher de soleil. C'était magnifique.

À la tombée du jour, nous devions tout de même rentrer pour installer notre campement dans la jungle pour la nuit. Cette année, le jour de l'an s'est passé en plein air.


Un bon souper sur le feu à se dépêcher à manger la pêche de Will, du poulet, du riz et des patates avant que les moustiques n'en ai fini avec nos mains. Un éclairage romantique à la chandelle. Au bord du cours d'eau, une vue remarquable sur les milliers étoiles dans le ciel.

Quoi demander de plus ?

Une tente au plus vite, car mon corps sature littéralement de toutes ces petites bosses qui démangent et me font me gratter jusqu'au sang!

Eh oui, nous avons défoncé l'année plutôt rapidement, car nous avions tous envie de nous cacher dans nos moustiquaires. Ils étaient des milliers à vouloir nous faire la peau, assez pour émettre un bourdonnement constant en guise de bruit de fond. En plus, dans l'après-midi, après s'être baignés dans le fleuve avec des bébés piranhas, j'ai mis ma camisole sur un arbre rempli de micro insectes suceurs de sang. Résultat; j'ai une centaine de piqûres sur le ventre.

Bonne année à tous, en espérant avoir piqué votre curiosité sur la jungle amazonienne!

- Nad qui se gratte